( 29 janvier, 2017 )

Bonjour,

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Vous êtes sur le blog de Claude Cailleau, directeur de la revue « les Cahiers de la Rue Ventura ».

( 29 janvier, 2017 )

Janvier 2017 – « L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide… »

Une page sans importance : j’avais envie de venir bavarder avec vous.  Mais aussi de rassurer les lecteurs inquiets…

1 – Les Cahiers continuent de se bien porter. Le n° 35 est en préparation. Vous le savez, un changement va intervenir après sa sortie en mars. Mais Jean-Marie et moi faisons en sorte que tout se passe bien.

Le dossier sur Marguerite Audoux est en préparation pour le 35 et René Guy Cadou sera l’invité du 36. Peut-on mieux assurer la continuité ?

Petite précision, pour répondre à certains abonnés qui s’étonnent des dates de parution des différents numéros :

La revue est trimestrielle ; nous publions bien quatre numéros par an, mais …  si nous tenons à assurer une belle régularité, les mois de parution sont mars, juin, septembre et novembre. Sachez seulement que cela tient au rythme de vie du directeur. Lequel n’en dira pas plus.

L’adresse informatique des Cahiers est toujours la suivante :

amis.rueventura@hotmail.com

Janvier  2017 nous a apporté une belle surprise : un matin, tout était blanc ; je me suis cru revenu au temps de mon enfance quand, avec les copains, je descendais la rue Saint Nicolas, à Sablé,  en glissant sur la neige tassée.  En ce temps-là, le chasse-neige qui dégageait les rues était composé d’un triangle de grandes planches (deux d’entre elles en angle, posées sur la tranche – la troisième clouée à plat au bout des deux autres pour fermer le triangle – le tout tiré par un cheval que guidait un homme debout à l’arrière du chasse-neige, sur la troisième planche. Ai-je été assez précis dans ma description ? Vous ai-je aidé à VOIR l’étrange attelage ? Pas facile de rendre par des mots ce qu’une photo aurait montré sans problème. Bien loin ce  temps où l’on ne parlait pas de pollution, où  les enfants, le jeudi, partaient avec un seau ramasser le crottin de cheval sur les routes pour améliorer la terre des potagers.

Ci-dessous, la neige rue Ventura… Et Louna, notre petite chienne, qui a préféré prendre ses quartiers d’hiver dans sa corbeille.

 Photo 1

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2 – Journal – Le grand âge arrive à petites foulées. On sent, certains jours, venir le grand froid qui vous habillera de rigidité, avant l’incandescence.

Le plus étrange, le plus inquiétant, c’est ce vent de sable qui souffle sur les souvenirs, les efface comme les traces de pas dans le désert. Que me reste-t-il de mes années d’enfance, que je puisse immortaliser (pour un moment d’illusion) sur le livre du jour ? L’homme se bat contre le plus grand des mystères : que sommes-nous ? Et pourquoi sommes-nous, puisque nous sommes appelés à disparaître, comme si nous n’avions pas existé ? Si vous voulez survivre, disait Roger Martin du Gard, ne comptez pas sur votre famille : dans 60 ans (pourquoi soixante ? trente, peut-être), plus personne ne se souviendra de vous. Et il comptait sur son œuvre, le malheureux ! Plus personne ne le lit. Les jeunes ignorent même qu’il a existé, et écrit. Comme beaucoup d’autres, qui eurent leur moment de gloire.

« Que suis-je dans ma vie ? Ah, j’aurais dû noter / quelque part sur un coin de ciel toutes mes courses… / … cet enfant que j’étais, qui donc me le rendra ? » écrivait Cadou.

Écrire son journal, c’est concrétiser le passage du temps, le retenir dans les pages d’un cahier. Un journal, c’est le temps arrêté, figé par le jeu du récit. Le passé devenu un présent permanent. Belle victoire sur ce temps qui nous achemine vers notre mort !

Dans Journal d’un homme heureux, Philippe Delerm nous dit qu’il ne s’est livré que pendant un an (en 1988-89) à cet exercice d’écriture d’un journal. Il nous l’a livré en 2016, augmenté de commentaires datés de l’an dernier. Se déroule devant nous l’histoire d’une famille. Éclairées simplement, la tendresse, la complicité d’un homme avec sa femme et son fils. Le quotidien – banal – révélé sans recherche. J’aime beaucoup l’écriture de Delerm. Sa gorgée de bière, malgré son succès auprès des lecteurs, ne m’avait pas convaincu ; je lui préférais Le bonheur, tableaux et bavardages. Je continue de préférer ce livre qui parut au Rocher en 1986. En 1988, Delerm note dans son Journal : « Je suis riche, incommensurablement riche de ce qui manque à presque tout le monde : le temps » ! Heureux homme !

S’il est quelqu’un à qui le temps manquait, c’est bien Serge Wellens. Dans ses lettres je le voyais perturbé par les ravages qu’occasionne le temps sur l’individu. J’ai beaucoup échangé avec lui. Sa foi m’a toujours étonné – et laissé incrédule. Je pense, cependant, que cette foi lui a facilité le vieillissement et fait accepter le passage dans l’au-delà. Apporté, peut-être, la sérénité. Rappelez-vous le poème « Le vieux prend congé »…

Je n’ai jamais pu entrer dans le jeu, puéril, des philosophes qui cherchent (et croient trouver, parfois) des preuves de l’existence de Dieu. Mais il reste l’art, les arts…

C’est peut-être ce qui tenait Marcel Arland pendant des heures dans la salle obscure, au 2ème étage de la maison de Brinville. Parlant de Marcel Arland, Jean Duvignaud écrivait : « À lui qui vécut chaque jour sa propre destruction et l’effroi qu’elle lui inspirait, la mort fut paisible – la belle mort des Grecs : le cœur qui s’arrête de battre… » Qu’en sait-il, lui, si la mort d’Arland fut douce, ou s’il ne mourut pas de peur, tout simplement, malgré ses quatre-vingt-sept ans ?

Je l’ai dit, le dossier de juin 2017 dans les Cahiers sera consacré à René Guy Cadou. En 1951, j’étais en seconde ; Georges Jean, notre professeur de lettres, nous lisait les poèmes de ce jeune homme qui avait écrit un jour : « Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre » et à qui la mort venait de donner raison. J’ai marché à plusieurs reprises sur les pas du Poète. À Sainte Reine où il est né, puis dans tous les villages où il est passé. À Louisfert, Hélène nous a emmenés plusieurs fois dans la chambre du haut où il se réfugiait pour écrire après la fin de la classe. Nous nous sommes attardés devant sa bibliothèque où les livres de la collection blanche Gallimard étaient les plus nombreux. Devant le moulage de sa main et la petite table au milieu de la pièce, devant la fenêtre…

Georges Jean aimait beaucoup la poésie de Cadou, mais il nous conseillait aussi de lire Mallarmé. Curieux rapprochement. Quand il est mort, son fils a trouvé sur sa table de chevet un livre de Mallarmé ouvert à la page du «  Tombeau d’Edgar Poë ».

Malgré le silence qui à Paris pèse sur son œuvre, vous avez tous, à l’école primaire, appris au moins un poème de Cadou. Je vous donne rendez-vous dans nos pages en juin.  Hélène disparue, qui pendant plus de 50 ans a entretenu sa mémoire, maintenant c’est à nous de le faire survivre !

« Celui qui entre par hasard dans la demeure d’un poète / Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui / Que chaque nœud du bois renferme davantage / De cris d’oiseaux que tout le cœur de la forêt… »

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( 19 novembre, 2016 )

Le présent de l’indicatif… novembre 2016

Au sommaire de cette page – conversation avec moi-même, et avec vous, lecteurs :

1 – Les changements dans la Revue

2 – Nos livres nous survivront

3 – Le Cahiers 34 vient de paraître

4 – Le Nouveau Roman

 

1 – Attention !

Vous écrivez, vous voulez nous proposer des textes pour la Revue ; envoyez-les à l’adresse informatique suivante :

cl.cailleau@orange.fr

ou, si vous êtes brouillé avec l’ordinateur,

aux Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLÉ-SUR-SARTHE

Mais demandez-vous d’abord si vos textes correspondent à la ligne éditoriale de nos Cahiers. Pour cela, la meilleure solution, c’est de nous commander un exemplaire contre un chèque de 6 €.

 

2 – Nos livres nous survivront…

Je parlais à Monique Labidoire de ce dossier que je prépare pour 2017 sur le Nouveau Roman. En 2013, j’ai publié « Et je marche près d’Elle… » un récit qui a ses racines dans les années 1970, une décennie où le Nouveau Roman commençait à montrer ses limites. Il n’avait pas réussi à étouffer le roman traditionnel. Mais je pensais, moi, que ses théoriciens avaient de bonnes idées. Les livres qui étaient nés de leur réflexion me fascinaient par leur étrangeté. Ils me paraissaient plus conformes à la réalité de la vie, et moins tricheurs leurs auteurs. Dans certains livres, le point de vue choisi respectait le secret des êtres. Mon récit Et je marche près d’Elle a failli paraître à cette époque chez Robert Morel, qui éditait une littérature innovante dans le Sud-Est de la France. Morel m’avait écrit : « Supprimez dans votre texte les complaisances que j’ai soulignées, et je vous publie ». Je n’ai pas fait les corrections demandées (je ne sais plus pourquoi, peut-être par orgueil !),  le manuscrit est resté dans un tiroir et je suis entré, comme on entre en religion,  dans un grand silence qui allait durer près de 30 ans. Silence inexplicable, je sais. Et jusqu’en 1999 je n’ai plus beaucoup écrit, en dehors de mon journal. Et rien dit ensuite de ce silence qui m’a sans doute fait rater une carrière d’écrivain.

Publié en 2013 par un petit éditeur indépendant, que je remercie de son courage, Et je marche près d’Elle  n’a pas eu le succès qu’il aurait eu chez Robert Morel.

Le tirage est maintenant épuisé. Plus personne ne parle de ce livre. J’en ai encore une dizaine, peut-être plus, je n’ai pas regardé. De temps en temps j’en offre un à un ami. Je sais : c’est lui forcer la main, parce qu’ensuite il se croit obligé de faire écho en m’envoyant son regard sur le livre. Récemment, ce fut le cas de Monique Labidoire, et, comme je lui demandais l’autorisation de publier sur mon blog sa lettre, avec ou sans sa signature, elle me répondit : « Je ne vois aucun inconvénient à faire paraître cette lettre sur votre blog si vous la jugez d’un intérêt possible, et avec ma signature : je ne suis pas dans l’anonymat mais dans la sincérité ».

Je pense qu’elle lira cette page et je la remercie de sa confiance.

 

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La photo ci-dessus, c’est moi au temps où j’écrivais l’étrange récit qui allait paraître 40 ans plus tard ( !) sous le titre Et je marche près d’elle. Est-ce bien moi ? Je me reconnais mal dans cet homme à l’épaisse chevelure noire , qui me regarde, l’air moqueur, un peu.

Voici ce que m’écrivait, il  a quelques jours, Monique Labidoire après avoir lu le livre…

Cher Claude Cailleau, Je viens de terminer votre récit « Et je marche près d’elle » que vous avez eu la gentillesse de m’adresser. Oui, j’ai pris un grand intérêt à cette lecture qui m’a ramenée quelques décennies en arrière… quand vous, moi et quelques autres, pensions peut-être que jeunesse et révolution (dans l’écriture) seraient indispensables à nos désirs de « changer le monde ». En fait, les fragments de votre journal en fin de volume expliquent parfaitement votre démarche qui peut sembler très structurée à un lecteur peu habitué à cette forme d’écriture mais qui au contraire me semble la voie même de la presque liberté.

Le roman dans le roman prend vie au fil des heures, des événements, des lieux, des ressentis, des rencontres. Une écriture palimpseste tout comme notre mémoire qui superpose à l’infini des moments de nos existences, un mot, un lieu, un son, une odeur et la petite madeleine est toujours dans la fraîcheur du jour. Ainsi tout un vécu apparaît dans le récit, la Bretagne, Port-Louis que je connais bien, le professeur dans sa classe, la femme aimée mystérieuse, inatteignable et le texte déroule son destin de locuteur et de lecteur en osmose, ce qui peut en dérouter quelques-uns. Le lecteur doit s’impliquer totalement. Tout comme en poésie.

Je comparerai volontiers la lecture de ce « genre » avec la lecture de poésie qui se fait et se vit dans l’instant même de la lecture et imprègne la mémoire par un ressenti plus que par une compréhension immédiate. Nos sommes dans les mots, dans la langue, dans un rythme. Nous ne savons pas toujours expliquer pourquoi nous aimons tel ou tel poète mais nous gardons en nous un sentiment : beauté de la langue, musique des mots et bien entendu les mots ont un sens.

Ici l’influence du Nouveau Roman est réelle mais je trouve que l’écriture est très personnelle et beaucoup moins objective que chez un robbe-Grillet, un Butor, ou Duras (selon les époques). Évidemment le roman dans le roman est bien visible, l’introduction de l’écrivain dans son récit aussi, la réflexion sur le texte même, par exemple changer la personnalité de Pat, l’ambiguïté entre l’homme et l’adolescent, le dialogue sur l’écriture du récit, toutes les « techniques » utilisées, je n’aime pas le terme mais à un moment donné celui qui écrit utilise tout de même ses référents et ses signifiants.

Par contre le fil conducteur « Elle » est classique, même si le sujet est traité dans la modernité du récit. La femme est l’avenir du monde, dit le poète, « Elle » est Clélia, Yvonne de Galais, Albertine (quoique) Eurydice, Nadja, Elsa…

Cher Claude, j’ai bien aimé votre petit roman/récit. Bien sûr comme pour la poésie, il semblerait que les lecteurs aient encore du mal à faire l’effort de la vraie rencontre, je pense que le travail dans le langage comme il se présente sous votre plume n’est reconnu que par quelques-uns. Les autres se contentent d’identification sociale ou sentimentale ou historique – que sais-je encore ? –  pour apprécier pleinement un livre. Gardons l’espoir.

Je serai toujours heureuse de vous lire et de collaborer aux Cahiers de la rue Ventura. Croyez en mes sentiments fraternels et poétiques.

 Monique W Labidoire

 

Et je marche près d'elle

 

3 – Le Cahier 34 est paru. Vous y trouverez…

deux poèmes d’Antoine Emaz (bonnes feuilles d’un recueil à paraître aux Éditions Tarabuste en 2017)

Une rencontre inattendue : quand Rachel, poète de langue hébraïque, nous parle du livre de Georges Duhamel : « Les plaisirs et les jeux », un petit chef-d’œuvre de naturel, plein de tendresse et d’humour.

La suite du dossier sur les femmes poètes (cette fois : Andrée Chedid, Hélène cadou, Sabine Sicaud)

Des poèmes de Daniel Birnbaum, Éric Chassefière, Paul Couëdel, Guillaume Decourt, Colette Élissalde, Claude Gobin, Béatrice Marchal, Sydney Simonneau

Deux pages d’enfance, le journal littéraire de Michel Passelergue, et « Lire et relire Marie Noël » par Jean-Marie Alfroy.

 

4 – Aidez-nous en participant …

Nous préparons un dossier sur le Nouveau Roman. Vous avez lu un des livres de Butor, Pinget, Robbe-Grillet, N. Sarraute, Cl. Simon, M. Duras … que l’on peut ranger dans cette catégorie. Vous avez aimé ? Vous avez détesté ? Nous sommes à votre écoute. Envoyez votre texte à l’adresse indiquée en tête de cette page.

Le Nouveau Roman ?

Quand j’étais prof, j’expliquais à mes élèves de troisième une page de La Neige en deuil d’Henri Troyat, une tragédie moderne qui respecte presque la règle des trois unités du théâtre classique. Vous trouverez ce passage  pages 74-75 du J’ai lu (dépôt légal de mon édition : 2ème trimestre 1976)

« Isaïe leva les yeux et reçut le paysage en pleine figure comme un coup de vent… »

Dans cette phrase, une première comparaison, que les métaphores vont suivre en abondance. Et l’on n’est pas loin du langage de la poésie, tel que je le conçois. Le paysage qu’on nous décrit, ce n’est pas la montagne telle que pourrait nous la montrer une photo. Non, c’est la montagne vue par Isaïe le vieux guide. Un décor superbe, que l’aube naissante vient animer. Splendeur, puissance, et menace. Un décor vivant, redoutable. Tout cela, c’est Isaïe qui le voit, là où votre œil n’aurait enregistré que des pentes abruptes, des rocs dénudés ou couverts de neige.  Le vieil homme a un passé d’échecs derrière lui, et un avenir immédiat qu’il redoute. Dans cette page, on est loin du Nouveau Roman puisque l’auteur nous présente une montagne transformée par l’émotion de son personnage. Il triche, c’est évident : comment peut-il savoir ce que ressent son personnage ? Tout est subjectif ici. L’auteur est engagé dans l’histoire ; celle-ci ne se déroule ainsi que par la volonté du romancier.

Mais cette page est essentielle dans le livre, nous avons là un bel exemple d’une description qui fait progresser l’action. En arrivant, Isaïe est angoissé d’avoir à affronter la montagne (et aussi par l’idée que ce qu’il va faire là-haut est condamnable. Mais je ne vais pas vous raconter l’histoire, je vous laisse aller voir…). C’est le regard prolongé qu’il porte sur le paysage qui va lui donner la force de prendre une décision : affronter la montagne  alors que, l’instant d’avant, il était prêt à abandonner.

À la fin de sa description, Troyat écrit, parlant d’Isaïe : « Le soleil se levait pour lui seul, et pour lui seul les montagnes acceptaient les couleurs de l’aurore. Il était responsable, en quelque sorte, de cette création éblouissante et hostile ».

Et comme il a raison ! Tout est dit. Le personnage est devenu l’auteur (le facteur, celui qui fait) de la description. C’était ma fierté, autrefois, d’embarquer ces garçons et ces filles de 15 ans dans le combat que mène Isaïe, soutenu par l’amitié que lui porte l’auteur. Dans la tragédie qui se déroule, l’auteur a choisi son personnage ; c’est lui qu’il va aider, avec lui qu’il va souffrir, lui qu’il va nous amener à plaindre et à excuser. N’est-ce pas extraordinaire, ce pouvoir d’agir sur le lecteur parce que soi-même, en tant qu’auteur, on s’est engagé.

On voit ici ce dont se privaient, sous couvert d’authenticité, d’objectivité,  les auteurs du Nouveau Roman. Mais ces écrivains nous proposaient des textes dont l’originalité séduisait le jeune romancier que j’étais, qui venait de publier son premier livre, un roman somme toute pas trop raté puisqu’il reçut un prix de l’Académie Française. Mais très « classique ».

Et je marche près d’Elle, c’était en réaction à ce classicisme, une incursion – modeste – dans le Nouveau Roman. Essai qui a fait long feu, puisque le livre est resté 40 ans dans mes tiroirs et qu’il est paru à un moment où le Nouveau Roman était enterré.

C’était une page d’automne, d’un automne qui, déjà, s’achemine vers l’hiver. Page pour prendre date. Qui sait ce que demain nous offrira ? Autour de nous, les feuilles tombent, et les mauvaises nouvelles ; les amis disparaissent, qui nous précèdent dans un au-delà inconcevable.

« Que passent les heures ! Les fleuves vont à la mer, et nous dans le temps.

La question qui pend aux branches du crépuscule : Est-ce toi qui passes ? »

« Portez-vous fier », dirait l’ami Jean-Pierre. Et prenez soin de vous.

Sablé, 16 novembre 2016,                               Cl. C.

 

( 2 octobre, 2016 )

ATTENTION !

Un changement dans le fonctionnement des Cahiers de la rue Ventura :

Maintenant, les textes doivent être envoyés

à l’adresse informatique

amis.rueventura@hotmail.com

ou, pour la version papier, à

Amis de la rue Ventura

9 rue Lino Ventura

72300 SABLÉ-SUR-SARTHE

Privilégiez l’envoi en pièce jointe à un mail

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( 13 septembre, 2016 )

Dans 10 jours, l’automne…

Et mon thermomètre affiche encore 30° !

 Le Cahier 33 est paru. Déjà, des échos nous viennent, de lecteurs qui ont aimé le dossier « Écrire son enfance ».

« Douceur et mélancolie des souvenirs d’enfance, heureux ceux qui en ont, généreux ceux qui les partagent », nous écrit Philippe Lejeune.

Je serais heureux, quant à moi, de les partager avec vous le 28 septembre à la brasserie Le François Coppée, au 1 boulevard du Montparnasse (à Paris). La séance commence à 15 h. Bernard Fournier m’invite à venir présenter Les Cahiers de la rue Ventura dans le cadre du Mercredi du poète. Des auteurs diront leurs textes parus dans la Revue.

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Un autre événement, en ce mois de septembre : la sortie aux Éditions Tensing de mon petit livre Je, tu, il – remonté le temps, sondé le silence.

Un recueil de petites proses que je crois poétiques. Le quotidien du poète…

Ce petit livre clôt ma recherche sur l’écriture de la poésie. Après le vers « classique », le vers libre, le verset, voici la prose. Sans l’artifice d’une disposition en vers pour signaler qu’il s’agit bien de poésie, le texte est seul, avec ses images, son rythme, ses sonorités (sa musique), pour que le lecteur l’accepte comme poème.

Voici la couverture du petit livre, avec une photo d’Huguette : le givre sur la fenêtre d’une pièce sans chauffage l’hiver. Sous l’effet du froid, l’humidité se résout en dessins de givre sur la vitre. Seuls les amis qui ont pris de l’âge se souviendront. En ce temps-là, le givre, grand artiste, faisait des merveilles sur les vitres de nos chambres sans feu. Les matins étaient magiques…

Le livre est en vente au prix de 9 € sur le site d’Amazon et sur le site des éditions Tensing. Il vous suffira de taper :

“Je, tu, il – remonté le temps, sondé le silence” (Claude Cailleau)

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( 22 août, 2016 )

Août 2016 – Au cœur de l’été

La revue… Le 33 arrive.

Ce n’est pas le beaujolais nouveau, non, mais le CRV nouveau, le 33. Déjà ! Je sais que le sigle ne plaît pas à mon ami Paul Van Melle. Il le redit à chaque fois dans son Inédit Nouveau, et cela m’irrite un peu, cette redite. Je lui ai pourtant répondu (avec un peu de malice, je l’avoue) qu’il parle bien de temps en temps de la NRF (sans donner à la respectable vieille dame des lettres son nom complet, lequel était chargé d’une intention pour ceux qui la mirent au monde). Il est vrai aussi que dans un courrier à moi adressé, un jeune blanc-bec de poète à qui je parlais de la revue de Gide et Schlumberger, me répondit : « Laissons là, je vous prie, cette bonne vieille NRF. » (Je vous laisse apprécier la suffisance du propos, lequel lui ferma définitivement la porte de ma revue.)

Mais venons-en au CRV 33. Il est sous presse. Vous y trouverez :

Un dossier auquel je tenais (merci, Jean-Marie, d’y avoir pensé) : « Écrire son enfance ». Dossier introduit par un texte enlevé de Philippe Lejeune, spécialiste national de l’autobiographie.

Un bel éventail de poésie avec Bruno Thomas, Silvaine Arabo, Danièle Corre, Michel Passelergue, Gérard Mottet (un nouveau, pour nous), Jean-Claude Coiffard, et cinq autres poètes, parmi lesquels quatre auteurs à découvrir, dans nos pages.

Les Chroniques habituelles, parmi lesquelles un beau texte de Michel Diaz pour réveiller le souvenir d’alain Borne, poète trop oublié.

Pourquoi je tenais tant à ce dossier ?

Parce que, contrairement à ce que pense le Monsieur du Pot-au-feu, dont je parlais dans ma page de juin (paroles venues), et qui prétendait que je ne me posais pas « les questions primordiales » lorsque je tenais les rênes de la Revue, je ne publie pas que de la poésie. Une revue-anthologie, c’est facile à gérer, les poèmes, on les prend ou on les refuse et c’est clos. Ceux qui connaissent nos Cahiers savent que chez nous, c’est un peu plus compliqué. C’est structuré, avec des rubriques, et j’ai toujours voulu faire coexister dans le même support poésie et autobiographie, persuadé, comme Danièle Corre, que les deux sont étroitement liées – mais aussi qu’il s’agit d’une « question primordiale » à notre époque, comme au siècle précédent.

Je relève dans La Faute à Rousseau n° 29 de février 2002, sous le titre « Dénouer l’écheveau des routes », et signé de Danièle Corre, ceci :

« L’autobiographie me semble la matière même à partir de laquelle jaillit, se construit la poésie, mais je ne saurais dire par quels chemins mystérieux elle va de cette terre essentielle à la lumière, ni comment le poème s’organise en rythme, en images, en sonorités, malgré la vigilance de celui qui écrit. »

Ce à quoi Paul Merle, dans le même numéro répond :

« Le musicien fait danser les sons, le peintre joue avec les couleurs. Celui qui écrit fait vivre les mots en les associant ; le poète les fait chanter. L’autobiographe est poète quand il les fait vibrer sur l’archet de son âme. »

Et Danièle Corre, toujours, évoquant un cambriolage qui a vidé une maison de ses meubles :

« Des ombres rôdent

autour des fauteuils absents

Une main invisible

tourne les aiguilles

de l’horloge disparue

qui savait ameuter

la volée d’enfants piailleurs

qui se disputaient le pain

Rien ne subsiste

tout est là

Entre les murs puissants

l’architecture de la mémoire

sauve ses lignes fondatrices. »

Je suis volontiers Danièle Corre lorsqu’elle conclut : « Voyage en soi, voyage autour de sa chambre… L’entreprise autobiographique n’est-elle pas le voyage essentiel ? »

Quant à moi, les poètes dont j’apprécie les vers sont ceux qui savent accomplir ce voyage en eux-mêmes. Poésie et autobiographie, alors, se rejoignent.

Toujours dans le n° 29, ces propos que je prendrais volontiers à mon compte : « Le poème est court, c’est une autobiographie instantanée, une minute autobiographique… S’il est un écrivain proche du poète, c’est bien l’autobiographe … c’est à un même mouvement que tous deux obéissent ». Et encore : « le poème est à la prose ce que la photo est au film ». Le lecteur du Cahier 33 retrouvera cette idée dans mon texte intitulé « Je lui parlerai du petit ».

Une différence, cependant : « Le poème est obscur : du signifiant plutôt que du signifié ». C’est ce qu’ont bien montré les poètes qui ont tenté de suivre une démarche mallarméenne.

Voilà qui justifie, me semble-t-il, mon choix d’associer poésie et autobiographie. Je ne peux que vous conseiller de visiter le site de l’association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique. Vous y trouverez son adresse.

Je vous parlais il y a un instant de ces livres qui me sont chers, parce que leur auteur y a écrit. À Angers en 1993, Andrée Chedid m’avait écouté faire une conférence sur les ateliers littéraires que j’animais dans les collèges. Quelque temps plus tard, m’envoyant deux livres, elle écrivait :

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Le terme…

Tout a un terme. La vie aussi. Restent quelques photos, un moment le souvenir des voix, des visages, parfois un livre ou un tableau, qu’on finit aussi par oublier.

Aidé d’Huguette et de Valentin (un de nos petits-fils), je viens de ranger notre bibliothèque. Environ 4000 livres. Certains me sont plus précieux, à cause du contenu, bien sûr, mais aussi parfois parce que l’auteur y a glissé un mot d’amitié. Une dédicace de Julien Gracq ou de Marcel Arland, sa valeur est pour moi de l’ordre du sentiment. Je pense avec effroi qu’un jour un type que je ne connais pas prendra ces livres pour évaluer la plus-value apportée par une signature sur la page de garde. Et qu’il vendra le livre en prélevant sa quote-part !

Rangeant les livres par ordre alphabétique d’auteurs, j’ai glissé les miens, pour exister un moment dans cet univers de papier.

Dans ma bibliothèque, les livres ont vieilli, debout, pierres levées sur les rayons, qui tiennent ma voix pionnière. Une douzaine portent mon nom, entre José Cabanis et Louis Calaferte, Les Cartes du temps et Portrait de l’enfant. Mes personnages dialoguent à mots mesurés, muets comme le sont toujours les êtres de papier. S’éveillent chaque fois que j’ose ouvrir les livres. Les vies d’ici courent menu-menu dans le roman de l’aube.

Ce petit poème devrait paraître prochainement dans « Je, tu, il »,  qui sera mon dernier livre de poésie. Et c’est bien symbolique, ces rencontres, ce voisinage avec Cabanis et Calaferte qui ne fut pas voulu.

Dans une page précédente, je donnais des nouvelles de mon Cocktail de vie, maintenant épuisé. L’éditeur m’avait prévenu qu’il ne lui restait plus que quatre livres. Si j’en crois le contrat, il s’en est quand même écoulé quelques centaines d’exemplaires.

Et voilà que les éditions Écho Optique me demandent si je suis preneur du solde de mon recueil « Sur les Feuilles du temps ». Une soixantaine d’exemplaires. Je ne sais pourquoi celui-là s’est mal vendu. Et c’est curieux car les poèmes que j’ai réunis là ont tous été pris et publiés dans des revues (Multiples, 7 à dire, Pages insulaires et dans Cocktail de vie). Ce sont les poètes qui lisent les poètes. Sans doute mes amis se sont-ils dit qu’ils connaissaient ces textes. Le gros carton m’est arrivé hier. Triste fin pour ce livre sur lequel un journaliste écrivait dans Ouest-France : « Ce recueil de poèmes qui fait claquer la langue au rythme travaillé de vers taillés pour la lecture. À lire en paix. Et à voix haute, c’est encore mieux ». Je remercie le journaliste (il me lira peut-être) d’avoir pensé que ces poèmes étaient faits pour être entendus. Pour moi, le poème doit résister à une lecture à haute voix.

Toujours sur cet infortuné petit livre, un ami, qui me suit depuis longtemps, m’écrivait :

« Je viens de lire d’une traite votre « Sur les Feuilles du temps » et, malgré l’obsédante thématique qui y est développée, j’ai retrouvé l’auteur que j’apprécie : texte d’une seule coulée, souffle court mais obstiné, têtu, tenace. C’est un livre qu’il faut lire en marchant (je le ferai) sur des chemins raboteux, parmi les ronces et sous un ciel de crépuscule. L’ombre de la mort y plane tout du long, mais chaque vers, chaque pas, est un pas gagné sur la mort, une victoire, un élan vers le pas suivant, contre le crépuscule, contre la nuit, contre l‘absence et l’oubli. Nostalgie et angoisse y sont transformées en conquêtes sur le silence, sur la menace confuse qui nous cerne, et cela se transforme en lumière. Y fait la langue que vous utilisez : sobre, claire, rapide, allant à l’essentiel, dégraissée à l’extrême, d’apparence presque pauvre mais usant de ce dépouillement pour être plus efficace encore. Une langue raclée à l’os. Vous me rappelez votre âge, mais c’est cet âge justement qui vous a doté des moyens de cette langue, c’est-à-dire d’un art que vos avez affûté comme une lame sur les cailloux des ans, et c’est là de la bien belle poésie ».

Cette lettre, Je l’ai lue et relue, pour ne rien manquer. C’était tout miel pour moi ; mais – vous l’aurez sans doute remarqué – quand le critique écrit en poète, que demander de plus ? Merci, Michel, dans votre Touraine pas si éloignée que ça de la rue Ventura, merci de m’avoir lu ainsi.

Si vous êtes curieux, contre un chèque de 4 sous, les Amis de la rue Ventura vous enverront le petit livre. 4 sous, vraiment ! Ça ne fait pas chère la page. Mais puisqu’il faut solder la poésie pour qu’elle soit lue…

J’ai confié aux Amis de la rue Ventura le soin de diffuser et distribuer le reste d’un rêve, alors que déjà (nous étions en 2013) je m’acheminais vers une fin (en poésie, rassurez-vous, l’autre attendra un peu).

Courrier aux Amis de la rue Ventura : < amis.rueventura@hotmail.com >

Vous pourrez leur demander leurs conditions pour ce livre. vos serez étonnés.

Depuis que vous visitez ce blog, vous connaissez Louna, notre petite Cavalier King Charles. C’est un peu le génie tutélaire de la maison. Elle vient d’avoir 9 ans, hélas. Les animaux vieillissent plus vite que nous ; ils partagent un moment notre vie puis nous quittent, après quelques années de silence parlant.

Voici Louna regardant son maître. Un ami à qui j’envoyais cette photo m’a écrit : « C’est émouvant, cette entente avec la petite chienne qui n’entend pas (Louna est complètement sourde) mais qui comprend tout, devine tout. On dirait qu’elle a, non pas des éclairs, mais des flammes d’intelligence qui brillent dans ses yeux ».

Moi, j’y vois surtout une grande tendresse pour ces maîtres qui veillent sur ses jours. J’ai voulu partager avec vous ce regard qui me parle.

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( 22 juin, 2016 )

Enfin l’été ! (je plaisante, bien sûr) 20 juin 2016

Mais on nous annonce du soleil et de la chaleur pour la fin de la semaine. Rien n’est perdu.

Espérons que le prochain week-end sera estival. Sinon, ceux qui parlent de réchauffement climatique auront du mal à nous convaincre.

 

Justement, les 25 et 26 juin, les éditions du Petit Pavé vous invitent à venir à leurs Portes ouvertes. Vous pourrez faire votre choix à leur grande braderie de livres (solde et déstockage à partir de 1 €)

J’y serai, le dimanche avec les Cahiers de la rue Ventura. Nos numéros anciens y seront bradés.

 

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Michel Baglin vient de terminer l’indexation des articles publiés sur Texture, par ordre alphabétique d’auteurs, jusqu’à la lettre C. Et je suis là, entre Hélène Cadou et Louis Calaferte. Peut-on souhaiter meilleur voisinage ?

Merci, Michel : vous m’avez permis de retrouver les deux articles signés Georges Cathalo pour le premier, et de vous-même pour le second.

 

Permettez-moi de les présenter ici aujourd’hui. Pour un auteur, c’est toujours émouvant d’être lu avec empathie. Et de voir éclairées dans un texte critique les intentions que l’on avait au moment de l’écriture. Longtemps sur l’établi, mes textes sont en effet le fruit d’une réflexion post écriture, et sans cesse remaniés : Merci, Georges ! Merci, Michel ! de l’avoir compris.

 

Sur le site de Texture – que je vous conseille de visiter à l’adresse suivante :

http://revue-texture.fr – vous retrouverez les deux textes qui suivent.

 

Dernières nouvelles : Mon anthologie parue chez Éditinter (Cocktail de vie) est épuisée. J’ai racheté les 4 derniers exemplaires à l’éditeur. Avec une tendresse avouée (une petite faiblesse) pour ce livre dans lequel je me suis livré plus que dans un autre. À partir de maintenant, si vous voulez lire ce Cocktail, c’est avec moi qu’il faudra négocier ! Il m’en reste quelques exemplaires.

En revanche, Le Roman achevé est toujours en vente aux éditions du Petit Pavé et Crépuscules chez les Amis de la rue Ventura. De même, Pour une heure incertaine aux éditions Sac à Mots.

 

Voici ce qui en est dit sur Texture

 

Par Michel Baglin :

 

Claude Cailleau « Pour une heure incertaine » & « Le Roman achevé »

« Tu te souviens des peupliers ? Eux abattus, nous ne voyons plus serpenter notre rivière. C’est étrange un monde qui meurt : nous aurions cru mourir avant. » Je cite ce passage pour donner le ton d’un recueil déjà ancien (2004) de Claude Cailleau paru à Sac à Mots éd., « Pour une heure incertaine » . Une voix que je découvre avec grand plaisir, alors que l’auteur a déjà publié cinq ou six recueils et un roman chez Julliard. Ces poèmes en prose savent prendre dans les plis du temps, « la maison trop grande », les « jours mal repassés », les « cailloux lourds comme des sanglots », et dans la bibliothèque, « les livres, jalons de mémoire », ces « livres endormis dans la poussière des années ». Sans grandiloquence ni pathos inutile. Simplement, avec une forme de sérénité et une écriture d’une belle densité.
C’est le même thème du temps (ces « visiteurs du temps » qui ont hanté nos vies) que l’on retrouve dans un recueil plus récent, « Le Roman achevé » (clin d’œil à Aragon, bien sûr, et ici aussi il s’agit de poésie), cette fois composé de suites, sous la forme de versets (Éditions du Petit Pavé). Ce long poème – traversée du roman d’une vie dont il revisite les chapitres sensibles – peut évoquer Saint-John Perse d’ « Anabase » , mais c’est la musique (un peu célinienne) des points de suspension qui suggère le mieux le flot des souvenirs qui déboulent et forcent la parole, l’écriture, le livre… « J’écris le livre du livre qui s’écrit », dit l’auteur dans la déroute des heures. Et c’est manière de sonder le silence, de se retourner sur ce qu’on abandonne.

Claude Cailleau, Le Roman achevé, Éditions du Petit Pavé – BP 17 -  49320 BRISSAC-QUINCÉ (94 pages. 8 euros)

Par Georges Cathalo :

 

Claude Cailleau : « Crépuscules »

Il est plus que rarissime qu’un poète annonce dans un avant-propos que le livre que le lecteur tient entre ses mains sera son dernier texte en poésie. Claude Cailleau souhaite « donner un éclairage particulier à ces crépuscules de l’aube et du soir » et l’on se laisse entraîner par cette unique phrase courant sur une quarantaine de pages que l’on doit lire en continu. Pas question de sauter une page car l’on perdrait le sens de cette démarche poétique. En extraire un passage peut donner envie de lire mais c’est aussi prendre le risque de s’engager sur une fausse piste dans une histoire complexe : « la mienne dont je ne sais / si elle est / ou de rêve / engluée dans les lointains de ma vie ». 
On est loin des rythmes amples qui caractérisaient jusqu’alors la poésie de Claude Cailleau. Pour ce dernier livre, l’auteur a choisi la fragmentation et la rupture pour freiner le débit de lecture tout en variant aussi les caractères, en jouant sur les gras et sur les italiques. À la relecture, des notes finales en particulier, on découvrira que ce ne sont pas de simples exercices de style mais des relais moteurs, « écrits en marge du poème ». L’écriture de ce long poème, ultime crépuscule, a couru sur plus de deux ans. On devine aisément le délicat travail de « retour sur soi » qu’il a nécessité, mais le résultat est là : un livre émouvant qui offre le portrait d’un honnête homme, d’un poète humble et digne qui aura su traverser discrètement son époque sans se soucier à juste titre des modes du moment.

(Claude Cailleau : « Crépuscules ». CRV éd., 2015. 70 pages, 6 euros – 9 rue Lino Ventura -72300 Sablé-sur-Sarthe ou amis.rueventura@hotmail.com)

( 12 juin, 2016 )

Juin 2016 – Paroles venues…

Le Cahier 32 est sorti au début de juin. Vous pouvez vous le procurer en vous adressant à  < amis.rueventura@hotmail.com >

Au sommaire,

Deux articles d’universitaires sur l’œuvre d’Yves Bonnefoy – À lire et relire.

Une originalité : huit poètes vous proposent un sonnet de leur cru. Moins réguliers, les sonnets,  que ceux d’Heredia, à l’image d’un temps où la poésie s’interroge (voir plus bas). Une curiosité.

Ensuite, des proses et des poèmes de Bernard Gueit, Jean-Louis Bernard, Michel Diaz, Françoise Vignet…  Du travail d’artistes.

Puis « Les écrivains et la Grèce », lectures de Jean-Marie Alfroy et Jean-Claude Coiffard.

Michel Passelergue, toujours, et ma revue des revues, au ton plus familier, volontairement.

À déguster, sans modération.

 

Et merci à nos abonnés arrivés en bout de parcours : ils ont tous renouvelé leur abonnement !

Voilà qui va plaire à un Monsieur dont le nom nous fait penser à une huile qui sert à cuisiner. Celui-ci, avec délicatesse, nous dit dans sa revue que la nôtre change, « s’ouvre davantage », qu’on s’y pose maintenant « les interrogations primordiales ». C’est quoi, « les interrogations primordiales » ? Moi, je ne sais pas, parce que la Revue, avant, c’était nettement moins bien,  je la faisais bêtement, sans me poser de questions.

 

Les samedi 25 et dimanche 26 juin, si vous n’habitez pas trop loin, on vous attendra aux Éditions du Petit Pavé, une petite structure indépendante, bien installée maintenant dans le monde du livre. Bien installée, mais qui a besoin de vous pour survivre.

Ne perdez pas l’adresse : c’est au bourg de Saint-Saturnin-sur-Loire, près de Saint-Jean-des-Mauvrets, en haut de la côte.

Vous serez bien accueillis et pourrez flâner entre les stands installés dans les jardins, mais aussi entrer dans la petite librairie aux rayons chargés de livres de tous genres : jeunesse, romans, poésie, témoignages, histoire, etc.

Une trentaine d’auteurs seront là pour dédicacer leurs livres.

Moi aussi, avec les Cahiers de la rue Ventura.

Le Petit Pavé (un de mes éditeurs) est à l’origine de la création de l’Autre Livre, association des éditeurs indépendants, laquelle a son comptoir de vente à Paris et son salon en automne, dans le 4ème arrondissement.

Pour en savoir plus, < www.petitpave.fr > Et ci-dessous.

 

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( 29 avril, 2016 )

Rencontre… avril 2016

Je savais bien que j’avais lu ces poèmes quelque part. Et que je m’étais dit : j’aurais pu écrire cela si j’avais eu le talent de leur auteur. Avec Du sable entre les doigts, Paul Couëdel nous parle, en toute simplicité, de la vie, de la pauvreté, de son art (discrètement), et de la mort. C’est une voix fraternelle, qui nous dit des choses banales, comme on en lit dans le journal; on a envie de cheminer avec lui dans le quotidien, qui n’a pas toujours les couleurs de la joie. On se reconnaît dans sa parole. Une rencontre comme on en fait peu.

Il a fallu cet anniversaire un peu exceptionnel, et cette décision que j’ai prise de ne plus écrire de poésie, pour que j’ouvre à nouveau le livre de Paul Couëdel et vous propose…

Nomade sur la terre

je ne fais que passer

d’empreinte je ne laisse

que celles

aussitôt

effacées par le vent

et même mes enfants

oublieront le son de ma voix

 

De passage

déjà passé

ce n’est pas un voyage

cette planète comme mes dires

ignore toute frontière

et mes mots ne s’inscrivent

nulle autre part

qu’en un partage

 

C’est ce que nous dit le poète page 20 de son livre. Et, page 64 :

 

Un granit déjà

Quelque part m’attend

Ou plus simplement

Quelques mottes de terre

 

Une poignée de porte

Sans doute existe

Qui sera la dernière

Que caressera ma paume

 

Des livres à l’odeur amicale

Aux pages tentatrices

Échapperont à jamais

À mon crayon curieux

 

Puis ce sera

Sans le savoir

Que je saluerai cet ami

Pour la dernière fois

 

Et le dernier ruisseau

Qui aura lavé mes pieds

Poursuivra sa course folâtre

Parmi les sages pierres

 

Je vous devine tentés. Vous trouverez ces deux poèmes dans Du sable entre les doigts de Paul Couëdel, paru en juin 2011 aux Éditions du Petit Pavé.

 

Un bonheur de lecture que j’ai voulu partager avec vous…

 

Un beau numéro des Cahiers de la rue Ventura se prépare. Il va paraître en juin.

Puis-je vous rappeler, afin que vos messages frappent à la bonne porte, que…

les textes doivent être envoyés au rédacteur en chef, à l’adresse informatique suivante :

jm.alfroy@orange.fr

et que les abonnements se prennent auprès des Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLÉ-SUR-SARTHE (22 € pour un an, soit 4 numéros)

( 12 avril, 2016 )

11 avril 2016 – À tous les amis de la rue Ventura, et de ses hôtes, merci !

10 avril 1936 – 10 avril 2016 : j’ai 80 ans depuis 1h30 hier. Après tout, ce n’est qu’un an de plus que l’année dernière.

Et je ne me croyais pas si célèbre ! Merci aux amis qui m’ont souhaité un bon anniversaire. Mais tant de messages sur facebook ou venus par mail : je ne peux répondre à tout le monde, et j’en suis désolé. Ces marques de sympathie, d’amitié, m’ont beaucoup touché.

Soyez tous remerciés et que le temps qui passe vous soit favorable.

Pour vous, sur la photo, Louna (génie des lieux) et son maître : un moment de tendresse. Et, passé plusieurs fois sur l’établi, un petit poème pour faire revivre de lointaines années.

 

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Exercice de style

… Un tout petit espoir se glisse dans la page, s’étire, fait son nid à l’encre violette. Parlait de notre enfance. Le jour n’en finit pas de vieillir silencieux, dans nos pas. Et dans les encriers de l’école oubliée. Tu cours vers la maison. Tu te rappelles… La lumière peinait à éclairer la pièce. La peur est conviviale dans les ténèbres de l’histoire. On respire. Vous n’aviez… pas d’amis, dit-il. La guerre. On entend à nouveau le canon dans la bouche sanglante du temps. Et l’enfant. Qui pleure. Oui, c’était. Une page tournée. Des ratures de vie. Le jour à l’envers. Et tes doigts tachés d’encre. L’espoir s’est endormi entre les lignes du cahier. Le lit de l’heure est un berceau. Tu te souviens… Nous deux. Et ta main. Dans la mienne. On entend les avions. Le ciel est un métier. La guerre y tisse des éclairs. Et la mort. Ce jour-là viendra bien. L’espoir s’est fait petit, dans l’encoignure de nos vies. Caché dans la pénombre. Demain sera. Demain, ma voix encore. Venue pour toi du fond des temps. Accordée à tous les dires. Regardez : la prairie à l’aube offrait des perles de lumière. Ainsi l’espoir prenait rang parmi nous. Les mots chantaient clair dans le cahier du jour. Des paroles de joie, qui brûlaient dans la brume. Une grande clarté dans l’obscur de nos vies.

                                                                                               Claude Cailleau

(poème paru, en vers libres, sur un site, puis en versets dans un livre. Réécrit en prose, mais en respectant toutes les coupes du vers libre, pour faire mieux entendre, à la lecture, la voix saccadée de l’enfant effrayé par le bruit de la guerre et, plus tard, beaucoup plus tard, l’essoufflement du vieil homme qui parle en marchant dans les guérets du temps et peine à rassembler ses souvenirs. J’ai toujours été sensible à la musique dans le poème.)

 

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