( 31 octobre, 2018 )

Bonjour !

img1000.jpg

Vous êtes sur le blog de Claude Cailleau, directeur de la revue « les Cahiers de la Rue Ventura ».

( 31 octobre, 2018 )

Automne 2018 – Quand reviennent les frimas…

Que le lecteur me pardonne : cette page fera une grande part aux sentiments. Une disparition m’a toujours amené à m’interroger sur moi-même, autant dire « à sonder l’insondable ». Et attendre. Attendre que le temps fasse son œuvre. Qu’il répare, car c’est toujours lui le coupable.

Pour répondre à une demande que m’avait faite un éditeur il y a quelques années, j’avais commencé la rédaction d’un ouvrage sur « mes » écrivains. La mort de notre petite chienne le 31 juillet a tout arrêté. Incapable d’écrire, j’ai décidé de m’atteler à une autre tâche : la préparation d’une anthologie de mes poèmes depuis mes premières publications en revues. C’était en 1956. La date me donne le vertige. J’ai donc relu, et choisi. L’affaire est en bonne voie. Et je pense toujours à ce livre que j’aimerais voir paraître avant de mourir : ce Journal qui s’écrit depuis 1995, depuis que j’ai mis le feu au précédent qui ne me convenait plus du tout.

Je viens de ressortir d’un dossier l’article qui m’avait été demandé par le président de l’Association pour l’Autobiographie (APA) pour sa revue La Faute à Rousseau. Le texte est paru dans le n° 35 en février 2004. Le voici. Je ne vois rien à y changer.

 

Journal intime, journal extime  

Un jour de 1995, j’ai pris le paquet de feuilles et de cahiers sur lesquels depuis 25 ou 30 ans j’écrivais ce que j’appelais « mon journal ». J’ai tout éparpillé dans ma brouette métallique et j’ai regardé partir en fumée le miroir de ma vie. Un ami à qui j’en parlais a eu la gentillesse de me dire que je venais de faire « une grosse bêtise » (le terme qu’il a employé était moins distingué).

Ce Journal, je pense que j’y étais moi-même, aussi vrai que nature, et je ne l’aurais fait lire à personne, pas même mes proches. L’écriture ayant toujours été pour moi – comme pour Roger Martin du Gard, que je considérais comme mon maître en ma jeunesse – le moyen le plus efficace que l’on ait imaginé pour échapper à une mort totale, je me suis dit que ce journal était parfaitement inutile puisque je ne voulais pas qu’il soit lu.

C’est cette année-là que ma conception de l’écrit personnel a changé. Ma vie extérieure, celle dont tout le monde pouvait être témoin, et ma vie intellectuelle, j’acceptais d’en parler et qu’on me lût. Mais je voulais protéger mon être intime et mes proches de la curiosité malsaine d’un lecteur occasionnel.

Je me rappelle mon attente impatiente du Journalde Martin du Gard, et mon irritation lors de sa parution à partir de 1992. « Par suite de certaines complications de ma vie conjugale, il se trouve que ce Journal est surtout le récit de mon existence familiale », écrivait l’auteur en août 1951 (t. II, page 4). C’est bien ce que je lui reproche. Et la belle justification de cette attitude, que présente Claude Sicard dans l’introduction du tome I, ne me fera pas changer d’avis. Autant m’avaient intéressé les « Souvenirs autobiographiques et littéraires » en tête de l’édition de la Pléiade, autant la lecture du Journal m’a laissé sur une impression de malaise. Je note aussi que l’auteur avoue « avoir songé sérieusement à le brûler ». Et cela « pour des raisons intimes » (t. II, p. 3). Le lecteur appréciera.

Je n’aime pas les journaux trop personnels. Subjectivité, mensonge, complaisance imprègnent ces récits faits au jour le jour, pour le bonheur du diariste.

Mon journal offert à la lecture (j’en ai déjà déposé deux tomes à l’APA) résulte donc d’un choix. Je n’ai pas pris modèle sur le Journal extimede Michel Tournier, qui n’a été publié qu’en 2002. Mais je me suis reconnu dans les choix de cet écrivain. « Tout m’intéresse, sauf Michel Tournier », a-t-il dit dans une émission de télévision. Ce qui ne l’a pas empêché de s’engager de temps en temps sur la voie d’une confidence, parfois consciente, parfois involontaire. « Extime », son texte ne l’est qu’à moitié.

Me trouvera-t-on dans mon Journal ? Rien n’est moins sûr. Si Tournier dit aussi « je ne mets rien de moi dans mes livres », je crois qu’on me trouverait plus dans mes poèmes – ce que j’appelle de l’autobiopoésie, une forme de lyrisme qui m’est personnelle, je crois. – ou dans ma Chronique, œuvre étrange, inachevée, où j’ai réuni tous les personnages de mes romans, et moi-même en commerce avec eux.

J’évoquais, commençant ce texte, le mouvement d’humeur qui, un jour de 1995, me fit anéantir 30 années de mon Journal. Échappèrent à cette furie de destruction deux cahiers de 100 pages 21 X 29 à petits carreaux, deux agendas grand format de 1989 et 1990 (les années où j’avais quitté mes élèves pour prendre un poste de documentaliste), un semainier (sans date !) et quelques feuillets plus anciens, oubliés dans un classeur. Enfin, le cahier noir et gris (les couleurs m’avaient séduit par leur sobriété) sur lequel j’écrivais depuis le début de 1995.

C’est en feuilletant ces cahiers, et me souvenant du Temps immobile de Claude Mauriac, que m’est venue l’idée d’un montage. Il m’a paru intéressant de rapprocher des textes rédigés à des époques différentes, mais qui traitaient de thèmes voisins. On voit mieux ainsi, me semble-t-il, la continuité d’une pensée et les nuances, les remords, qu’une relecture peut susciter. Je ne sais pas si j’aurai le courage de faire le même montage avec les douze gros cahiers de 180 pages remplis par la suite.

Je voudrais, pour terminer, évoquer à nouveau l’écrivain qui a enchanté mon adolescence quand, préoccupé par des problèmes de religion, de croyance, que je n’arrivais pas à résoudre seul, je suis tombé surJean Barois, son premier livre publié par Gallimard. S’en est suivi un échange de correspondance avec l’auteur, lequel m’invitait, quelques mois plus tard, à venir passer une journée avec lui au Tertre, près de Bellême. C’est là que pour la première fois de ma vie je pus voir, étalés sur une table basse dans sa pièce de travail, les feuillets manuscrits d’un journal d’écrivain. Il préparait alors avec Marie Rougier l’édition de ses œuvres dans la Pléiade, plus précisément, ses « Souvenirs autobiographiques et littéraires » dont je parlais précédemment). Des feuilles blanches 21 X 27 (le format utilisé à cette époque), couvertes d’une écriture qu’encore aujourd’hui je reconnaîtrais entre mille. L’encre noire me semblait – ainsi que la belle écriture – donner aux textes un sérieux, une authenticité qui, sur l’heure, m’impressionnèrent. Mais ce qui me frappa surtout, c’est la place occupée par ces textes dans la page. Une colonne étroite au milieu, et des marges immenses de chaque côté, où parfois surgissait une correction de la même encre. On voyait aussi de nombreuses marges vierges, révélant qu’à certains moments l’écriture s’était faite plus facile, ou que l’auteur n’avait pas relu ces passages. J’observais tout cela avec surprise, moi qu’on avait habitué à ne pas gaspiller le papier, comme on ne gaspillait pas le pain dans mon enfance.

C’est avec Roger Martin du Gard, donc, que je voudrais terminer. « Je vis à la fois dans l’obsession quotidienne du temps qui fuit…, et dans une incroyable légèreté, une inconcevable inconscience, gaspillant mes jours comme si je me sentais éternel », écrit-il dans son Journal le 11 juillet 1948. Il ne savait pas qu’il n’avait plus que 10 ans à vivre. Revenant en arrière, je me dis que moi aussi, pendant une trentaine d’années, j’ai gaspillé mes jours. Peut-être que mon Journal, plus intellectuel que sentimental, est une tentative un peu désespérée pour rattraper ce temps perdu. Les jours où m’afflige la pensée que la diffusion de mes écrits reste confidentielle, je me dis que j’écris pour le futur, que mes lecteurs seront dans un autre siècle. Parce que, comme Gide, « je ne crois pas à une autre survie que celle dans la mémoire des hommes ».

(J’ai placé ce texte en introduction de mon Journal de 1995, déposé à l’Association pour l’autobiographie)

Louna, notre petite chienne disparue en juillet, fut une adorable compagne.  Silencieuse mais si présente. Il est normal qu’elle trouve une petite place sur ce blog. Elle aussi restera dans notre mémoire.

« Onze années de vie

à se parler sans rien dire :

C’est ma chienne, morte. »

IMG_0250

3 Juillet – Page de journal…

Je n’ai rien contre le monde paysan. Je respecte ces hommes  de la terre sans qui nous ne pourrions vivre. Mon père a commencé sa vie de travailleur, à 8 ans (oui, vous avez bien lu !) comme bicard dans une ferme avant de devenir ouvrier agricole. Quand nous habitions à Souvigné, nous entretenions des liens d’amitié avec des agriculteurs à la retraite. L’un d’eux occupait ses loisirs à faire des mots croisés. Et pas les plus faciles. Non, je n’ai rien contre les paysans. Mais, quand même…

Dimanche, un salon du livre dans un petit village de la Sarthe. Une grande salle. Tout autour, des tables couvertes de livres ; assis derrière les stands,  les auteurs attendent le chaland. Au milieu de l’espace, des tableaux de tous les styles ; production des peintres de l’endroit. Peu de visiteurs. Entre un type, pur produit du terroir, la casquette sur le front, la clope aux lèvres, accompagné de sa femme, une grosse petite paysanne aux tétons bien gonflés. Regard circulaire, appuyé, sur les tables et les écrivains. En moi, l’impression désagréable d’être au zoo l’animal qu’on vient voir par curiosité. Mais très vite notre homme, d’une voix tonitruante :

« Viens t’en, la Mère : y a rin là n’ dans ! »

Il a pourtant dû aller à l’école, ce type pour lequel les livres n’existent pas. À chaque fois que je raconte cette anecdote, tout le monde rit. Moi, ce jour-là, très tôt j’ai rangé mes livres et je suis parti. Quelle tristesse !

30 mai – Page de journal

Je n’aime pas beaucoup la poésie de Jean Cocteau. Elle ne correspond pas à l’idée que j’ai de cet art. Seuls le rythme et la rime souvent font croire à de la poésie. Derrière les vers s’accumulent des flots de banalités, servies avec la langue de la prose. Si, comme le dit Octavio Paz, la poésie est « un langage dans la langue », la poésie de Cocteau n’en est pas. En poésie, le mystère est là, dans la langue du poème. Pourquoi l’écrivain change-t-il de matériau (non, c’est le même, mais employé autrement) lorsqu’il commence l’écriture d’un poème ?

Quand je relis les miens, qu’ils soient en vers ou en prose, je vois bien que quelque chose diffère de mes autres textes, fragments de romans ou d’essais. Et que cette langue très particulière est venue sans effort de ma part, sans recherche – mystère de la création poétique. Ce « autre chose », je ne sais pas l’analyser. Mon poème naît d’abord d’une attente ; quand il arrive, je le regarde souvent avec surprise. Et ce n’est pas fini : je vais le lire, le relire, le torturer, lui faire rendre gorge, jusqu’à ce qu’il s’avoue vaincu. Vaincu dans un combat qui souvent confine au massacre. Quand encore le poème survit. Il arrive qu’il atterrisse dans ce qu’un jour j’ai appelé « la corbeille papivore ».

C’est pourquoi la préparation d’une anthologie est un exercice salutaire : le choix des poèmes à garder suppose des déchets. Et il y a plus de déchets que de poèmes choisis. Arrivé au terme de cette sélection pour mon dernier livre de poésie, je constate que l’ensemble couvre 130 pages. Est-ce trop encore ?

Dans les années 70, en vacances dans le Sud-Est de la France, nous nous arrêtons devant un artiste des rues qui, pour gagner sa chienne de vie sans doute, proposait aux badauds de les « croquer » en un quart d’heure. Habile, notre homme : je me reconnais bien dans son dessin. Le cheveu rare déjà, et le regard qui plonge au-delà. Une belle ressemblance. Je n’ai pas trouvé trace de cet artiste sur la Toile. Peut-être a-t-il fini, éternel crève-la-faim, dans un refuge pour clodos (on dit SDF maintenant). Et vous, le connaissez-vous ? Il signait Cardus. Qu’est-il devenu ?

IMG_0059

( 29 juin, 2018 )

Juin 2018 – Le vieil homme se souvient…

Sommaire :

1 – Patrice Angibaud a lu mon livre.

2 – Je reviens sur mes chemins de lecture…

3 – j’ai choisi pour vous quelques pages de mon journal.

 

Le vieil homme qui se souvenait… (Éditions Encre Bleue)

Mon ami Patrice a été un des premiers lecteurs de mon chef-d’œuvre. « Émouvant et remarquablement écrit », d’après l’éditrice. Mais peut-on croire une petite éditrice ? J’aurais dû proposer mon manuscrit à Gallimard ou au Seuil ! (vous aurez compris que je plaisante). Le 9 mai, Patrice  m’écrivait :

« J’achève de lire Le vieil homme qui se souvenait… et je ne résiste pas à l’envie de vous dire combien ce livre m’a enthousiasmé. Un enthousiasme qui provient peut-être du fait que je vous connais et que j’ai été heureux de découvrir votre enfance et l’univers dans lequel vous avez évolué. Explication insuffisante : n’importe quel lecteur peut se laisser prendre par la main et vous suivre dans cette évocation.

Cela tient d’abord au style que vous avez adopté : simple, proche du langage oral, vulgaire parfois (il faut appeler un chat, un chat et la merde, la merde), parfaitement adapté à cet environnement du petit. Le second élément qui fait de ce récit une réussite réside dans le procédé arrêts sur images,  flashs, et dans le passage d’une date à une autre, dans la juxtaposition enfin du regard de l’enfant et du vieil homme qu’il est devenu.

Cet apparent désordre nous vaut de passer ainsi des activités quotidiennes d’une vie difficile, à des portraits singuliers (Coco bel œil , Belles fesses, la mal-pendue, Rico), le plus souvent pathétiques ; mais également à de très beaux tableaux : le père et l’enfant, tôt le matin, dans les rues d’une ville ou passant une journée à la pêche ; voire de véritables récits : la mère voulant se jeter dans la rivière, le bicard.

Une manière linéaire de raconter tout cela aurait pu être source d’ennui, l’alternance des époques et des genres crée une dynamique du texte et relance sans cesse l’intérêt. Je n’oublie pas non plus l’évolution du petit et l’affirmation de sa personnalité : du non ! qui arrête la gifle du père à sa décision de faire avec le plomb que la société venait de coller à ses semelles. Une personnalité faite aussi d’une grande attention aux autres et d’une profonde humanité : qualités que le vieil homme a su garder, je peux en témoigner ! Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire, tellement ce livre est riche… »

Patrice Angibaud

Après Tant perdu et Les Tessons du temps, Patrice Angibaud publie cette année aux Éditions Gros Textes, Avant que ne se ferme le paysage, recueil au titre hautement symbolique. Vous trouverez toutes informations sur le livre en consultant le site de l’éditeur. 

Quant à moi, je vous invite à découvrir en avant-première deux poèmes de Avant que ne se ferme le paysage. Voilà…

Tu rends visite à ton ami

Le vieil homme

De la maison de retraite

 

Au moment de partir

Tu lui serres doucement

La main en promettant

De revenir

 

Il dit au revoir

À bientôt

 

Visage presque impassible

Si ce n’est l’esquisse

D’un sourire

Qui répond

À ton propre sourire

 

Mais il y a la trahison

Du regard

Dans lequel tu peux lire :

Reste encore

Reste plus longtemps

Ne me laisse pas

 

Face à la solitude

Au silence de l’effroi

Face à la mort

Qui

D’un pas léger de louve

S’approche de moi.

 

***

 

Tu marche et devines

À ce souffle nouveau

Dans ta poitrine

Que pour la première fois depuis longtemps

Le paysage est ouvert

Qu’il suffit de marcher marcher encore

Pour aller au bout de toi-même

Et plus loin et savoir

 

Rien ne compte désormais

Hormis ce sentiment soudain

D’être à hauteur des arbres

Plus libre que la lumière qui s’infiltre partout

Et révèle cette pensée

Clé perdue au fond de la mémoire :

 

Tu aimes cette terre

Toujours renouvelée

Sa puissance de vie

Qui nourrit ton regard

Au point que tu te prends à rire et à sautiller.

 

Patrice Angibaud

 

Lisez, et relisez. La poésie, c’est tellement mystérieux qu’il faut revenir sur ses pas pour ne rien manquer du message. Un poème dit toujours beaucoup plus qu’on ne croit. Et l’ami Yves Artufel, éditeur, attend votre lettre : commandez-lui le livre. 6 € (plus 1 € de participation aux frais d’envoi)

Yves Artufel – Éditions Gros Textes – Fontfourane – 05380 CHÂTEAUROUX-LES-ALPES

Quant à moi, je vous invite à vagabonder dans mon enfance. Période d’incertitudes, de craintes et d’espoir, de lutte pour survivre. C’était la guerre. Occasion aussi de présenter un tableau de la vie quotidienne à cette époque. Tellement différente de la nôtre aujourd’hui.

Vous pouvez commander le livre à :

Largevision Éditions

diffusion distribution Encre Bleue éditeur

66 avenue Franklin Roosevelt

11000  CARCASSONNE

Accompagner la commande d’un chèque de 27,10 € (23 € +4,10 € de port) à l’ordre de Largevision Éditions.

 

Sur la photo, le désordre de mon bureau, mais ne vous y trompez pas : désordre organisé. Sous le livre de Patrice, le manuscrit du livre en cours d’écriture. Trente-neuf pages déjà. Ça devrait faire un gros bouquin. J’espère qu’il ne restera pas dans un tiroir, comme Yves en hiver, un roman que je n’ai jamais eu le temps de réécrire (réécrire… parce qu’on fait des progrès, quand même, en 50 ans !)

IMG_0033

Je reviens sur mes chemins de lecture   

Libéré de cette revue qui me volait tout mon temps, lassé par les flatteurs dont les lettres tombaient par paquets dans ma boîte, et dont les mails inondaient l’écran de mon ordinateur, je vois avec plaisir ( ? ) s’installer un silence propice au travail. L’ingratitude est une grande qualité humaine. Seuls, quelques amis continuent de m’accompagner dans mon parcours d’écrivain toujours dans un état de doute – ce qui m’a fait jusqu’à ce jour changer d’éditeur pour chacun de mes livres afin de passer à chaque fois l’examen et de me rassurer – ceux-là, je les remercie, leur présence, même lointaine, est un grand encouragement alors que je reviens avec appréhension sur mes chemins de lecture.

Depuis mes 7 ans, qui me virent plongés dans un petit bouquin de contes, jusqu’à ces derniers temps, où j’asséchai mon budget livres pour acquérir Les Œuvres complètes de Louis-René des Forêts, celles de Georges Perros et le Journal de Matthieu Galey, trois énormes bouquins (Respect, Messieurs : ça, c’est ce qu’on appelle une œuvre !) et le Pléiade de Philippe Jaccottet (une somme : d’un intérêt inépuisable), d’autres aussi : le Journal de Philippe Delerm, léger, et l’indigeste Vous écrivez ?  d’Arrou-Vignod qui vous assomme de banalités présentées comme des découvertes – depuis ce temps, donc, les années se sont succédé. Avec des bonheurs de lecture, des rencontres exceptionnelles. Pour moi qui n’aurais pas fait 100 mètres, ni même un seul pour avoir une dédicace de Ronaldo ou de Barthez (quoique lui…), des lettres de Roger Martin du Gard, de Marcel Arland, d’Henri Troyat, d’Hervé Bazin, de Julien Gracq (il y en eut beaucoup d’autres) c’est l’inestimable trésor que m’ont apporté les années.

Et j’ai entrepris de parcourir à nouveau cet exceptionnel chemin de lecture qui a été l’occasion de revisiter les lieux de vie et d’écriture de tous ces auteurs. Il y a, dans les maisons d’écrivains, quelque chose d’indicible qui flotte, même dans celles où il n’y a plus rien, comme la Tour de Montaigne, par exemple.

Un livre, à la demande d’un de mes éditeurs. Et je ne suis pas sûr de répondre à son attente. Trop personnel, peut-être. Le manuscrit commence par cette phrase : «  Chez mes parents, il n’y avait pas de livres… », alors que dans la maison de notre retraite ils ont envahi les deux bureaux, occupent tout un mur du salon, squattent les chambres et la salle de jeux de l’étage. Un livre, donc, à venir. Le dernier, peut-être… Qui sait ?

 Et maintenant une ou deux pages de mon journal– la première, étrange, un jour d’orage dans ma tête… Je n’étais pas très gentil avec mes semblables.

 20 juin 2017– Ce type – un vieux, déjà – venu à la maison de la presse de Sablé (c’était dans les années 70 sans doute) dédicacer son bouquin, un roman larmoyant. Très digne, quand même, dira-t-on. Sujet sensible. Assis à une petite table. Bataille, il s’appelle. (« s’appelait : il doit être mort maintenant) Michel, peut-être – et son livre : L’arbre de Noël (quelqu’un en a tiré un beau film avec Bourvil, merveilleux acteur, aussi bon dans le tragique que dans le comique – un film à faire pleurer dans les chaumières.) « J’ai pleuré, oh, j’ai pleuré… » c’est comme ça que ça commence, je crois – pas le temps de vérifier, le bouquin est quelque part sur les rayons, à la lettre B, là-haut, près du plafond et il faudrait que je prenne l’escabeau – dangereux à mon âge ! Je m’y risque pourtant de temps en temps. Un type aux cheveux gris, à la table. Je m’approche, lui parle. Il me fait répéter… une fois, deux fois. « Pouvez-vous parler plus fort ? Je hausse la voix. Pas suffisant. Il ne comprend pas. Pas envie de gueuler : il y a des gens autour, qui attendent pour une signature du Maître. Il me montre une feuille et un crayon à bille. Sur la feuille, il y a des prénoms et des noms. Nécessaire pour la dédicace, s’il est sourd comme un pot, mais indiscret. Gênant pour moi qui suis un vieux Sabolien : j’en connais beaucoup, de ces braves gens dont le nom figure sur le papier et qui voulaient un mot écrit de la patte de l’écrivain. Pour le montrer fièrement à leurs copains, à l’heure de l’apéritif. Comme je ne veux pas ajouter mon nom sur la feuille et que je veux quand même qu’il écrive quelque chose – c’est maladif chez moi, cette quête de la dédicace – je sors ma carte d’identité. Il se penche sur le carton. Est-ce qu’il serait myope, en plus ? je trouve qu’il approche son nez bien près de la carte. Bon, il écrit. Je paie et je pars.

À la maison, j’ouvre le bouquin, un beau livre relié, cartonné de rouge (non : « cuiré », devrais-je dire, le carton est couvert d’une peau, c’est du luxe). Je lis les pattes de mouche du bonhomme : « Pour Claude Cailleau, en témoignage d’estime et avec les meilleures pensées de… » Au-dessous, un gribouillis qui doit être sa signature, et la date.

Il ne me connaissait pas, ce vieux type. Comment pouvait-il savoir si j’étais (je suis) « estimable » ? Quant à ses pensées à mon égard… Il se foutait bien que je me fasse balancer par une bagnole en sortant de la boutique avec son bouquin. L’essentiel, c’était que je l’aie payé , ce qui lui vaudrait, à lui, son petit droit d’auteur. Peut-être qu’il attendait ça pour remplir son frigo, acheter sa douzaine d’œufs chez son crémier. Je me suis dit : Quelle connerie, les dédicaces ! Ce qui ne m’a pas empêché de dédicacer à mon tour, plus tard. Et d’écrire pour tout le monde la même chose. Sauf aux amis proches, bien sûr. Mais… dans les salons il m’arrive de dire à un acheteur qui me demande une dédicace : « Vous savez, j’écris comme un cochon. Et ça ne va pas donner plus de valeur au bouquin. » Minute de vérité. Certains acceptent que le livre reparte vierge, d’autres s’obstinent… et je signe !

Sur le livre de Bataille, que finalement j’ai repris en main, on lit au début : « Nul n’a pleuré plus loin que moi… » Quand je vous disais que c’est larmoyant.  Mais sa phrase est plus belle, plus accrocheuse  que la mienne. On a envie de continuer.

Voilà mes pensées ce matin, telles qu’elles me sont venues, de vieux souvenirs plutôt, dans le désordre d’un esprit non contrôlé. Transcrites au fur et à mesure qu’elles naissaient. Pour plus de naturel. C’est toujours ainsi qu’il faudrait écrire son journal. Des phrases décousues, sans aménité. Sincères, donc. L’Arbre de Noël a retrouvé sa place sur le rayon, là-haut, hors de portée. Il dort, depuis, son sommeil de bouquin oublié.

Je pensais glisser là une deuxième page, mais ce propos de juin 2018 est déjà assez long. Une autre fois, peut-être…

Dehors, les roses éclairent à nouveau le bord de la cour et le chèvrefeuille sauvage a envahi la haie.

 

À vous tous, bonnes vacances !

 

IMG_1367

( 2 mai, 2018 )

Printemps 2018 : une revue, un livre…

Oui, les Cahiers de la rue Ventura ont vécu. Mais mon autobiographie paraît ce mois. Une mort, une naissance : allons, tout n’est pas perdu.

Parlons du livre, d’abord. Mes lecteurs le savent, tous mes textes longs ont une base autobiographique. Certaines pages de l’ouvrage ont été écrites dès les années 1990, alors que je n’avais pas encore décidé de publier à nouveau. En 2002, préparant un dossier « Récit d’enfance » pour la revue La Faute à Rousseau, Philippe Lejeune m’avait sollicité pour un texte que j’ai intitulé « Je lui parlerai du petit… » Je reproduis ici la première partie de l’article parce qu’il explique bien les aspects de mon projet et mes premiers essais pour le réaliser.

Ecrire son enfance.

  Je n’avais rien prévu. Aucune recherche préalable. (J’ai pourtant quelques archives, et des photos.) Un jour, j’ai pris mon vieux stylo – le même depuis dix ans – et j’ai commencé.

  Ce qui est venu au bout de ma plume  -  et je n’y pensais pas trop  -  c’est une sorte de poème, des lignes interrompues arbitrairement, mais chargées d’images, comme en poésie. Court. Quelques lignes, avec une chute, comme dans une chanson. Le lendemain, même démarche, même résultat. Je ne savais pas que j’avais commencé d’écrire mon enfance.

  Ces textes ? De tout petits flashes, de brefs souvenirs, que je n’avais pas envie d’exploiter plus profondément. Je les recueillais tels qu’ils me venaient, surgis de cette nuit profonde dans laquelle s’est noyée notre enfance. Je n’avais souci d’aucun ordre. Dans l’un des textes, j’avais 3 ans, âge de mon premier souvenir, dans le suivant : 10, dans le troisième : 5. Un puzzle, je rassemblais les morceaux d’un puzzle.

  Puis j’ai commencé à relire ce que j’avais écrit. Et je me suis aperçu d’une chose étrange : de texte en texte  -  je les appelais alors des pavés  – j’étais passé de la photo au film. Je veux dire que les scènes figées du début laissaient peu à peu place à de brefs récits où le personnage ne posait plus, mais agissait.

  Revenant alors sur les premiers textes, je les ai accompagnés de développements qui prenaient un tour narratif. Quand j’ai eu pris conscience du problème que représentaient les premiers pavés pour la cohérence de l’ensemble, ces ajouts n’ont plus été nécessaires. J’étais parti pour un voyage au long cours qui me ramenait plus d’un demi-siècle en arrière.

Cet enfant des années quarante, peu à peu je lui redonnais une existence. Je retrouvais ses craintes, ses hantises même ; ses pauvres joies de môme solitaire. Entouré mais seul. Je l’aimais bien, ce gamin de la guerre et de la rue. En lui je me reconnaissais. Ses expériences, ses succès, ses échecs, jour après jour, se sont gravés en moi, dans une mémoire stagnante, sortes de sédiments-souvenirs dont je me suis nourri pour vivre.

Cl. cailleau, La Faute à Rousseau n° 32, février 2003

Pour titre, depuis toujours j’avais choisi une expression très sèche : Mémoire vive, pensant à cette enfance toujours présente dans ma mémoire. L’éditrice a proposé Le vieil homme qui se souvenait... J’ai accepté.

Je suis donc heureux de vous annoncer la sortie du livre en ce début de printemps. Mon enfance et mon adolescence, pendant et après la guerre (de 1939-1945). Période d’incertitudes, de craintes et d’espoir, de lutte pour survivre.  Occasion aussi de présenter un tableau de la vie quotidienne à cette époque, si différente de la nôtre.

Vous trouverez ci-dessous une présentation du livre. Je précise que la 4ème de couverture a été rédigée par l’éditeur. Seul le premier texte est de moi. Ceux qui me connaissent sauront que je n’aurais pas pu écrire la suite.

L’ISBN est précisé : si vous souhaitez m’accompagner dans cette évocation de « l’enfant que j’étais », vous pourrez commander le livre chez votre libraire ; mais aussi sur le site de Large vision éditions Encre Bleue où il est proposé avec une réduction de 5%. L’objet est beau, composé de feuillets cousus collés, avec un papier anti reflets, pour faciliter la lecture. N’étant plus très jeune, j’ai pensé aux lecteurs âgés, parfois malvoyants. Mais qui voit bien peut aussi lire…  Votre confort de lecteur n’en sera que meilleur.

Le vieil homme qui se souvenait… Claude Cailleau,

Éditions Encre Bleue, collection Largevision, histoires de vie

ISBN : 978-2-84379-754-5

Vous trouverez tout cela sur le site de la Maison d’édition.

Livre 2

La défunte revue, maintenant…

À mes élèves de troisième, je disais : le style, c’est l’art d’utiliser la langue. Définition un peu sèche, mais je donnais un exemple. Vous savez… Quand vous voulez dire que quelqu’un est mort, vous pouvez écrire : « il est décédé » (c’est un constat, sans plus – mention d’état civil). ou : « il s’est éteint » (vous atténuez : une mort douce, peut-être, après une longue lutte pour survivre) Ou encore : « il a péri » (une mort violente) Ou : « il vient de disparaître » (comme si on avait peur d’énoncer le fait dans son aspect définitif) ou enfin, mais on pourrait imaginer d’autres formules : « il a vécu » ( en insistant sur la perte du bien précieux qu’est la vie, avec ce passé composé d’une action terminée), ou « il n’est plus » (un peu maniéré – délicatesse et préciosité). Quant au Robert, il dit que le style est « l’aspect de l’énoncé qui résulte du choix des moyens d’expression déterminé par la nature et les intentions du sujet parlant ou écrivant » (citation de P. Guiraud). J’imagine l’attitude de mes élèves, se grattant la tête, débordés par les mots. Cette définition du Robert, pourtant, me semble presque parfaite, n’était la phrase qui s’étire, s’envole dans l’abstraction.

Quant je dis : « les CRV ont vécu », on voit bien que la formule a été pesée. Je n’écris pas : « ils s’arrêtent », ce qui supposerait que je ne suis pour rien dans cette fin – ou : « ils ont coulé » (ce qui supposerait une lutte contre des éléments déchaînés avec pour dénouement le naufrage). Non, pas de tempête au sein des Cahiers, tout allait bien. Aux amis, j’ai écrit : « Je coulerai les CRV en juin 2018 », ce qui montrait que la décision, c’est moi qui l’ai prise, plus d’un an avant l’événement, d’ailleurs,  et celui-ci a même été avancé : le n° 40 est parti en avril vers les abonnés. Il faut dire que pour la Revue, nous travaillions par anticipation, souvent un an avant la sortie d’un numéro.

Les Cahiers ont vécu, donc. On ne versera pas pour autant une larme : elle serait hypocrite. Satisfaction (autosatisfaction, corrige Claude Vercey qui la trouve gênante). Je ne dirai pas cela. Je suis un homme modeste ; quand des poètes reconnus me confient des textes, je m’émerveille comme un enfant. C’est que je ne me prends pas pour un personnage important. Je suis heureux sur l’instant et je le dis. Simplement. Naïvement. Autosatisfaction… dire cela, c’est mal me connaître. Je parlerais plutôt de reconnaissance. Mais, quand je regarde les quarante numéros sortis en 10 ans, permettez-moi de trouver que, quand même, ce n’est pas si mal – et de le dire. En remerciant tous ceux qui m’ont aidé dans cette tâche ingrate.

Bon ! Parlons du Cahier 40. Le 39 est épuisé. Nous avons même dû réimprimer. Le 40, vous pouvez encore le commander, aux conditions habituelles (6 €, port compris), mais seulement jusqu’au 30 juin. Le budget de l’Association sera clos à cette date.

Et il est original, ce dernier numéro : vous y trouverez, outre une importante étude sur la poésie contemporaine de Gérard Mottet (les paradoxes de la poésie),  des textes inédits de Mathieu Bénézet, Jean Orizet, Jean-Michel Maulpoix, Marc Alyn, Marie-Claire Bancquart, Antoine Emaz, Alain Duault, Jean-Pierre Lemaire, Richard Rognet, Monique Labidoire, Jean-Claude Pinson.

Et ceux des amis : avec Monique Labidoire précédemment citée, François Baillon, François Magne, Jean-Marie Alfroy, Danièle Corre, Jean-Louis Bernard, Philippe Fouché-Saillenfest, Pierre Garnier, Michel Diaz. Ce dernier m’a consacré une chaleureuse « Lettre ouverte à Claude Cailleau ». Sans oublier Patrice Angibaud, fidèle lecteur et ami, qui donne sa lecture du 451ème Encres Vives. Tous ces noms pour un seul numéro : je prévois un sourire sur le visage de Claude Vercey quand il va tomber sur ces propos : le directeur des Cahiers est content de lui, certes, mais ne portons pas de jugement sur cette réaction. Chacun de nous est une énigme – moi, plus que quiconque : mon « côté mystérieux, un peu sphinx », c’est Jean-Marie qui le dit, fort justement, dans une lettre – interpréter un comportement, c’est s’aventurer sur un terrain glissant. Sans rancune, Claude ; je te remercie d’avoir assuré à plusieurs reprises la présence de ma revue et parlé de mes livres sur le site de Décharge.

Je vous parlais il y a un instant de Jean-Marie Alfroy. Il a créé récemment un blog dans lequel il parle avec maestria de littérature, et d’art en général.  Je vous conseille de visiter ce blog : on en sort toujours enrichi.

Je vous quitte sur ce conseil. Prenez soin de vous, comme le dit Samuel Étienne, l’animateur de l’émission « Questions pour un champion ».Et que le printemps vous soit favorable !

Cl. C. (Souhait empreint de naïveté : mon rêve serait qu’on me reconnaisse à mes seules initiales. Reverdy, lui, signait ses dédicaces d’un simple P R )

Couv 40

( 25 février, 2018 )

Février 2018 : Bientôt la fin.

Vous le savez, chers amis des Cahiers, la Revue va s’arrêter au n° 40.

« Avant le premier numéro d’une revue, il y a toujours une histoire », écrivais-je en 2011 sur la première page de mon blog. La mienne fut assez exceptionnelle. Les amis qui m’ont suivi dans mon travail, à travers mes livres, le savent, qui ont lu mon Cocktail de vie (Éditinter) et Cl. C. un parcours littéraire atypique (451ème Encres Vives). J’ai fait, dans ma (déjà) longue vie, des rencontres extraordinaires, et vécu avec mes élèves des expériences hors du commun. Ma revue est née de tout cela.

Pour les deux derniers numéros, j’ai ressorti de vieux dossiers, repris des contacts, fait jouer des relations qui dataient des années 80-90. Bref, ce fut, cette fois encore, un grand plaisir et beaucoup d’émotion. Quand Monsieur Jaccottet vous autorise à publier dans votre modeste petite revue une lettre qu’il avait adressée à vos élèves en 1991, que dire sinon que vous êtes comblé. Bref, le Cahier 39 dont voici le sommaire devrait rester dans les mémoires.

Pour ce dossier sur l’écriture de la poésie,

Philippe Jaccottet répond à l’enquête des collégiens d’Ingrandes-sur-Loire.

Des poètes disent comment ils écrivent et proposent un de leurs poèmes. Ont collaboré Jean-Marie Alfroy, Pierre Perrin, Michel Diaz, Michel Passelergue, Claude Serreau, Bruno Thomas, Jean-François Forestier, Paul Couëdel, Jean-Claude Touzeil, Jean Pichet.

Noël Arnaud, en 1991, répondait aussi à l’enquête dans une lettre restée inédite jusqu’à ce jour.

Dans la 2ème partie du n° 39, nous avons, comme d’habitude, accueilli des poètes contemporains habitués des Cahiers et quelques nouveaux. Puis une savoureuse page d’enfance de Pascale Lavaur (humour et émotion), quelques notes de lecture et quatre pages intitulées « Rue Ventura ». Je livre là quelques impressions de lecture. Ces pages préfigurent ce qui viendra après la Revue. Car je n’imagine pas d’abandonner tout contact avec ceux qui m’accompagnent depuis les débuts et que j’appelle « Les Amis de la rue Ventura ». Affaire à suivre, donc !

Mon ami Patrice est de ceux-là. Il vient de m’adresser sa lecture de ce numéro un peu exceptionnel. J’ai plaisir à vous en proposer un fragment ici :

« Cher Claude, un grand merci pour … ce n° 39 des Cahiers. Le sommaire de couverture est impressionnant et, surtout, subtilement structuré. Riche idée que d’ouvrir le dossier « Des poètes disent comment ils écrivent » par la réponse de Philippe Jaccottet à vos élèves d’Ingrandes-sur-Loire en 1991 et de le clore par celle de Noël Arnaud la même année. Deux documents portés ainsi à notre connaissance, deux conceptions quasi à l’opposé l’une de l’autre mais, somme toute, complémentaires, puisque balayant bien l’immensité du champ que peut recouvrir l’écriture poétique.

Entre ces deux grands aînés, j’ai beaucoup apprécié le témoignage de l’ensemble des auteurs 2018. Simplicité et profondeur des propos de chacun… Mention particulière, en ce qui me concerne, pour Michel Diaz et Claude Serreau – Je retiens également, au passage la réflexion de Pierre Perrin (page 8) : « … Mais  surtout la recherche du nouveau par la table rase a perdu de vue non seulement l’efficacité sur le lecteur, mais jusqu’à la nécessité du sens. Ce qui prime aujourd’hui, c’est l’évanescence, le dit du rien, tout rythme, toutes images répudiés (…) » – réflexion qui, d’une certaine façon, rejoint la vôtre (page 60) : « Poètes, pourquoi pensez-vous que, pour écrire en poésie, il faut mettre de l’obscurité dans la phrase ? » -  Aucune obscurité dans ce dossier dont j’aime qu’il se termine par : « Je cherche l’apaisement », Jean Pichet touchant là, je crois, ce que nous cherchons pratiquement tous en écrivant…

… Joie, par ailleurs, de retrouver Michel-François Lavaur dans les deux pages, si justes, de Pascale. Et joie, aussi, que de lire l’analyse pertinente que livre Michel Passelergue sur votre Crépuscules. Et merci à vous, Claude, d’avoir publié la note de lecture que Claude Serreau a consacrée à mes Tessons… »

Merci, Patrice. Je ne manquerai pas de prévenir les amis lorsque sortira votre prochain livre.

Voici, pour éclairer mon propos, la première de couverture du Cahier n° 39…

1ère de couv du 39

Dans le Cahier n° 40, à paraître en mai ou juin, je pensais publier un texte que j’avais rédigé il y a quelques années, fruit de mon expérience de revuiste. Mais, devant l’importance des textes recueillis pour ce dernier numéro (le fichier est déjà prêt sur mon ordinateur), je me suis effacé. Cependant…

Retour sur un thème pour lequel j’ai beaucoup radoté, voici, extraits de cette « Lettre à un ami sur la poésie » un fragment dont la charge fera sans doute penser au combat que menait Jacques Charpentreau dans le cadre de sa revue Le Coin de table. Si je propose ce commentaire pour la seconde fois, c’est que, pour moi, le sujet est important. Il faut sauver la poésie !

« … Quand je lis « J’ai égaré ma vie à travers l’aveugle succession des jours… mot après mot dans le vertige de l’écriture j’ai tenté vainement de combler l’horreur du vide de me frayer un chemin au cœur de la douceur des choses », je m’interroge : est-ce de la poésie ? Pourquoi ne pas dire que ce n’est que de la prose ? Il y a des images, cependant. Mais n’a-t-on appelé cette phrase poésie que parce que l’auteur a égrené ce message sur 17 vers ! Oui, vous avez bien lu : 17 vers, très brefs. On a l’impression qu’étant, comme les feuilletonistes du 19ème siècle, payé à la ligne, il voulait gagner son pain du lendemain. Il faudrait d’ailleurs  se mettre d’accord sur ce qu’on appelle poésie. Mission impossible, nous le savons tous. Reste que le souci du poète devrait être, après son besoin de dire (qui est sans doute l’essentiel), le respect du lecteur. Est-il bon de le heurter, le choquer par quelque chose qui ressemble à une escroquerie ? Emporter l’assentiment de son lecteur, n’est-ce pas important, autant que le message, pour qui souhaite être lu, écouté, compris ? Dans le texte cité ci-dessus, je ne vois rien d’autre que la volonté de faire des vers (disposition qui, ici, n’ajoute rien au message) et un jeu gratuit sur « l’affreux peigne à dents cassées du vers libre ».

Quand je lisais pour la Revue des poèmes en prose tronçonnée, parfois j’étais tenté de les jeter dans ce que Jacques Charpentreau appelait le « monceau de vers libres qui s’accumulent dans les déchetteries de la poésie ».

Dans le même numéro du Coin de table, il ajoutait : « Le vers libre est apparu aux médiocres comme la possibilité de s’affranchir totalement de toute structure… il a ouvert une autoroute aux médiocres qui n’ont pas vu ses exigences ». Il avait la dent dure, le poète. Mais il faudra bien reconnaître un jour qu’il avait raison.

Sur ce, je vous quitte aujourd’hui.  Après la pluie, le soleil se lèvera, chantait Franck Fernandel dans « La caravane Pacouli », ce sympathique feuilleton  dont l’action se déroulait en Provence. Il est bien là ce matin, le soleil, pour le plaisir des amateurs de promenades poétiques, livre en main, quand le rythme de la marche vient épouser celui du poème. N’est-ce pas, Michel, vous qui, dans votre lettre ouverte à Cl. C. qui va paraître dans le Cahier n° 40 dites qu’il vous arrive d’emporter un de mes livres dans vos marches « sur les chemins… à l’heure incertaine du crépuscule ».

Louna, génie des lieux, rue Ventura, et son maître vous saluent et vous souhaitent un beau printemps de création, ensoleillé par la poésie.

IMG_0424

( 8 novembre, 2017 )

Un entretien, occasion d’un bilan (6 nov. 2017)

Chers amis, habitués du blog, Vous qui, de temps en tems, poussés par une amicale curiosité, vous accordez une petite promenade dans mon blog, voici un lien pour suivre l’entretien que m’a proposé Jean-Louis Riguet, membre de la Société des Gens de Lettres et du Bottin international des Professionnels du Livre et Sociétaire de la Maison des Écrivains et de la Littérature.

Je remercie Louis Riguet de m’avoir permis ainsi de parler de mon travail d’écrivain et de revuiste. Ne croyez pas que cela m’ait donné la grosse tête. Non, vous me connaissez suffisamment pour savoir que ce n’est pas mon style. Je suis simplement heureux de vous faire entrer dans mon environnement culturel, dans cet univers que j’ai peu à peu créé – heureux de communiquer, de venir parler avec vous.

Voici le lien… Et bonne lecture. Ensuite, eh bien, je reste à votre écoute, si l’envie vous prend de commenter mes réponses.

https://librebonimenteur.net/2017/10/31/jl-a-lecoute-de-claude-cailleau/

La photo ci-dessous, c’était il y a quelques années, dans le bateau d’un officier de la marine à la retraite, devant l’île Saint Michel. Celle-ci se dresse à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, à l’entrée de la rade de Lorient. Elle m’a toujours fasciné avec ses constructions inachevées, ses ruines et l’absence de toute vie à sa surface. Pourtant, au Moyen-Âge, l’île a abrité un prieuré, puis un lazaret au 19ème siècle : on y déposait les lépreux au retour des pays lointains, par crainte de la contagion, avant de venir accoster à Lorient. Pendant la guerre 1939-1945, les Allemands l’avaient minée. Nettoyée de tous ses explosifs, l’île sert de temps en temps aux manœuvres de l’armée. Elle est toujours propriété de l’amirauté de Lorient. Le  personnage principal de mon roman Yves en hiver ( encore à l’état de manuscrit), recherché par la police, s’y réfugie, aidé par un ami. Actuellement, il est interdit d’aborder sur l’île Saint Michel.

Mon ami Louis, illustrateur des Cahiers de la rue Ventura, s’est servi de cette photo pour faire le dessin qui orne la couverture du 451ème Encres Vives Claude Cailleau, un parcours littéraire atypique.

Bonne lecture de l’entretien et à bientôt.

Claude

IMG_0297

IMG_0517

( 15 octobre, 2017 )

Automne 2017. Pluie et soleil : les caprices du temps

Le Cahier 37 est paru, avec son dossier sur le Nouveau Roman, ses pages de poésie, des études sur Maurice de Guérin et sur Albert Camus, les pages d’enfance de Pierre Borghero et Pascale Lavaur. Pascale est la fille de Michel-François Lavaur, disparu en 2015, facteur d’une revue (Traces) qui dura 50 ans et dans laquelle MFL (c’est ainsi qu’il signait ses lettres à ses amis) publia beaucoup de jeunes poètes qui, ensuite, allaient se faire un nom dans le paysage poétique du 20ème siècle. J’avais consacré un dossier à Michel dans le n° 17 des CRV, reproduisant, au milieu, le charmant désordre qui régnait dans les pages de Traces – désordre qui rendait la revue sympathique et … inimitable. Il est vrai aussi que, depuis, l’ordinateur est venu aider considérablement les revuistes dans leur travail.

Dans le 38, qui va paraître en novembre, notre « invité de l’automne » est Pierre Perrin, et vous pourrez lire une belle étude de Mireille Privat (Université de Brest)  sur Victor Segalen, suivie de fragments de Stèles (Poésie Gallimard).

Dans sa revue en ligne Texture, Michel baglin publie une note de Georges Cathalo sur le Cahier 37. Et comme, parlant de ce mouvement littéraire qui « fit long feu » (le mot est de Jean-Marie Alfroy, qui s’en explique dans le dossier) j’avais dans mon texte volontairement glissé vers la littérature personnelle qui, parallèlement, s’était faite plus présente, parlant du Nouveau Roman, le critique écrit : « C’est avec une grande pertinence et une belle objectivité que Claude Cailleau décortique ce phénomène pour aboutir à un constat réaliste sur cette « drôle d’idée » que de vouloir « associer l’école du regard et le regard sur soi ». C’est toujours agréable à lire, pour l’auteur qui s’est évertué à remplacer au dernier moment un collaborateur défaillant. Pour comprendre et en savoir plus, je vous invite à demander ce numéro si vous ne l’avez pas encore lu, contre un chèque de 6 € aux Amis de la rue Ventura (adresse sur le blog, en descendant dans les pages). En avant-première, voici la première de couverture du Cahier 38, en préparation :

Couv CRV 38

Un ami des poètes nous a quittés au printemps : Éric Jacquet-Lagrèze. patron des Éditions Tensing. Pour ceux dont il publiait les textes, ce fut un grand moment d’émotion. Éric était d’une gentillesse et d’une efficacité remarquables. Il s’était mis véritablement au service de ses auteurs. Sa Maison disparaît avec lui. Les contrats ont été repris par une éditrice dont les exigences et le contact sont si peu sympathiques que je lui ai demandé immédiatement d’oublier mon nom et mon petit livre. Et je constate, aux courriels qui s’échangent, que je ne suis pas seul à ne pas accepter les propos de cette éditrice qui traite les auteurs de Tensing avec aussi peu d’égards.

Une maison d’édition qui disparaît, ce sont des livres qui meurent. Ils cessent d’être en vente. C’est ce qui arrive, entre autres au recueil Murmures de l’absence  de Gérard Mottet, membre du Comité des Cahiers, et à mon Je, tu, il. Nous avons récupéré chez l’éditeur les exemplaires restants. Si vous souhaitez acheter le livre de Gérard Mottet, adressez-vous aux Amis de la rue Ventura ( < amis.rueventura@hotmail.com >) Ils transmettront. Pour le mien, vous savez comment faire.

Quant à moi qui en ai fini avec la poésie, je vous prépare sur le sujet un beau numéro de ma revue, à paraître en mars 2018. Un numéro qui devrait faire date dans la série des Cahiers de la rue Ventura et – pourquoi pas ? – rester dans les mémoires. On peut toujours espérer…

On me demande parfois quelques informations sur mon parcours en poésie, surtout quand j’affirme que je ne vais plus en écrire. L’essentiel en a été dit dans le 451ème Encres Vives ( Chez Michel Cosem – 2 Allée des Allobroges – 31770 COLOMIERS, 6,10 €)et aussi dans mon anthologie « Cocktail de vie » (Éditinter, 16 €). Mais, pour répondre à la curiosité de quelques-uns, voici une bibliographie arrêtée en juin 2017. Rien de nouveau. Peu modestement, je compte sur mes cinq livres de poésie pour m’assurer une survie dans la mémoire collective et surtout (ceux qui le connaissent vont être étonnés) sur celui de mes ouvrages qui peut paraître le plus inaccessible, ce « Crépuscules » dont la phrase de 30 pages ( !) est truffée de notes renvoyant à des « tiroirs », afin d’en éclairer les zones d’ombre. Sans excès, cela va de soi : lueurs plutôt que lumières ; en poésie, il faut toujours (mais la chose se fait naturellement) ménager un peu d’ombre pour laisser le lecteur interpréter à sa façon le message. Si le poème ne réussit pas à faire du lecteur un créateur, le pari est perdu.

Dans le Roman achevé, poème (oui, au singulier, le mot) de 92 pages, j’ai écrit, à propos de l’œuvre de Saint-John Perse : « Le poème est une maison. Mais comment dépasser le mirage des portes, au tréfonds de la langue apprivoiser l’énigme ? »

Me réjouit l’idée que ce Crépuscules  est déjà dans la bibliothèque de lecteurs cultivés, amateurs de poésie, qui transmettront leur bibliothèque à leurs descendants jusqu’à ce qu’un curieux, sortant le livre des rayons, fasse revivre le vieux poète (comme je le fais de temps en temps de l’énigmatique Mallarmé qui a fasciné l’adolescent des années 50 au point que des sonnets dits hermétiques sont restés à vie dans sa mémoire !) et si le nouveau lecteur était un éditeur, pourquoi, en ces temps lointains,  ne tenterait-il pas une nouvelle publication ? On a vu des choses plus extraordinaires.

Donc, en attendant de pouvoir feuilleter mes « Œuvres poétiques complètes » (c’est en projet. J’avais d’abord pensé à une anthologie, ce qui supposait un choix, puis je me suis ravisé… jusqu’à ce que je revienne – qui sait ? – à l’idée d’une anthologie), vous pouvez vous promener dans ma bibliographie.  La voici…

 

Claude CAILLEAU                Bibliographie 2017

 

Stef et les goélands, roman, Editions Julliard, Prix P. Flat de l’Académie Française – épuisé.

                               des fragments dans Océan d’Armorique, aux Editions Hachette – épuisé.

 Dans les plis du silence, poèmes, Le Pré de la Roche 1999 –

                                           ce même recueil enrichi de manuscrits et tiré à 6 exemplaires, 2002

 Cheminement, poèmes (Editions Encres Vives, 2002)

 La longue route, poèmes, Editions Encres Vives 2003 – bilingue (français et anglais)

 Tout ce qui reste, poèmes (Editions Traces, 2003 – bilingue (français et anglais) (épuisé)

 Un jour ou bien une nuit, poèmes illustrés par M.T. Mekahli, Ed. Encres Vives, 2004

 C’est ma vie, c’est la tienne, album de poèmes pour enfants, Editions GRANDIR, 2004

 Les Cocrouillés, recueil à trois voix, Editions du Petit Pavé, 2004 (épuisé)

 La Croix d’or, roman pour adolescent, Ed. du Petit Pavé, 2004 (épuisé)

 Pour une heure incertaine, poèmes en prose, Editions Sac à Mots, 2005

 Quelques instants,  Editions Encres Vives, 2006 – illustrations de Michel-François Lavaur

 Dans les pas de Pierre Reverdy, essai biographique, Ed. du Petit Pavé, 2006

 Avec le temps…  poème ( livre d’artiste – cl. Cailleau et M.T. Mekahli) Le Pré de la Roche, 2007. (épuisé)

 Des Mots pour vivre, album de poèmes pour enfants, peintures et collages de M.T. Mekahli

                                    Une version anglaise (Trad. de D. Echard) : Words to live

                                     et un guide de lecture pour les professeurs (l’ensemble en 2009)

 Mots du jour et de la nuit, classic poems,  Editions du GRIL, 2009, réédité par Les amis de la rue Ventura

 Le Roman achevé, poème, Ed. du Petit Pavé, 2009

 Litanie des jours aveugles, poème (Multiples, 2010)

 Les Nymphes de l’océan, roman pour enfants, illustrations de Claudine Goux, 2012

 Cocktail de vie, anthologie (Éditinter, 2013)

 Sur les Feuilles du temps, poèmes (Éd. écho Optique, 2013)

 Et je marche près d’Elle… , récit (Éd. Durand-Peyroles, 2013)

 Crépuscules, poésie, Les CRV, 2015

 Claude Cailleau, un parcours littéraire atypique, 451ème Encres Vives

 Je, tu, il – remonté le temps, sondé le silence, poèmes en prose, Éditions Tensing, 2016

 Le Cahier retrouvé, récit , Les Amis de la rue Ventura, 2017

 

Claude Cailleau a collaboré

           aux anthologies des Editions Donner à Voir

           à Vous avez dit Poésie, anthologie (Ed. Sac à Mots) 

          à Pierre Reverdy et l’Ecole de Rochefort (ouvrage collectif paru aux Presses de l’Université d’Angers    en 2008) 

           et à  René Guy Cadou et l’École de Rochefort  (P. U. d’Angers, 2013)

           aux anthologies du Printemps des poètes de Durcet

De nombreuses revues l’ont accueilli dans leurs pages : Le Nouveau Recueil, Friches, Arpa, 7 à dire, les Cahiers de l’Archipel, Jointure, Littérales, Encres Vives, Les Amis de Thalie, Traces, Les Cahiers de la Baule, Inédit Nouveau, Ici et là, Le Coin de Table, An Amzer, Poésie Première, La Faute à Rousseau, Vocatif, etc.

 Un numéro de la revue D’écol’ lui a été consacré en 2004

 Il est l’auteur de Mémoire vive, paru en feuilleton, en 2006, dans « Les Nouvelles », hebdomadaire du Maine,

et dirige actuellement « Les Cahiers de la rue Ventura », revue littéraire.

 

Je, tu, il – « Remonté le temps, sondé le silence »

Une longue note de lecture sur mon livre paraît dans la revue Chemins de traverse de septembre. Elle est signée Michel Diaz., lecteur fidèle de mes élucubrations en poésie. Il me dit souvent que mes vers et mes petites proses se prêtent bien à une lecture en marchant. Ce qui m’émeut. Il me plaît de l’imaginer, dans la campagne en périphérie de Tours, un de mes livres à la main, murmurant à l’oreille des vents, « ces mots qui jouent à la tempête de sable sur mon papier de lune ».

Mais revenons à ce Je, tu, il, et à l’article qui a donné envie à une éditrice que je ne connaissais pas de le lire ! Oui, vous avez bien lu ! Je me suis empressé de le lui envoyer. Et, après lecture, elle m’a fait retour d’une belle lettre, ô combien émouvante pour le vieux poète. Voilà qui ferait oublier les propos agressifs de l’éditrice qui a voulu reprendre les contrats de Tensing.

À Michel, j’avais écrit : « Cher Michel, C’est trop, vraiment ! Je ne sais que dire. Vous y avez vraiment vu tout cela ? Je découvre mon texte à travers votre note. Je m’aperçois que je ne l’avais pas bien lu. Parce que, comme à chaque fois que j’écris, la plupart de ces textes sont venus sans que je sache très bien les décoder. Et les corrections que j’ai apportées aux textes d’origine portaient plus sur la forme que sur le contenu. Venus à des périodes différentes, les plus anciens en 1999, d’autres entre 2000 et 2016. Le plus récent est le dernier, remake d’un poème ancien, complètement modifié pour paraître dans une anthologie ayant pour thème l’arbre. Je ne sais pas écrire sur commande et on m’avait invité à participer. J’ai donc travaillé sur ce vieux texte. Recueil, le livre, parce qu’il est fait de poèmes parus ailleurs, tout seuls, ou restés en attente d’une relecture. J’ai longuement travaillé pour assurer une cohérence à l’ensemble, ces textes n’ayant, à l’origine, aucun lien. Certains en prose, d’autres en vers. Mais il reste, bien sûr, l’unité venue de ce qu’ils ont le même auteur. Qui radote, revient toujours sur ses thèmes de prédilection. Au point qu’il fallait bien finir par arrêter la poésie. C’est fait. Soulagement de l’auteur. Et regret toujours de n’avoir pu faire mieux. »

 Le livre n’existe plus chez les libraires, mais les Amis de la rue Ventura peuvent encore vous l’envoyer contre un chèque de 9 euros à leur ordre. D’avance, merci de le faire vivre encore un peu.

Couv Je, tu, il - jpeg

( 25 juillet, 2017 )

Été 2017 – « Vienne la nuit, sonne l’heure… »

Sommaire de cette page :

Le Cahier 37

Ils nous ont quittés

Page de Journal

Le Cahier retrouvé

 

Au sommaire du Cahier 37, qui va sortir en septembre :

Un dossier sur le Nouveau Roman. Six auteurs se penchent sur ce mouvement qui, nous dit Jean-Marie Alfroy, « a fait long feu ».

Et, bien sûr, les rubriques habituelles : poésie, pages d’enfance, textes sur deux écrivains : Maurice de Guérin et Albert Camus. Le lecteur pourra voir une photo de la tombe de ce dernier, que j’ai prise en 2016, lors d’un passage à Lourmarin. Image d’abandon – d’oubli ? Ingratitude des êtres humains ?

Deux passionnés de littérature qui nous ont quittés : Ce fut d’abord Patrice Fath, le directeur de la revue Littérales et de la maison d’édition du même nom. Patrice, qui présida pendant plusieurs années aux destinées de l’Association An Amzer, m’avait accueilli dans sa revue dès les débuts. Il avait même accepté de faire paraître dans ses pages mon Traces, expérience, unique apparemment, de trois réécritures successives d’un poème. J’avais toujours plaisir à bavarder avec lui dans les salons du livre auxquels nous participions.

Le deuxième, Paul van Melle, c’était d’abord une voix, chaleureuse, pleine d’attention, quand il me téléphonait depuis sa lointaine Belgique. On était bien en sa compagnie ; sa voix faisait oublier la distance. Et c’est curieux : en l’écoutant, on se faisait sans doute une idée fausse de sa personnalité. Ceux qui l’ont approché parlent d’un homme exigeant, intransigeant, difficile à aider à cause de son caractère entier. Inédit Nouveau, sa revue, sous les dehors très simples d’un paquet de feuilles A4 agrafées, renfermait des trésors. Paul Van Melle était un homme de grande culture, toujours curieux des nouvelles parutions ; Son « À tous mes échos » offrait un riche panorama de la littérature contemporaine. Passionné et passionnant, le vieil homme a tenu la barre de sa revue jusqu’à la fin. Son ami Patrick Devaux, qui l’assistait autant qu’il pouvait dans son travail, vient de faire paraître le dernier numéro d’Inédit Nouveau, le 283, composé pour partie d’hommages mais qui présente aussi huit feuillets encore préparés par le vieux revuiste qui intitulait son édito : « Un presque dernier éditorial ».  Il ne savait pas que ce devait être son ultime message. Orphée est parti rejoindre son Eurydice – cette phrase parlera à ceux qui lisaient Inédit Nouveau.

Comme je tapais ces lignes, je me suis dit : combien de disparus depuis que j’ai créé Les Cahiers de la rue Ventura ? Et l’image m’est venue comme ça, toute seule : ma mémoire est un cimetière. À notre époque, où l’incinération est à la mode, de l’homme rien ne reste après sa mort, qu’un peu de cendre, que les proches s’empressent d’éparpiller en des lieux divers. Les livres même s’enfoncent dans l’oubli des bibliothèques, ou traînent sans égards dans les caisses des « bric-à-brac », livrés à la poussière ou à la pluie. Les œuvres inachevées dorment dans des placards. Yvette Simon – Simonomis me disait qu’elle n’avait pas le courage de fouiller dans les papiers de son mari. Que sont-ils devenus après sa mort ?

 

Pour qu’il reste quelque chose de nous – au moins un moment – quand nous ne serons plus, lisez…

 

Au fond de nos yeux, l’ouvrage d’Yvon Kervinio, superbe album de photos d’auteurs contemporains, avec en regard un poème de chacun. C’est beau et parlant. On lit beaucoup de choses dans un regard.  On trouve là Guy Allix, Marc Baron, Jean-Pierre Boulic, Claude Cailleau, Gérard Cléry, Chantal Couliou, Jean Lavoué, Roland Nadaus, Morgan Riet, Bruno Sourdin, etc. L’Aventure Carto, 23 €,  port compris.

inédit nouveau

.

Mon journal…  Fragments

Un jour, je publierai ce journal qui commence en 1995, après l’autodafé du précédent. Il y est question de la vie quotidienne mais surtout de littérature.

En voici quelques fragments…

Sans date – Dune, la chienne de Nathalie, a pris l’habitude de venir se reposer sur le fauteuil de mon bureau quand je travaille. De ma table, je la vois, couchée près de la fenêtre. Une présence silencieuse. Toujours un œil à demi ouvert, guettant le moindre de mes mouvements, ou bien confiante dans mon silence studieux, le menton délicatement posé sur l’accoudoir.

22 janvier 1997 – Je n’aime pas attendre. Où attend-on, maintenant, plus que chez le médecin ? Hier, pour passer ce moment désagréable, j’avais emporté les Lettres de France de Marcel Arland (Albin Michel). Jolie couverture bleu tendre. Mais surtout le plaisir de retrouver la langue si pure, si distinguée, personnelle, d’un écrivain quelque peu oublié. Je sais bien pourquoi : trop de douceur, de pureté, de sentiment. Trop de discrétion.

Arland n’aimait pas Hervé Bazin. N’aimait pas ses livres, je veux dire. Il ne s’agit pas, évidemment, de l’homme. Mais l’écrivain, Arland l’attaque, le critique à plusieurs reprises. Il l’appelle Monsieur Hervé Bazin, alors qu’il nomme les autres écrivains par leurs prénom et nom. Je vois là du mépris. Et je crains bien que, de l’œuvre, il passe à l’homme, avec les mêmes sentiments.

Avec Robert Merle, c’est plus nuancé., bien que l’auteur n’ait pas droit au méprisant Monsieur. Week-end à Zuydcoote n’a vraiment aucune chance devant le puriste qu’est Marcel Arland. Je comprends qu’il ait été choqué par la langue de Merle. Les gamins des années 50, à l’É. N. du Mans, l’avaient été aussi, même si, pour faire les durs, ils en rigolaient devant les copains. « Les mots grossiers n’y manquent pas, qui ont trait aux attributs virils », écrit Marcel Arland, qui ajoute : « C’est un langage si naturel… Pourtant il nous apparaît comme un langage de convention, l’un des plus extérieurs, l’un des plus vides … au risque d’oublier l’homme derrière son apparence… »

19 février 1997 – Acheté le NRF de février. Depuis que Bertrand Visage en est le rédacteur en chef, la Revue a changé. « On y trouve même des photos », me disait Guy Rohou, qui collabora à la NRF au temps d’Arland. Pas de photos dans ce numéro. Quelques illustrations, cependant. Et deux textes qui me l’ont fait acheter : l’un de Régine Detambel sur Colette ; l’autre, des notes de l’auteur phare de la NRF au début du siècle : André Gide. Il s’agit là du Journal d’URSS, inédit jusqu’à ce jour, et dont Martine Sagaert, qui le présente, nous dit que Gide l’écarta « au profit du Retour d’URSS ». Rien de bien extraordinaire. Rien qui fasse mieux connaître Gide. Je n’y retrouve même pas le style si particulier d’un auteur que j’admirais tant jadis et contre lequel Martin du Gard m’avait mis en garde dans l’une de ses lettres. La forme adoptée (des notes lapidaires, comme écrites en marchant pour ne pas oublier) ne se prête guère aux longs développements, aux belles phrases bien charpentées. Peut-être que le sujet ne le méritait pas non plus. Finalement, ces phrases pourraient être « de n’importe qui » !

13 avril 1997 – Je faisais des fagots avec les branchages coupés dans les chênes cet hiver. Fatigue et sueur. Je pensais à mon père qui, en plus de son travail de la semaine à l’usine, le samedi après-midi et le dimanche, « faisait du bois », comme il disait. Jusqu’à 65 ans au moins – âge où il prit sa retraite – il procéda ainsi. Aucun repos. À peine, chaque année, quelques jours de vacances, à la mer ou dans la famille. Rude bonhomme ! Et quel travail : s’attaquer à des haies épineuses, à des arbres, souvent des chênes, avec pour armes une simple hache, une scie à main, un croissant. La fatigue, il en parlait rarement, lui qui ne s’arrêtait jamais. Le fruit de son travail du dimanche, il le partageait avec le propriétaire des champs. Moitié, moitié. Ainsi, à la maison, jamais, même par les hivers les plus froids, nous n’avons manqué de bois pour nous chauffer, nous qui n’avions pas les moyens de nous en acheter.

J’allais oublier…

 

Le Cahier retrouvé…

Au 21ème siècle, un livre meurt très vite. Dès qu’il n’est plus demandé par les libraires, l’éditeur s’empresse de le pilonner. Un livre en chasse un autre ; sa survie est sans doute dans le livre de poche, qui lui assure une plus large audience. Mais ceux qui n’accèdent pas à cet honneur meurent très vite. En 2004, j’avais publié aux Éditions du Petit pavé un récit (je ne dis pas un roman). Il fut salué par quelques articles dans les journaux, mais ne connut pas les ventes que j’avais espérées. L’intérêt d’une publication chez un petit éditeur (disons : un éditeur indépendant), c’est qu’il ne pilonne pas. Le livre lui coûte trop cher pour qu’il le détruise. Il reste donc quelques exemplaires de cette première édition ; mais ils ont mal vieilli. Au Petit Pavé, on m’a autorisé à donner une seconde vie à ce récit en le publiant à nouveau.

Je me suis donc mis au travail. Remanié, densifié, le livre reparaît sous la forme d’un hors-série des Cahiers de la rue Ventura. Je l’ai voulu très sobre dans sa présentation, souple à la main, s’ouvrant bien pour ne pas gêner la lecture.

Il est en vente chez les Amis de la rue Ventura (10 €, port compris)

Le Cahier retrouvé

( 6 mai, 2017 )

Mai 2017. Bientôt neuf ans !

Sommaire

1 – le Cahier 36

2 – Anne Certain, poète

3 – Penser un peu à soi (Mots du jour et de la nuit et pages de journal)

 

Voilà bientôt neuf ans que, dans un mouvement de folie, je créai la revue Les Cahiers de la rue Ventura ! Arriverai-je à fêter son 10ème anniversaire ? (voir la troisième partie de cette page « Mai 2017 »)

Le Cahier 36 va bientôt partir vers l’imprimeur, préparé par la secrétaire de la revue et moi-même. Vous y trouverez…

Le dossier René Guy Cadou, avec des textes de Christian Bulting, Jean-Pierre Boulic, Jean-Claude Coiffard, Yves Cosson, Louis-Philippe Forcioli, Alain Germain, Jean Lavoué, Christian Moncelet, Claude Serreau, Luc Vidal.

Des vers ou proses de Jean-François Forestier, Monique Marino, Monique Marta, Gérard Mottet, Morgan Riet.

Dans la rubrique Lire et relire : Baudelaire et de Mallarmé, lus par  Anne Mounic ; et Michel Passelergue par Jean-Louis Bernard.

Deux pages d’enfance chargées d’émotion, signées Bojenna Orszulak et Daniel Étoc.

Quelques notes de lecture sur les livres de Jean-Marie Alfroy et de Guénane.

Le numéro va sortir à la fin du mois ; mais, si vous n’êtes pas abonné, vous pouvez le commander dès maintenant en adressant un chèque de 6 € à l’ordre et à l’adresse des Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLÉ-SUR-SARTHE. Il vous sera envoyé dès sa sortie.

 

Anne Certain nous a quittés le 31 mars 2017. Elle avait 66 ans. Combien d’amis ai-je vu disparaître depuis les débuts de la Revue ? Amis, par ce mot je désigne les hommes et les femmes qui, comme moi, vivent « en littérature » et que ma revue, souvent, m’a fait connaître. Bien que nos échanges ne fussent pas fréquents (elle me disait le regretter), Anne était une amie. Nous avons l’admirée pour son courage et nous aimions son humour. La première fois où elle est venue nous voir (à cette époque nous habitions à la campagne), elle s’est précipitée vers les livres qui occupaient toute une pièce de l’étage, curieuse de savoir ce que nous lisions.

Pour Anne, pour qu’on ne l’oublie pas, voici un patchwork de ses poèmes parus dans la Revue…

Les matins de survie

incertaine

que faire d’autre

sinon marcher et marcher encore

recommencer la tournée

des raisons d’espérer

recenser les pièges armés

par le temps rusé traqueur

glisser à gestes lents

dans le silence du geai

peser dans la main

les cailloux du chemin

un à un

extorquer de leur bouche close

le secret de leur inerte plénitude…

 

Marcheuse invisible

je consume des hectares

et des hectares de solitude

je suis au-dedans

une grande brûlée

mais j’ai la peau rude

au dehors…

 

… Sur les toits à écailles

brillent

comme des drapeaux de fête

les jabots violets

des pigeons

Lentilles du soleil

dans son cerne nacré

et moi dans l’orbe de son jour voilé

vide et nue

à demi effacée Si je disparaissais

pas une aile d’éphémère n’en frémirait

Sur le sol un peu de poussière

et l’éclaboussement

ordinaire

d’une pierre…

 

… Le corps empêtré

dans les plis de l’univers

que j’ai tant aimé

j’ai essayé d’exister

en lui

et comme l’étoile

en fin de vie

je filerai caillou éteint

dans un désert ignoré

 

J’allais oublier

inutile de soigner

la courbe de la chute

je filerai

en plein jour

Anne Certain

 

«  D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous

Avec des bleus aux yeux et des plaies aux genoux ?

René Guy Cadou (Hélène ou le règne végétal)

Le jeune René Guy est dessiné par Louis Hubert, l’illustrateur de notre revue.

cadou 2

Penser à soi, est-ce possible est-ce possible sans se faire accuser de complaisance vis-à-vis de soi-même ? En littérature, nombreux ceux qui pensent écrire des chefs-d’œuvre.

Tant pis pour moi si vous me rangez dans cette catégorie, laissez-moi vous dire que je ne m’y reconnais pas. Voici la réaction d’un lecteur qui venait de refermer un de mes livres. Si je le transcris ici, c’est que j’ai rarement eu l’impression d’être aussi bien compris. Merci, Michel, d’avoir ainsi éclairé ma recherche sur l’écriture de la poésie.

« Cher Claude, merci pour vos Mots du jour et de la nuit que je n’avais pas encore lus. Je vous y retrouve, sous une autre forme, j’allais écrire un « drapé », tant cette forme me fait penser à un rideau que l’on bouge, qui se froisse et se défroisse sous le souffle d’air qui le pousse, le gonfle et le fait onduler. Plus encore qu’au côté mallarméen et aux distorsions syntaxiques, aux thèmes que vous abordez, j’ai été sensible à ce que vous révélez de votre relation avec la langue et l’écriture poétique. Cela me paraît l’emporter dans ce texte où l’on voit l’auteur confronté au mystère de la page vierge et son écriture « en travail ». Mise en lumière aussi de l’aléatoire de l’écriture. Chaque texte (longuement travaillé pourtant) commençant par ces quelques mots qui ouvrent devant eux cette art d’inconnu par quoi se contenue le poème qui se termine où on ne l’avait pas prévu, mais qui semble cependant le seul aboutissement possible, ce qu’il avait à dire, que les mots, eux, savaient déjà, et qui ne peut se dire que dans cette « mise à mal » de la phrase, mais j’allais dire encore cette « mise à l’épreuve ».

Au cas où d’aucuns n’auraient pas vu cela, les textes contenus dans « En marge des poèmes » nous en apportent la confirmation : le lieu où se trame le poème est espace d’errance incertaine, guettée par le silence mais poussée par on ne sait quoi, une voix qui sourd et demande à être/ à naître, « voix où passe la peur, une ombre qui se bat ». Qui « creuse des ornières devant des pas perdus »…

Le livret dont parle Michel fut édité par Le GRIL, en Belgique. Épuisé, il a été réimprimé (tirage confidentiel, numéroté) par les Amis de la rue Ventura.

Pages de journal.

13 octobre 2016 – Comment peut-on, à 80 ans ou plus (n’est-ce pas, Mr d’Ormesson ?) vivre sereinement alors qu’on sait que le terme approche. On a l’air de ne pas savoir. Quelqu’un m’avait dit, il y a une vingtaine d’années, « Vous avez encore 25 bonnes années devant vous ». Je n’avais pas aimé qu’on me borne la vie avec cette désinvolture. L’auteur de cette phrase, d’ailleurs, devait faire, quelque temps plus tard, un AVC qui faillit bien limiter la sienne. Qu’est-ce que ça veut dire, « de bonnes années » ? C’est tous les jours qu’on sent l’atteinte perfide de l’âge. Avec les possibilités qui diminuent. Mais on continue de vivre et c’est déjà beaucoup. N’est-ce pas, Mr d’Ormesson, vous qui continuez de sourire, de plaisanter, et de philosopher  dans vos livres et à la télévision, parfois. Vous radotez même, un peu (beaucoup ?) J’ai été agressé par une grippe assassine. Quand j’ai lu 39° sur mon thermomètre, je me suis demandé si mon vieux cœur allait résister à cette surchauffe. Cela fait bien 20 ans que je n’avais pas eu de fièvre.

J’ai beau penser qu’il est vraiment dommage que je meure un jour, rien ni personne n’arriveront à me faire croire qu’il puisse se passer quelque chose après la mort. Je ne serai que cendre, rien que cendre, et pour moi tout sera fini ! Mon regret aura été de n’avoir pas été plus reconnu comme écrivain, ce qui m’eût peut-être sauvé du néant. Il est vrai que je n’ai rien fait pour cela. Écrit ce 28 février, alors que je n’ai aucune raison de me plaindre, n’éprouvant aucune douleur physique, et encore valide au point de pouvoir courir malgré mon grand âge. Persuadé aussi (et cette pensée me réjouit) que je mourrai vraisemblablement en bonne santé !

« La vie à la fin n’est qu’une habitude qu’il faut perdre, après toutes les autres », écrivait Marcel Jouhandeau dans Réflexions sur la vieillesse et la mort (Grasset, 1956) Et je relève, page 73 du même livre : « Quand je songe au peu que j’avais reçu en naissant et à ce que je suis devenu, je me dis parfois qu’à l’image de Dieu j’ai tout fait de rien ». La référence à Dieu mise à part, je fais volontiers mienne cette constatation.

À Durcet, le 9 avril, un photographe m’a mitraillé, qui a en projet un 2ème album de photos de poètes (merci, Yvon, de me reconnaître ce titre). Dans le premier on trouve un portrait d’Yves Cosson et un de ses poèmes qui se termine par ce vers : « Moi je vivrai toujours ». Moi aussi, peut-être, grâce à ce livre…  Parmi les photos que m’a envoyées l’artiste, voici celle que j’ai choisie pour figurer dans l’album.

Claude CAILLEAU photo Yvon Kervinio 4

( 18 mars, 2017 )

Mars 2017 – Encore un printemps ! Les forsythias ensoleillent le jardin.

Sommaire :

1 – Le Cahier 35 est sorti

2 – Le changement

3 – À la demande…

 

1 - Dans le CRV 35, vous trouverez

  • un dossier sur Marguerite Audoux de son vrai nom Marguerite Donquichotte, patronyme dû à un employé d’état civil facétieux qui en affubla son père, enfant trouvé.  M. Audoux, gardeuse de troupeaux puis couturière, mais surtout Prix Femina 1910 pour son roman Marie-Claire,
  • de la poésie signée Pierre Borghero, Éric Desordre, Leafar Izen, Jean-Michel Jouan, Marcelle Kasprowicz, Isabelle Lévesque, Jean Pichet, Sydney Simonneau, Françoise Vignet,
  • « des jours entre les mots », par Michel Passelergue,
  • une nouvelle de Gabriel Burel,
  • Un hommage à Armand Robin par Marie-Josée Christien,
  • et une présentation des nouvelles publications du trimestre.

2 – Le changement… c’est – et je le regrette – Jean-Marie Alfroy, notre rédacteur en chef, qui abandonne son poste.

À partir de mars, les textes et toute correspondance doivent être envoyés à l’adresse informatique suivante :

< amis.rueventura@hotmail.com >

ou à < cl.cailleau@orange.fr >

La revue continue :

le prochain dossier : René Guy Cadou,

en septembre, Le Nouveau Roman.

Et, en 2018, l’écriture poétique. Vaste programme !

 

Couv 35

 

 

Pour répondre à une demande…

 

Le blog reçoit de nombreuses visites. Celui qui vient nous voir pour la première fois n’a pas toujours le temps de descendre dans les pages, si bien que j’ai reçu récemment des mails de lecteurs qui s’étonnent de me voir abandonner la poésie. Certains, même, n’y croient pas.

Pour ceux-là, j’ai pensé qu’une petite mise au point s’imposait sur le blog. Je reprends donc ici les quelques lignes envoyées aux amis en septembre pour leur annoncer la sortie de mon dernier livre de poèmes…

« Après le vers ‘classique’ (Mots du jour et de la nuit), le vers libre (Sur les feuilles du temps), le verset (Le Roman achevé), voici la prose (Je, tu, il – remonté le temps, sondé le silence). Sans l’artifice d’une disposition en vers pour signaler qu’il s’agit bien de poésie, le texte est seul , avec ses images, son rythme, ses sonorités (sa musique), pour que le lecteur l’accepte comme poème. »

Et un critique d’ajouter : « Avec ce livre de petites proses, Cl. C. considère que s’achève sa recherche sur l’écriture de la poésie. »

Les livres cités ci-dessus son toujours en vente, sur le site d’Amazon ou sur celui des éditeurs. Si vous les demandez à votre libraire, à moins que ce ne soit un fan de poésie – prêt à ne rien gagner ou presque rien, pour votre plaisir – il vous répondra, comme l’avait fait un libraire de La Flèche pour mon album qui venait de sortir aux Éditions Grandir : « Oh, ce bouquin-là, c’est vieux. Il y a longtemps qu’il est épuisé » (j’avais conseillé à celui qui voulait le commander de changer de libraire).

Donc, si vous souhaitez connaître les étapes de ma recherche en poésie, voilà…

Mots du jour et de la nuit – Éd. du Gril – repris par les Amis de la rue Ventura – 7 €

Sur les Feuilles du temps – Éd. Écho Optique – 10 €

Le Roman achevé – Éd. du Petit Pavé – 8 €

Je, tu, il, remonté le temps, sondé le silence – Éd. Tensing – 9 €

Ceux que l’ensemble intéresserait devraient donc normalement prévoir 34 €…

Mais si c’est vraiment l’ensemble qui vous intéresse, contactez-moi : je peux vous obtenir une importante réduction et je vous offrirai volontiers le livre qui manque à cette liste : Crépuscules. Un essai un peu fou pour concurrencer Mallarmé ! Rien de moins !

Ceci dit, je ne publierai plus de poésie, n’en déplaise à ceux qui ne me croient pas. Je me contenterai de publier mes confrères dans ma revue Les Cahiers de la rue Ventura. Laquelle revue se porte bien : nous avons dû commander deux tirages complémentaires du 35  pour répondre à la demande.

Et, pour finir, un pèlerinage sur les terres de Julien Gracq, romancier, autobiographe et poète (la photo de sa maison et le jeune homme au chapeau de bourlingueur, devant le petit portail, c’est moi !). Julien Gracq, un des plus grands écrivains du 20ème siècle, celui que je saluais dans le premier numéro de ma revue…

Si vous êtes libre le dimanche 23 avril, venez à 15h à Saint-Florent le Vieil, dans la grande maison proche de celle de Gracq, qu’ils appellent – à tort -  le Grenier à Sel. Françoise Nicol, professeur à l’Université de Nantes, nous parlera de Paul Éluard.

IMG_0133

12345...8
Page Suivante »
|