( 13 septembre, 2016 )

Bonjour,

Bonjour, img1000.vignette

 

Vous êtes sur le blog de Claude Cailleau, directeur de la revue « les Cahiers de la Rue Ventura ».

( 13 septembre, 2016 )

Dans 10 jours, l’automne…

Et mon thermomètre affiche encore 30° !

 Le Cahier 33 est paru. Déjà, des échos nous viennent, de lecteurs qui ont aimé le dossier « Écrire son enfance ».

« Douceur et mélancolie des souvenirs d’enfance, heureux ceux qui en ont, généreux ceux qui les partagent », nous écrit Philippe Lejeune.

Je serais heureux, quant à moi, de les partager avec vous le 28 septembre à la brasserie Le François Coppée, au 1 boulevard du Montparnasse (à Paris). La séance commence à 15 h. Bernard Fournier m’invite à venir présenter Les Cahiers de la rue Ventura dans le cadre du Mercredi du poète. Des auteurs diront leurs textes parus dans la Revue.

 Couv CRV 33

Un autre événement, en ce mois de septembre : la sortie aux Éditions Tensing de mon petit livre Je, tu, il – remonté le temps, sondé le silence.

Un recueil de petites proses que je crois poétiques. Le quotidien du poète…

Ce petit livre clôt ma recherche sur l’écriture de la poésie. Après le vers « classique », le vers libre, le verset, voici la prose. Sans l’artifice d’une disposition en vers pour signaler qu’il s’agit bien de poésie, le texte est seul, avec ses images, son rythme, ses sonorités (sa musique), pour que le lecteur l’accepte comme poème.

Voici la couverture du petit livre, avec une photo d’Huguette : le givre sur la fenêtre d’une pièce sans chauffage l’hiver. Sous l’effet du froid, l’humidité se résout en dessins de givre sur la vitre. Seuls les amis qui ont pris de l’âge se souviendront. En ce temps-là, le givre, grand artiste, faisait des merveilles sur les vitres de nos chambres sans feu. Les matins étaient magiques…

Le livre est en vente au prix de 9 € sur le site d’Amazon et sur le site des éditions Tensing. Il vous suffira de taper :

“Je, tu, il – remonté le temps, sondé le silence” (Claude Cailleau)

Couv Je, tu, il - jpeg

 

( 22 août, 2016 )

Août 2016 – Au cœur de l’été

La revue… Le 33 arrive.

Ce n’est pas le beaujolais nouveau, non, mais le CRV nouveau, le 33. Déjà ! Je sais que le sigle ne plaît pas à mon ami Paul Van Melle. Il le redit à chaque fois dans son Inédit Nouveau, et cela m’irrite un peu, cette redite. Je lui ai pourtant répondu (avec un peu de malice, je l’avoue) qu’il parle bien de temps en temps de la NRF (sans donner à la respectable vieille dame des lettres son nom complet, lequel était chargé d’une intention pour ceux qui la mirent au monde). Il est vrai aussi que dans un courrier à moi adressé, un jeune blanc-bec de poète à qui je parlais de la revue de Gide et Schlumberger, me répondit : « Laissons là, je vous prie, cette bonne vieille NRF. » (Je vous laisse apprécier la suffisance du propos, lequel lui ferma définitivement la porte de ma revue.)

Mais venons-en au CRV 33. Il est sous presse. Vous y trouverez :

Un dossier auquel je tenais (merci, Jean-Marie, d’y avoir pensé) : « Écrire son enfance ». Dossier introduit par un texte enlevé de Philippe Lejeune, spécialiste national de l’autobiographie.

Un bel éventail de poésie avec Bruno Thomas, Silvaine Arabo, Danièle Corre, Michel Passelergue, Gérard Mottet (un nouveau, pour nous), Jean-Claude Coiffard, et cinq autres poètes, parmi lesquels quatre auteurs à découvrir, dans nos pages.

Les Chroniques habituelles, parmi lesquelles un beau texte de Michel Diaz pour réveiller le souvenir d’alain Borne, poète trop oublié.

Pourquoi je tenais tant à ce dossier ?

Parce que, contrairement à ce que pense le Monsieur du Pot-au-feu, dont je parlais dans ma page de juin (paroles venues), et qui prétendait que je ne me posais pas « les questions primordiales » lorsque je tenais les rênes de la Revue, je ne publie pas que de la poésie. Une revue-anthologie, c’est facile à gérer, les poèmes, on les prend ou on les refuse et c’est clos. Ceux qui connaissent nos Cahiers savent que chez nous, c’est un peu plus compliqué. C’est structuré, avec des rubriques, et j’ai toujours voulu faire coexister dans le même support poésie et autobiographie, persuadé, comme Danièle Corre, que les deux sont étroitement liées – mais aussi qu’il s’agit d’une « question primordiale » à notre époque, comme au siècle précédent.

Je relève dans La Faute à Rousseau n° 29 de février 2002, sous le titre « Dénouer l’écheveau des routes », et signé de Danièle Corre, ceci :

« L’autobiographie me semble la matière même à partir de laquelle jaillit, se construit la poésie, mais je ne saurais dire par quels chemins mystérieux elle va de cette terre essentielle à la lumière, ni comment le poème s’organise en rythme, en images, en sonorités, malgré la vigilance de celui qui écrit. »

Ce à quoi Paul Merle, dans le même numéro répond :

« Le musicien fait danser les sons, le peintre joue avec les couleurs. Celui qui écrit fait vivre les mots en les associant ; le poète les fait chanter. L’autobiographe est poète quand il les fait vibrer sur l’archet de son âme. »

Et Danièle Corre, toujours, évoquant un cambriolage qui a vidé une maison de ses meubles :

« Des ombres rôdent

autour des fauteuils absents

Une main invisible

tourne les aiguilles

de l’horloge disparue

qui savait ameuter

la volée d’enfants piailleurs

qui se disputaient le pain

Rien ne subsiste

tout est là

Entre les murs puissants

l’architecture de la mémoire

sauve ses lignes fondatrices. »

Je suis volontiers Danièle Corre lorsqu’elle conclut : « Voyage en soi, voyage autour de sa chambre… L’entreprise autobiographique n’est-elle pas le voyage essentiel ? »

Quant à moi, les poètes dont j’apprécie les vers sont ceux qui savent accomplir ce voyage en eux-mêmes. Poésie et autobiographie, alors, se rejoignent.

Toujours dans le n° 29, ces propos que je prendrais volontiers à mon compte : « Le poème est court, c’est une autobiographie instantanée, une minute autobiographique… S’il est un écrivain proche du poète, c’est bien l’autobiographe … c’est à un même mouvement que tous deux obéissent ». Et encore : « le poème est à la prose ce que la photo est au film ». Le lecteur du Cahier 33 retrouvera cette idée dans mon texte intitulé « Je lui parlerai du petit ».

Une différence, cependant : « Le poème est obscur : du signifiant plutôt que du signifié ». C’est ce qu’ont bien montré les poètes qui ont tenté de suivre une démarche mallarméenne.

Voilà qui justifie, me semble-t-il, mon choix d’associer poésie et autobiographie. Je ne peux que vous conseiller de visiter le site de l’association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique. Vous y trouverez son adresse.

Je vous parlais il y a un instant de ces livres qui me sont chers, parce que leur auteur y a écrit. À Angers en 1993, Andrée Chedid m’avait écouté faire une conférence sur les ateliers littéraires que j’animais dans les collèges. Quelque temps plus tard, m’envoyant deux livres, elle écrivait :

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Le terme…

Tout a un terme. La vie aussi. Restent quelques photos, un moment le souvenir des voix, des visages, parfois un livre ou un tableau, qu’on finit aussi par oublier.

Aidé d’Huguette et de Valentin (un de nos petits-fils), je viens de ranger notre bibliothèque. Environ 4000 livres. Certains me sont plus précieux, à cause du contenu, bien sûr, mais aussi parfois parce que l’auteur y a glissé un mot d’amitié. Une dédicace de Julien Gracq ou de Marcel Arland, sa valeur est pour moi de l’ordre du sentiment. Je pense avec effroi qu’un jour un type que je ne connais pas prendra ces livres pour évaluer la plus-value apportée par une signature sur la page de garde. Et qu’il vendra le livre en prélevant sa quote-part !

Rangeant les livres par ordre alphabétique d’auteurs, j’ai glissé les miens, pour exister un moment dans cet univers de papier.

Dans ma bibliothèque, les livres ont vieilli, debout, pierres levées sur les rayons, qui tiennent ma voix pionnière. Une douzaine portent mon nom, entre José Cabanis et Louis Calaferte, Les Cartes du temps et Portrait de l’enfant. Mes personnages dialoguent à mots mesurés, muets comme le sont toujours les êtres de papier. S’éveillent chaque fois que j’ose ouvrir les livres. Les vies d’ici courent menu-menu dans le roman de l’aube.

Ce petit poème devrait paraître prochainement dans « Je, tu, il »,  qui sera mon dernier livre de poésie. Et c’est bien symbolique, ces rencontres, ce voisinage avec Cabanis et Calaferte qui ne fut pas voulu.

Dans une page précédente, je donnais des nouvelles de mon Cocktail de vie, maintenant épuisé. L’éditeur m’avait prévenu qu’il ne lui restait plus que quatre livres. Si j’en crois le contrat, il s’en est quand même écoulé quelques centaines d’exemplaires.

Et voilà que les éditions Écho Optique me demandent si je suis preneur du solde de mon recueil « Sur les Feuilles du temps ». Une soixantaine d’exemplaires. Je ne sais pourquoi celui-là s’est mal vendu. Et c’est curieux car les poèmes que j’ai réunis là ont tous été pris et publiés dans des revues (Multiples, 7 à dire, Pages insulaires et dans Cocktail de vie). Ce sont les poètes qui lisent les poètes. Sans doute mes amis se sont-ils dit qu’ils connaissaient ces textes. Le gros carton m’est arrivé hier. Triste fin pour ce livre sur lequel un journaliste écrivait dans Ouest-France : « Ce recueil de poèmes qui fait claquer la langue au rythme travaillé de vers taillés pour la lecture. À lire en paix. Et à voix haute, c’est encore mieux ». Je remercie le journaliste (il me lira peut-être) d’avoir pensé que ces poèmes étaient faits pour être entendus. Pour moi, le poème doit résister à une lecture à haute voix.

Toujours sur cet infortuné petit livre, un ami, qui me suit depuis longtemps, m’écrivait :

« Je viens de lire d’une traite votre « Sur les Feuilles du temps » et, malgré l’obsédante thématique qui y est développée, j’ai retrouvé l’auteur que j’apprécie : texte d’une seule coulée, souffle court mais obstiné, têtu, tenace. C’est un livre qu’il faut lire en marchant (je le ferai) sur des chemins raboteux, parmi les ronces et sous un ciel de crépuscule. L’ombre de la mort y plane tout du long, mais chaque vers, chaque pas, est un pas gagné sur la mort, une victoire, un élan vers le pas suivant, contre le crépuscule, contre la nuit, contre l‘absence et l’oubli. Nostalgie et angoisse y sont transformées en conquêtes sur le silence, sur la menace confuse qui nous cerne, et cela se transforme en lumière. Y fait la langue que vous utilisez : sobre, claire, rapide, allant à l’essentiel, dégraissée à l’extrême, d’apparence presque pauvre mais usant de ce dépouillement pour être plus efficace encore. Une langue raclée à l’os. Vous me rappelez votre âge, mais c’est cet âge justement qui vous a doté des moyens de cette langue, c’est-à-dire d’un art que vos avez affûté comme une lame sur les cailloux des ans, et c’est là de la bien belle poésie ».

Cette lettre, Je l’ai lue et relue, pour ne rien manquer. C’était tout miel pour moi ; mais – vous l’aurez sans doute remarqué – quand le critique écrit en poète, que demander de plus ? Merci, Michel, dans votre Touraine pas si éloignée que ça de la rue Ventura, merci de m’avoir lu ainsi.

Si vous êtes curieux, contre un chèque de 4 sous, les Amis de la rue Ventura vous enverront le petit livre. 4 sous, vraiment ! Ça ne fait pas chère la page. Mais puisqu’il faut solder la poésie pour qu’elle soit lue…

J’ai confié aux Amis de la rue Ventura le soin de diffuser et distribuer le reste d’un rêve, alors que déjà (nous étions en 2013) je m’acheminais vers une fin (en poésie, rassurez-vous, l’autre attendra un peu).

Courrier aux Amis de la rue Ventura : < amis.rueventura@hotmail.com >

Vous pourrez leur demander leurs conditions pour ce livre. vos serez étonnés.

Depuis que vous visitez ce blog, vous connaissez Louna, notre petite Cavalier King Charles. C’est un peu le génie tutélaire de la maison. Elle vient d’avoir 9 ans, hélas. Les animaux vieillissent plus vite que nous ; ils partagent un moment notre vie puis nous quittent, après quelques années de silence parlant.

Voici Louna regardant son maître. Un ami à qui j’envoyais cette photo m’a écrit : « C’est émouvant, cette entente avec la petite chienne qui n’entend pas (Louna est complètement sourde) mais qui comprend tout, devine tout. On dirait qu’elle a, non pas des éclairs, mais des flammes d’intelligence qui brillent dans ses yeux ».

Moi, j’y vois surtout une grande tendresse pour ces maîtres qui veillent sur ses jours. J’ai voulu partager avec vous ce regard qui me parle.

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( 22 juin, 2016 )

Enfin l’été ! (je plaisante, bien sûr) 20 juin 2016

Mais on nous annonce du soleil et de la chaleur pour la fin de la semaine. Rien n’est perdu.

Espérons que le prochain week-end sera estival. Sinon, ceux qui parlent de réchauffement climatique auront du mal à nous convaincre.

 

Justement, les 25 et 26 juin, les éditions du Petit Pavé vous invitent à venir à leurs Portes ouvertes. Vous pourrez faire votre choix à leur grande braderie de livres (solde et déstockage à partir de 1 €)

J’y serai, le dimanche avec les Cahiers de la rue Ventura. Nos numéros anciens y seront bradés.

 

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Michel Baglin vient de terminer l’indexation des articles publiés sur Texture, par ordre alphabétique d’auteurs, jusqu’à la lettre C. Et je suis là, entre Hélène Cadou et Louis Calaferte. Peut-on souhaiter meilleur voisinage ?

Merci, Michel : vous m’avez permis de retrouver les deux articles signés Georges Cathalo pour le premier, et de vous-même pour le second.

 

Permettez-moi de les présenter ici aujourd’hui. Pour un auteur, c’est toujours émouvant d’être lu avec empathie. Et de voir éclairées dans un texte critique les intentions que l’on avait au moment de l’écriture. Longtemps sur l’établi, mes textes sont en effet le fruit d’une réflexion post écriture, et sans cesse remaniés : Merci, Georges ! Merci, Michel ! de l’avoir compris.

 

Sur le site de Texture – que je vous conseille de visiter à l’adresse suivante :

http://revue-texture.fr – vous retrouverez les deux textes qui suivent.

 

Dernières nouvelles : Mon anthologie parue chez Éditinter (Cocktail de vie) est épuisée. J’ai racheté les 4 derniers exemplaires à l’éditeur. Avec une tendresse avouée (une petite faiblesse) pour ce livre dans lequel je me suis livré plus que dans un autre. À partir de maintenant, si vous voulez lire ce Cocktail, c’est avec moi qu’il faudra négocier ! Il m’en reste quelques exemplaires.

En revanche, Le Roman achevé est toujours en vente aux éditions du Petit Pavé et Crépuscules chez les Amis de la rue Ventura. De même, Pour une heure incertaine aux éditions Sac à Mots.

 

Voici ce qui en est dit sur Texture

 

Par Michel Baglin :

 

Claude Cailleau « Pour une heure incertaine » & « Le Roman achevé »

« Tu te souviens des peupliers ? Eux abattus, nous ne voyons plus serpenter notre rivière. C’est étrange un monde qui meurt : nous aurions cru mourir avant. » Je cite ce passage pour donner le ton d’un recueil déjà ancien (2004) de Claude Cailleau paru à Sac à Mots éd., « Pour une heure incertaine » . Une voix que je découvre avec grand plaisir, alors que l’auteur a déjà publié cinq ou six recueils et un roman chez Julliard. Ces poèmes en prose savent prendre dans les plis du temps, « la maison trop grande », les « jours mal repassés », les « cailloux lourds comme des sanglots », et dans la bibliothèque, « les livres, jalons de mémoire », ces « livres endormis dans la poussière des années ». Sans grandiloquence ni pathos inutile. Simplement, avec une forme de sérénité et une écriture d’une belle densité.
C’est le même thème du temps (ces « visiteurs du temps » qui ont hanté nos vies) que l’on retrouve dans un recueil plus récent, « Le Roman achevé » (clin d’œil à Aragon, bien sûr, et ici aussi il s’agit de poésie), cette fois composé de suites, sous la forme de versets (Éditions du Petit Pavé). Ce long poème – traversée du roman d’une vie dont il revisite les chapitres sensibles – peut évoquer Saint-John Perse d’ « Anabase » , mais c’est la musique (un peu célinienne) des points de suspension qui suggère le mieux le flot des souvenirs qui déboulent et forcent la parole, l’écriture, le livre… « J’écris le livre du livre qui s’écrit », dit l’auteur dans la déroute des heures. Et c’est manière de sonder le silence, de se retourner sur ce qu’on abandonne.

Claude Cailleau, Le Roman achevé, Éditions du Petit Pavé – BP 17 -  49320 BRISSAC-QUINCÉ (94 pages. 8 euros)

Par Georges Cathalo :

 

Claude Cailleau : « Crépuscules »

Il est plus que rarissime qu’un poète annonce dans un avant-propos que le livre que le lecteur tient entre ses mains sera son dernier texte en poésie. Claude Cailleau souhaite « donner un éclairage particulier à ces crépuscules de l’aube et du soir » et l’on se laisse entraîner par cette unique phrase courant sur une quarantaine de pages que l’on doit lire en continu. Pas question de sauter une page car l’on perdrait le sens de cette démarche poétique. En extraire un passage peut donner envie de lire mais c’est aussi prendre le risque de s’engager sur une fausse piste dans une histoire complexe : « la mienne dont je ne sais / si elle est / ou de rêve / engluée dans les lointains de ma vie ». 
On est loin des rythmes amples qui caractérisaient jusqu’alors la poésie de Claude Cailleau. Pour ce dernier livre, l’auteur a choisi la fragmentation et la rupture pour freiner le débit de lecture tout en variant aussi les caractères, en jouant sur les gras et sur les italiques. À la relecture, des notes finales en particulier, on découvrira que ce ne sont pas de simples exercices de style mais des relais moteurs, « écrits en marge du poème ». L’écriture de ce long poème, ultime crépuscule, a couru sur plus de deux ans. On devine aisément le délicat travail de « retour sur soi » qu’il a nécessité, mais le résultat est là : un livre émouvant qui offre le portrait d’un honnête homme, d’un poète humble et digne qui aura su traverser discrètement son époque sans se soucier à juste titre des modes du moment.

(Claude Cailleau : « Crépuscules ». CRV éd., 2015. 70 pages, 6 euros – 9 rue Lino Ventura -72300 Sablé-sur-Sarthe ou amis.rueventura@hotmail.com)

( 12 juin, 2016 )

Juin 2016 – Paroles venues…

Le Cahier 32 est sorti au début de juin. Vous pouvez vous le procurer en vous adressant à  < amis.rueventura@hotmail.com >

Au sommaire,

Deux articles d’universitaires sur l’œuvre d’Yves Bonnefoy – À lire et relire.

Une originalité : huit poètes vous proposent un sonnet de leur cru. Moins réguliers, les sonnets,  que ceux d’Heredia, à l’image d’un temps où la poésie s’interroge (voir plus bas). Une curiosité.

Ensuite, des proses et des poèmes de Bernard Gueit, Jean-Louis Bernard, Michel Diaz, Françoise Vignet…  Du travail d’artistes.

Puis « Les écrivains et la Grèce », lectures de Jean-Marie Alfroy et Jean-Claude Coiffard.

Michel Passelergue, toujours, et ma revue des revues, au ton plus familier, volontairement.

À déguster, sans modération.

 

Et merci à nos abonnés arrivés en bout de parcours : ils ont tous renouvelé leur abonnement !

Voilà qui va plaire à un Monsieur dont le nom nous fait penser à une huile qui sert à cuisiner. Celui-ci, avec délicatesse, nous dit dans sa revue que la nôtre change, « s’ouvre davantage », qu’on s’y pose maintenant « les interrogations primordiales ». C’est quoi, « les interrogations primordiales » ? Moi, je ne sais pas, parce que la Revue, avant, c’était nettement moins bien,  je la faisais bêtement, sans me poser de questions.

 

Les samedi 25 et dimanche 26 juin, si vous n’habitez pas trop loin, on vous attendra aux Éditions du Petit Pavé, une petite structure indépendante, bien installée maintenant dans le monde du livre. Bien installée, mais qui a besoin de vous pour survivre.

Ne perdez pas l’adresse : c’est au bourg de Saint-Saturnin-sur-Loire, près de Saint-Jean-des-Mauvrets, en haut de la côte.

Vous serez bien accueillis et pourrez flâner entre les stands installés dans les jardins, mais aussi entrer dans la petite librairie aux rayons chargés de livres de tous genres : jeunesse, romans, poésie, témoignages, histoire, etc.

Une trentaine d’auteurs seront là pour dédicacer leurs livres.

Moi aussi, avec les Cahiers de la rue Ventura.

Le Petit Pavé (un de mes éditeurs) est à l’origine de la création de l’Autre Livre, association des éditeurs indépendants, laquelle a son comptoir de vente à Paris et son salon en automne, dans le 4ème arrondissement.

Pour en savoir plus, < www.petitpave.fr > Et ci-dessous.

 

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( 29 avril, 2016 )

Rencontre… avril 2016

Je savais bien que j’avais lu ces poèmes quelque part. Et que je m’étais dit : j’aurais pu écrire cela si j’avais eu le talent de leur auteur. Avec Du sable entre les doigts, Paul Couëdel nous parle, en toute simplicité, de la vie, de la pauvreté, de son art (discrètement), et de la mort. C’est une voix fraternelle, qui nous dit des choses banales, comme on en lit dans le journal; on a envie de cheminer avec lui dans le quotidien, qui n’a pas toujours les couleurs de la joie. On se reconnaît dans sa parole. Une rencontre comme on en fait peu.

Il a fallu cet anniversaire un peu exceptionnel, et cette décision que j’ai prise de ne plus écrire de poésie, pour que j’ouvre à nouveau le livre de Paul Couëdel et vous propose…

Nomade sur la terre

je ne fais que passer

d’empreinte je ne laisse

que celles

aussitôt

effacées par le vent

et même mes enfants

oublieront le son de ma voix

 

De passage

déjà passé

ce n’est pas un voyage

cette planète comme mes dires

ignore toute frontière

et mes mots ne s’inscrivent

nulle autre part

qu’en un partage

 

C’est ce que nous dit le poète page 20 de son livre. Et, page 64 :

 

Un granit déjà

Quelque part m’attend

Ou plus simplement

Quelques mottes de terre

 

Une poignée de porte

Sans doute existe

Qui sera la dernière

Que caressera ma paume

 

Des livres à l’odeur amicale

Aux pages tentatrices

Échapperont à jamais

À mon crayon curieux

 

Puis ce sera

Sans le savoir

Que je saluerai cet ami

Pour la dernière fois

 

Et le dernier ruisseau

Qui aura lavé mes pieds

Poursuivra sa course folâtre

Parmi les sages pierres

 

Je vous devine tentés. Vous trouverez ces deux poèmes dans Du sable entre les doigts de Paul Couëdel, paru en juin 2011 aux Éditions du Petit Pavé.

 

Un bonheur de lecture que j’ai voulu partager avec vous…

 

Un beau numéro des Cahiers de la rue Ventura se prépare. Il va paraître en juin.

Puis-je vous rappeler, afin que vos messages frappent à la bonne porte, que…

les textes doivent être envoyés au rédacteur en chef, à l’adresse informatique suivante :

jm.alfroy@orange.fr

et que les abonnements se prennent auprès des Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLÉ-SUR-SARTHE (22 € pour un an, soit 4 numéros)

( 12 avril, 2016 )

11 avril 2016 – À tous les amis de la rue Ventura, et de ses hôtes, merci !

10 avril 1936 – 10 avril 2016 : j’ai 80 ans depuis 1h30 hier. Après tout, ce n’est qu’un an de plus que l’année dernière.

Et je ne me croyais pas si célèbre ! Merci aux amis qui m’ont souhaité un bon anniversaire. Mais tant de messages sur facebook ou venus par mail : je ne peux répondre à tout le monde, et j’en suis désolé. Ces marques de sympathie, d’amitié, m’ont beaucoup touché.

Soyez tous remerciés et que le temps qui passe vous soit favorable.

Pour vous, sur la photo, Louna (génie des lieux) et son maître : un moment de tendresse. Et, passé plusieurs fois sur l’établi, un petit poème pour faire revivre de lointaines années.

 

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Exercice de style

… Un tout petit espoir se glisse dans la page, s’étire, fait son nid à l’encre violette. Parlait de notre enfance. Le jour n’en finit pas de vieillir silencieux, dans nos pas. Et dans les encriers de l’école oubliée. Tu cours vers la maison. Tu te rappelles… La lumière peinait à éclairer la pièce. La peur est conviviale dans les ténèbres de l’histoire. On respire. Vous n’aviez… pas d’amis, dit-il. La guerre. On entend à nouveau le canon dans la bouche sanglante du temps. Et l’enfant. Qui pleure. Oui, c’était. Une page tournée. Des ratures de vie. Le jour à l’envers. Et tes doigts tachés d’encre. L’espoir s’est endormi entre les lignes du cahier. Le lit de l’heure est un berceau. Tu te souviens… Nous deux. Et ta main. Dans la mienne. On entend les avions. Le ciel est un métier. La guerre y tisse des éclairs. Et la mort. Ce jour-là viendra bien. L’espoir s’est fait petit, dans l’encoignure de nos vies. Caché dans la pénombre. Demain sera. Demain, ma voix encore. Venue pour toi du fond des temps. Accordée à tous les dires. Regardez : la prairie à l’aube offrait des perles de lumière. Ainsi l’espoir prenait rang parmi nous. Les mots chantaient clair dans le cahier du jour. Des paroles de joie, qui brûlaient dans la brume. Une grande clarté dans l’obscur de nos vies.

                                                                                               Claude Cailleau

(poème paru, en vers libres, sur un site, puis en versets dans un livre. Réécrit en prose, mais en respectant toutes les coupes du vers libre, pour faire mieux entendre, à la lecture, la voix saccadée de l’enfant effrayé par le bruit de la guerre et, plus tard, beaucoup plus tard, l’essoufflement du vieil homme qui parle en marchant dans les guérets du temps et peine à rassembler ses souvenirs. J’ai toujours été sensible à la musique dans le poème.)

 

( 5 avril, 2016 )

Propos de printemps – 4 avril 2016

Car il est bien là, le printemps. Les pervenches envahissent la haie qui nous protège des regards, leurs fleurs d’un bleu de ciel percent à travers le feuillage. Quant au forsythia, il éclaire comme un soleil. Printemps, alors que le vieux poète en est à son automne… Et que l’hiver approche !

Dans une semaine, j’atteindrai un seuil qu’enfant je n’eusse imaginé franchissable : j’entrerai dans le cercle, menacé plus qu’un autre, des octogénaires. On a beau me dire souvent que je ne fais pas mon âge. Je l’ai, cet âge, et cela m’ennuie bien !

Mais ne croyez pas que j’en fasse une maladie. Dans le 451ème Encres Vives paru en février je dis que j’ai su plusieurs fois tourner la page. On tournera celle-là aussi. Et la terre n’en continuera pas moins de tourner.

Patrice Angibaud, poète trop modeste et fidèle lecteur qui entre si bien dans mon univers de création (qui m’impressionne aussi par sa facilité à analyser les textes, à en éclairer les zones d’ombre – et comme je regrette qu’il ait cessé de rédiger des notes pour Texture !)  Patrice Angibaud m’envoie une réaction à chaud après lecture de mon Parcours littéraire atypique. Récompense pour le modeste artisan du verbe que je suis, toujours en situation de recherche sur l’écriture. Merci, Patrice, d’avoir écrit ce qui suit, de me l’avoir communiqué, et de m’avoir autorisé à le publier sur cette page du blog.

Lecture d’ Encres vives n°451 :

Claude Cailleau – « Un parcours littéraire atypique ».

L’ensemble se lit comme un roman. Le roman d’une vie passionnée de littérature, avide de lectures, de rencontres d’écrivains admirés, et avide d’écriture personnelle en parallèle, bien évidemment.

Les œuvres apparaissent dans l’ordre chronologique de leur publication, extraits à l’appui, commentaires de l’auteur sur ses intentions et le but recherché en écrivant l’ouvrage, commentaires et articles de lecteurs et critiques amis.

On pouvait craindre le « m’as-tu-vu », l’autosatisfaction. Rien de tout cela. L’expression simple, mais au plus près, au plus profond, d’une passion intimement, intensément vécue. Avec la présence du doute sur la valeur de ce qui va être donné à lire. Avec, surtout, le travail impressionnant, toujours remis sur l’établi, du texte en gestation. Avec, encore, la volonté de ne pas tomber dans le répétitif, de tenter (avec succès) de nouveaux chemins d’exploration, d’expérimenter d’autres formes d’expression.

Claude Cailleau VIT l’écriture avec une ferveur et une densité contagieuses : on est saisi, happé, au point de ressentir l’envie de lire toute l’œuvre.

Personnalité rare. Haute exigence envers soi-même. « J’écris pour le futur », déclare l’auteur, … »lorsque la main hésitante d’un enfant de plus tard feuillettera le livre où la vie s’interroge ».

En fait, il a écrit et écrit, d’abord, pour aujourd’hui et maintenant. Des livres comme : « Le Roman achevé », « Cocktail de vie », « Et je marche près d’Elle », « Crépuscules » sont sources de nourriture intérieure et d’émerveillement. Ils le seront et le resteront pour demain.

Patrice Angibaud

Vous pouvez toujours commander ce 451ème Encres Vives à Michel Cosem – 2 allée des Allobroges – 31770 COLOMIERS,

contre un chèque de 6,10 €.

 

Énigme du poème…

 

Venues de ta mémoire,

des paroles pour vivre

accompagnent le jour.

D’autres te viennent,

qui te parlent sans dire.

C’est le message d’une pierre,

l’appel menu de la pluie,

le tumultueux silence du soleil,

les mots secrets du vent.

Quoi encore ? Ah, oui, le temps…

Pour un peu d’existence,

apprivoiser la mort.

 

           Claude Cailleau

 

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« Je les ouvre encore parfois, ces bouquins dont la couverture a pâli avec le temps, pour fouler un moment mes chemins de mémoire. »

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Jacques Charpentreau, qui est mort le 8 mars 2016, était venu à Sablé en 1988, voir les élèves de mon atelier littéraire, lesquels correspondaient avec lui depuis quelques mois. Je revois ce petit homme chauve, vêtu d’un costume clair, entrer dans la classe où il était attendu, et le bonheur des enfants, visible sur tous les visages. Tout de suite le courant était passé. Je ne dirai pas que le poème qu’il avait écrit avec les élèves m’ait vraiment séduit ; mais il avait, pour les entraîner sur les chemins de la poésie, un enthousiasme auquel il était difficile de résister.

En 2006, après la parution de ma biographie de Pierre Reverdy, il m’avait invité à venir parler du poète à la Maison de la Poésie, rue Ballu. Au 2ème étage, et je m’étais étonné de le voir, à son âge, gravir allégrement le vieil escalier de bois jusqu’à la salle aux murs couverts de livres où je devais parler. J’y suis retourné quelques années plus tard pour évoquer « René Guy Cadou, chantre de l’amour et de l’amitié ».

Lorsque j’ai créé ma revue, il m’a fait régulièrement un service de presse de la sienne, Le Coin de table et m’a demandé en 2010, pour le cinquantenaire de la mort de Reverdy, un article qu’on retrouvera dans le n° 43, sous le titre « Pierre Reverdy, la poésie pour vivre », avec en exergue : « Écrire m’a sauvé », phrase extraite d’une lettre du poète à Jean Rousselot. Et c’est vrai qu’écrire, parfois, peut sauver le poète.

Jacques Charpentreau bataillait ferme pour une poésie que je dirais réfléchie, travaillée, faisant remarquer que la poésie traditionnelle s’était écrite pendant des siècles, alors le vers libre, après 100 ans d’utilisation, montrait déjà ses limites, ouvrant « une autoroute aux médiocres qui n’ont pas vu ses exigences ».

Jacques Charpentreau, rappelant que « la poésie n’est pas qu’une technique », ajoutait : « Cette technique, si elle existe, ne s’apprend pas dans les traités de versification. On la possède en la cherchant dans l’écriture, en la trouvant dans la lecture de poèmes, en l’écoutant en soi-même. Il faut respirer avec le poème ». (Le Coin de table n° 57, janvier 2014)  Tout est dit. On n’est pas poète parce qu’on écrit en vers. Mais je m’arrête, craignant l’irritation de ceux qui trouvent que je parle trop de la poésie.

Que va devenir Le Coin de table ? Va-t-il disparaître avec son maître d’œuvre ?

À la fin de 2015, Jacques charpentreau m’avait offert son dernier livre, de la belle poésie rimée et rythmée. J’aime presque tout dans ce livre ; mais me suis arrêté page 15 sur ces vers où il parle de l’enfant qu’il a été :

« Pourrait-il me reconnaître,

Du grand fond de ce miroir

Où j’aime à le voir paraître

S’il parvenait à me voir ?

Saurait-il qu’un vieux visage

Est le sien dans un autre âge ?

Que j’entends toujours sa voix,

Que je guette son sourire,

Que c’est lui seul qui m’inspire,

Que son image est en moi ? »

Le lecteur qui me suit depuis quelque temps sur ce blog aura compris pourquoi ce poème, ce livre, me touchent particulièrement par ce retour mélancolique aux frontières de l’enfance. Par ces vers de 7 syllabes, aussi (tu vois, Verlaine, le conseil a été suivi) baignés d’une musique douce au charme d’antan.

Lisez ce livre, c’est superbe. De la belle poésie, comme il ne s’en écrit plus !

Un si profond silence, Jacques Charpentreau, La Tourelle, La Maison de Poésie, 18 €

Et voici deux photos du poète à Sablé, pour le bonheur de mes élèves du Collège Reverdy et des écoliers de Gambetta que j’avais invités à venir nous rejoindre. Sur la deuxième, 2ème à partir de la gauche : Jacques Charpentreau. À sa gauche, c’est moi (avec quelques années de moins !) et à l’extrême droite, Georges-Olivier Chateaureynaud. Étaient présents aussi le principal du collège (à ma gauche) et deux éditeurs (Castor Poche et les Éditions de l’Amitié).

Je vous souhaite à tous un beau printemps, éclairé par la poésie.

La poésie est un art parfaitement inutile, disent certains ; mais il est bien qu’elle existe, pour éclairer les jours de quelques-uns.

Cl. C.

               

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( 8 mars, 2016 )

Parutions de printemps – mars 2016.

Sommaire :

1 – CRV 31, poésie au féminin.

2 – Encres Vives 451 : un « spécial Cl. Cailleau »

3 – Michel Tournier, un des derniers classiques du 20ème siècle

4 – La fin de quoi ? Encore que…

 

Le Cahier 31 vient de sortir. Au sommaire…

Cinq femmes poètes, présentées par Jean-Pierre Boulic, Béatrice Marchal, Françoise Vignet, Jean Pichet, Éric Simon. De qui ces auteurs parlent-ils ? Je vous laisse le plaisir de la découverte.

Des poèmes, de France et de l’étranger – des voix personnelles, très différentes – Ils sont signés Angiolo Bandinelli, Patrick Beaucamps, Anne Certain, Jean-Marc Gougeon, Jean-Michel Jouan, Ivan de Monbrison, Bruno Thomas.

La chronique habituelle de Michel Passelergue.

Une page d’enfance de Nicole Luce (l’enfant dans la guerre, et le retour du père, d’Allemagne où il était prisonnier ; la page a réveillé mes souvenirs de l’année 45 : j’ai connu la même émotion, cette année-là.)

Puis – c’est toujours dans la Revue – Bruno Sourdin nous parle de Daniel Boulanger poète, et Pierre Borghero, de Victor Hugo « voyant ». (Ça, Georges Jean, notre prof de rhétorique, le disait aussi ; quant à Hugo lui-même, n’écrivait-il pas dans son fameux testament littéraire : « Je donne tous mes manuscrits et tout ce qui sera trouvé écrit ou dessiné par moi à la bibliothèque Nationale de Paris qui sera un jour la Bibliothèque des Etats-Unis d’Europe » ? En partie prophétique, non ?

Enfin, j’ai eu plaisir, après la revue des revues, de proposer un poème de Bernadette Throo extrait de son dernier livre « Le Cristal des heures » (Éd. Sac à Mots). Une réponse bien involontaire de l’auteur à ceux qui se demandent s’il y a une poésie féminine, qu’on pourrait distinguer de la poésie masculine. Un sujet à fouiller, peut-être. À vous de voir. Peut-être le dossier de ce numéro vous y aidera-t-il.

 

Couv. 2

Encres Vives Michel Cosem ayant accepté l’idée d’un « Spécial Claude Cailleau » dans sa collection Encres Vives, je me suis mis au travail. J’ai contacté les amis qui me suivent dans mes publications, et trois mois plus tard, j’ai pu proposer à Michel la maquette de ce qui est devenu le 451ème Encres Vives. Un bilan de mes « années poésie ». 1956-2015 – avec le grand blanc de presque trente ans.

En 2015, j’ai pris une décision qui a étonné mes amis et les a laissés incrédules : je n’écrirai plus de poésie. J’ai tenté de m’en expliquer page 16 du Encres Vives. Je pense essayer à nouveau, plus bas, sur cette page du blog. Sans être sûr de fournir la bonne justification.

Auparavant, voici pour ceux que le 451ème encres Vives pourrait intéresser, le moyen de se le procurer. Je ne vais quand même pas avoir la prétention de vous dire : si vous l’achetez, vous ne le regretterez pas. Sachez seulement que, ce faisant, vous aiderez l’un ou l’autre des deux éditeurs (courageux et désintéressés) qui se battent à leur façon pour que vive la poésie, pour que les poètes trouvent un accueil, une tribune. Voilà…

 

Vient de paraître…

Claude Cailleau, un parcours littéraire atypique,

451ème Encres Vives

 

Atypique, oui, on peut dire qu’il l’est, ce parcours. À 20 ans, Cl. Cailleau est accueilli dans les Cahiers des Saisons, revue de Jacques Brenner, qui paraissait aux Éditions Julliard. Une dizaine d’années plus tard, il publie, toujours aux Éd. Julliard, un roman, Stef et les goélands, couronné par l’Académie Française et dont des extraits paraissent dans Océan d’Armorique, une anthologie aux Éd.  Hachette. Puis il se tait pendant 27 ans, brûle son journal, avant de recommencer à publier de la poésie, un roman, une biographie de Pierre Reverdy, une anthologie personnelle, un récit, etc. Et de créer une revue littéraire, Les Cahiers de la rue Ventura !

Banal, tout cela, direz-vous. Peut-être. Ce qui l’est moins, ce sont ces échanges (rencontres, correspondances) qu’il a eus de façon suivie avec de grands écrivains du 20ème siècle : Roger Martin du Gard, Prix Nobel de littérature 1937, Marcel Arland, rédacteur en chef  de la NRF jusqu’en 1977, Henri Troyat, Hervé Bazin, Julien Gracq, Jacques Brosse, Jean Joubert et beaucoup d’autres.

Un parcours que vous pourrez suivre dans ce 451ème Encres Vives, jalonné de confidences de l’auteur, d’un choix de ses poèmes et textes divers, de regards amis sur l’œuvre de ce passionné de littérature.

 

Si vous êtes intéressé, vous pouvez commander ce Cahier à

 

Michel Cosem – Encres Vives – 2 allée des Allobroges –

31770 COLOMIERS (chèque de 6,10 €)

 

ou, pour une petite dédicace, à

 

Les Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura –

72300 SABLÉ-SUR-SARTHE

(chèque à l’ordre des Amis de la rue Ventura)

Montant du chèque : 6,10 € (le port est offert)

 

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Michel Tournier nous a quittés le 18 janvier. Sans le lui avoir dit, j’avais de l’amitié pour cet homme-là, reclus dans son presbytère de Choisel, en contrebas du cimetière du village. Ne raconte-t-il pas dans Petites Proses qu’un jour une partie du mur s’effondra et « par une ouverture béante un flot de terre noire et gluante envahissait le jardin. » L’auteur alors de se demander : « Y avait-il des tibias et des crânes ? »

Plus que ses romans – de grands classiques – ce sont ses ouvrages autobiographiques que je retiens. Ils sont là, derrière moi, tout proches, quand je m’assieds à mon bureau. Son Journal extime (qui a quand même quelque chose d’intime), Célébrations, sous-titré « Essais » et dont on retrouve des fragments dans Lieux dits, publié en Folio. Je me souviens qu’il nous avait écrit (je pense que je retrouverais la lettre en fouillant bien dans mes archives) qu’il n’avait fait qu’un essai d’écriture autobiographique, dans Le Vent Paraclet. Mais c’était au début des années 80. Il ajoutait que Le Vent Paraclet était un livre raté !

Michel Tournier a beaucoup échangé avec les élèves de mes ateliers littéraires. Il nous envoyait de temps en temps des cartes postales. Au recto : sa photo, et au verso de petits messages amicaux. À mes élèves qui lui demandaient une petite bio, il avait répondu : « Michel Tournier, né en 1924, mort en 2000 ». Et de donner comme explication : « Mon grand-père est mort à 76 ans ; mon père est mort à 76 ans. Je mourrai à 76 ans ». Apparemment, le destin n’aime pas qu’on décide à sa place : son temps sur terre a été prolongé de 15 ans ! D’ailleurs, en 2010, il écrivait : « Je ne me suiciderai pas, mais je trouve que j’ai déjà beaucoup trop vécu ».

C’est Tournier qui confiait à un journaliste préférer, dans l’œuvre de Jules Verne Les Indes noires – un livre étrange dont l’action se déroule sous terre, dans une mine désaffectée. Il y a là, au fond, une sorte de clairière (c’est le terme employé dans le livre) où se dresse une maison encore habitée. Vous avez bien lu : au fond, je ne sais plus, à peut-être 100 mètres de profondeur ; et des événements étranges qui se produisent, une présence qui inquiète les habitants. Je n’en dirai pas plus, mon souvenir est trop lointain, trop flou. Mais le livre mérite vraiment une lecture. Il me fascinait, dans ma lointaine adolescence. Je l’ai écrit à Tournier, il y a deux ou trois ans. Il ne m’a pas répondu. Trop vieux, sans doute, pour avoir envie de reprendre un échange. Je ne l’intéressais plus.

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Il a neigé ce matin. J’ai eu envie de fixer ce moment et de vous en faire profiter. Sur la photo, on voit l’arrière de notre maison, le petite table bistrot devant laquelle je ne m’assieds qu’exceptionnellement pour prendre mon goûter (la rue, bruyante, est proche) et le toit bien enneigé de la niche dans laquelle aucun de nos chiens n’a voulu entrer ! Je l’avais pourtant bien isolée : shingles sur le toit, polystyrène sur les parois et au plafond, moquette sur le plancher. Un exemple de ces travaux que l’on fait un jour et qui ne servent à rien…

La fin de quoi ? annonçais-je dans le sommaire de cette page. La fin, pour moi, de la poésie. Je me rappelle une des dernières lettres de Bernard Delvaille : « La poésie m’ennuie » ! L’auteur de « Mille et cent ans de poésie française», une belle anthologie – une des plus intéressantes – parue chez Laffont, avouait une lassitude, de poète et de lecteur, qu’il m’arrive parfois d’éprouver. Découragement de n’avoir pu être plus convaincant…

Sur le 451ème Encres Vives qui vient de paraître, un ami m’écrit : « C’est une belle récapitulation de ton parcours littéraire, en effet très atypique mais humainement et artistiquement passionnant. Reste pour moi (et d’autres, je suppose) le mystère de ta cessation d’écriture, sur laquelle tu demeures étrangement bien silencieux. » Et l’ami auteur de ces lignes a écrit sur l’enveloppe, entre mon nom et le nom de ma rue, en rouge, le mot POÈTE.

C’est vrai, je n’ai pas envie d’en dire plus. J’ai gardé, depuis 1972, le silence sur une première décision de ne plus publier. La vraie raison de cet abandon de la poésie restera sans doute un mystère pour mes amis. Qu’importe ! Ce serait me donner beaucoup d’importance que de croire qu’une explication changerait quelque chose à la vie de mes lecteurs. Je me tairai donc. Mais quand j’essaie d’éclairer mon paysage poétique personnel, je me dis qu’il manque à mes théories sur l’écriture de la poésie une concrétisation, pour tenter de justifier mes choix. De nouveau, certains vont penser que je me donne beaucoup d’importance ; c’est sûr, j’ai trop parlé de poésie sur ce blog. Tant pis ! J’ai passé une partie de ma vie, dans mon métier et en dehors, à essayer de convaincre. J’irai jusqu’au bout. J’ai sur mon bureau une quarantaine de « petites proses » coulées dans une écriture que je crois « poétique ». J’aimerais prouver que la poésie n’a pas besoin du vers pour être. Quel prétentieux je suis ! Je me contente actuellement de les relire, ces petites proses. J’avoue y trouver un certain plaisir. C’est déjà beaucoup…

On a d’heureuses surprises dans une vie consacrée à la poésie : alors que je me prépare à clore ce message, m’arrive par facebook le message d’un lecteur de mon 451ème Encres Vives. «Ayant lu votre dernière parution chez Encres Vives, je découvre que nous avons quelques points communs (et il les énumère ; en effet nous avons eu « des vies parallèles ») … votre style poétique m’est entré tout de suite en résonance », écrit mon correspondant. Je me suis empressé de répondre.

« On n’écrit pas pour soi, on n’écrit pas pour les autres, on écrit aux autres, bien qu’on ne sache pas exactement à qui… »(Pierre Reverdy)

Il arrive qu’on le sache et la poésie devient partage.

Prenez soin de vous et rappelez-vous :

Pour envoyer des textes à la revue

 < jm.alfroy@orange.fr >

Pour s’abonner ou commander un numéro :

< amis.rueventura@hotmail.com >

 

( 10 janvier, 2016 )

Jean Joubert nous a quittés.

Le 28 novembre 2015, Jean Joubert s’est éclipsé avec une telle discrétion que  beaucoup de ses lecteurs n’eurent pas connaissance de sa mort. Le silence s’installe vite et couvre l’œuvre d’un voile d’oubli. Jean Joubert le savait, qui se battait, à sa façon, pour que ses livres rencontrent leurs lecteurs. Je l’ai connu présent dans les établissements scolaires, les salons, les lieux de lecture.

Pendant plus de vingt ans, j’ai beaucoup échangé avec cet homme affable qui ne se dérobait jamais à une invitation et qui a toujours répondu aux sollicitations de mes élèves.

Quand j’ai créé les Cahiers de la rue Ventura (pour rendre hommage à MES écrivains), il m’a paru normal, bien qu’il fût encore vivant, de lui consacrer un dossier. Vous le retrouverez dans le n° 4, auquel ont collaboré Jean Chatard, Gérard Cléry, Michel Cosem, Jean-Paul Giraux, Georges Jean, Béatrice Libert, Jacques Lovichi, Jean-Pierre Thuillat, Jean-Max Tixier.

Aujourd’hui, l’hommage que je veux lui rendre sera nourri de deux textes extraits du Cahier n° 4, mais aussi de fragments de notre correspondance et de poèmes (alors inédits) qu’il m’envoyait de temps en temps pour marquer un événement qui nous touchait l’un et l’autre, ou un début d’année.

À partir de 1999, il a suivi mon modeste travail d’écrivain et me donnait régulièrement ses impressions à la lecture de mes livres. Puis la vie, le temps, ont fait que nos échanges se sont espacés. Je me préparais à reprendre contact quand la mort est venue me rappeler que nous ne sommes que des passants sur cette terre. Seuls maintenant les livres de Jean Joubert continueront de nous entraîner sur ses chemins d’ombre et de lumière.

Dans l’ordre, donc, sur cette page du blog :

En compagnie de Jean Joubert (Cl. C.  dans le cahier n° 4),

Les maisons de Jean Joubert (Cahier 4),

Un portrait de l’écrivain par Louis Hubert paru dans le Cahier 4,

Deux de ces poèmes qu’il m’envoyait de temps en temps, par amitié,

Quelques extraits de lettres dans lesquelles il me parlait de mes livres,

Un dernier poème, manuscrit, dont la dédicace m’avait beaucoup touché.

En compagnie de Jean Joubert…

Je n’entreprendrai pas de vous raconter la vie de Jean Joubert. D’autres l’ont fait, mieux que je ne saurais le faire. Je voudrais plutôt évoquer la découverte progressive d’une œuvre qui a marqué mes jours et qui continue d’accompagner mon cheminement de lecteur. Le poète,  je pris rendez-vous avec lui (je veux dire avec son œuvre) dès 1959, en achetant ces Poèmes d’absence, qui venaient de paraître dans la collection jeune poésie nrf. J’avais manqué un premier rendez-vous, avec Les Lignes de la main, un recueil paru chez Seghers, qui fut très vite honoré du Prix Antonin Artaud.

Les Poèmes d’absence – « recueil devenu rare avec le temps, mais la poésie est à la fois dans le temps et hors du temps », écrit Jean Joubert en 1993 lorsque je lui présente le petit livre à la couverture blanche et bleue sur laquelle le titre a la couleur du sang – il suffit de lire la table des matières pour y découvrir une bonne partie des thèmes que le poète allait développer dans son œuvre poétique, avec au centre du livre cette Planète de la solitude où « rien ne nous désespère / Plus que l’exil aux portes du matin ». Et déjà cette quête de l’être en soi qui dicte les mots que la main recueille. Je ne fus pas étonné de le voir affirmer dans L’Ecole des lettres, à la fin des années 80 : « J’ai parfois le sentiment, de manière certes irrationnelle, que je n’ai pas vraiment choisi d’écrire tel livre, mais que c’est le livre qui a choisi de s’écrire en moi. »

Je n’ai jamais cessé (il ne le savait pas encore) de lire les poèmes que Jean Joubert semait sur sa route d’écrivain, comme les stations d’un chemin où l’on s’arrête un moment, avant de repartir vers d’autres investigations, d’autres découvertes. Recueils qu’il groupait, qu’il groupe de temps en temps dans des livres (ainsi procédait Reverdy) comme pour éclairer le fil directeur d’une œuvre. Poèmes qu’il lui est arrivé aussi de sélectionner, en 1997, dans son Anthologie personnelle, en avouant : « telle est … la trace que … j’aimerais laisser, en sachant qu’elle est hypothétique et sans doute fragile, comme le papier qui lui sert de support. »

Dans l’œuvre de Jean Joubert, très vite vint s’ajouter à la poésie une autre forme d’exploration de l’être, des êtres : le roman. Lecteur curieux, indiscret même, je suis toujours à l’affût des signes qui vont me révéler la personnalité de l’écrivain.  Un romancier  met  beaucoup  de  lui dans ses livres, ne serait-ce déjà que dans le choix du cadre où il fait évoluer ses personnages. Je n’ai pas été attentif aux premiers romans de Jean Joubert, sans doute trop occupé par ma tâche de professeur. C’est lorsque le sud commence à s’imposer dans l’écriture du romancier que je suis devenu sensible à l’ensemble de ses écrits. Le sud m’a toujours attiré, moi, l’homme du nord, selon Reverdy. « Les données d’un lieu, d’une saison, rejoignent les fatalités intérieures des êtres qui s’y déplacent », écrit Pierre Kyria en 1969, à propos de La Forêt blanche, roman dont le cadre n’est pas le sud mais la Forêt Noire ; le propos me paraît pouvoir s’appliquer aux romans qui suivront.

C’est le Prix Renaudot qui, venant couronner L’Homme de sable en 1975, a attiré mon attention sur ces livres que le poète publiait, parallèlement à ses recueils. On a dit que, dans ses romans, l’auteur a essayé « de transposer son expérience de l’écriture poétique », d’y mêler, d’y fondre réel et imaginaire. Certes. Je suis volontiers Michel Cosem quand il écrit : « Chaque fois que le roman se repose, que l’aventure humaine se ralentit, Jean Joubert laisse courir sur les choses le  regard d’un vrai poète ». Et lorsqu’il ajoute que c’est en choisissant d’écrire pour la jeunesse que Jean Joubert a pu vraiment faire entrer la poésie dans le roman.

Un bon livre pour adulte peut être lu par des jeunes, affirme Michel Tournier. Pourquoi l’inverse ne serait-il pas vrai ? Car tel est le cas des Enfants de Noé, qui reçoit en 1988 le Prix de la Fondation de France pour le meilleur roman pour la jeunesse. Jean Joubert a bien raison de classer ce livre parmi ses romans. En 1993, il me dédicaçait mon exemplaire en ces termes : « Pour Cl. C. cette reprise moderne d’un thème antique, Les Enfants de Noé prisonniers d’un déluge blanc ». Roman d’anticipation, récit d’aventures, fable écologique (nous dit le texte de dos), ce pur chef-d’œuvre, que j’ai découvert à 50 ans, a occupé nombre de mes soirées de l’hiver 88 ou 89. J’aime à lire et relire ces livres dans lesquels on entre un peu plus à chaque relecture. Ce roman, il me faudrait des pages  pour en parler. À chaque fois que je l’ouvre, le plaisir du lecteur revient, que j’aimerais analyser, si la place ne me manquait.

Dans les ouvrages en prose de Jean Joubert, il faut distinguer Les Sabots rouges, paru chez Grasset en 1979. De tous les livres de l’auteur, celui dont je suis le plus proche. Récit autobiographique qui commence par cette phrase : « Mon père est mort il y a trois semaines » (l’auteur est revenu  dans  le  Gâtinais de son enfance)  et  se termine ainsi : « …puis je pousserai la porte de la maison » (celle du sud, dans le petit village où il a décidé de vivre). Entre les deux événements, il y a une quête, celle d’une époque lointaine et des êtres dont ne reste que le souvenir. Et Matthieu Galey : « Jean Joubert a le don d’écouter le quotidien ». Quant à l’auteur : « Ce livre, je l’ai placé sous le signe du cœur. J’en prends le risque ».

Michel Cosem, qui a consacré un livre à son ami dans la collection « Visages de ce temps », aux Editions du Rouergue, terminait ainsi l’un des chapitres : « Jean Joubert est une des voix les plus authentiques de la littérature de cette fin de siècle. Son message est proche de nous, il est à la fois singulier et universel. L’œuvre de Jean Joubert n’est pas non plus terminée. À n’en pas douter, elle nous réserve encore de belles surprises ».

Qu’ajouter à ces propos, qui sont toujours d’actualité ? Je vous invite à une promenade dans son œuvre, en compagnie de ses amis.

                  Sablé, 17 avril 2009, Claude Cailleau

 

La Maison, pour Jean Joubert

À Ingrandes-sur Loire, au début des années 1990, mes élèves et moi, nous nous intéressions aux maisons d’écrivains (toujours chez moi le besoin de connaître l’homme qui se cache derrière le livre et l’envie de partager cette passion avec les adolescents qui m’entouraient). Pour mes élèves, Jean Joubert  avait rédigé ce texte auquel il n’avait pas donné de titre.

 

J’ai toujours aimé les maisons : maison natale d’abord, dans un Loiret de brumes, d’eaux lentes, de forêts, mais aussi, pendant les années d’errance, les maisons diverses, souvent dans des terres étrangères, qui ne furent, à vrai dire, que des amours fugaces. Puis – coup de foudre – dans la garrigue languedocienne, au nord de Montpellier, ce petit mas à l’abandon qu’il me fallut patiemment restaurer et ramener à la vie. Il était là, depuis des siècles, à l’entrée d’un minuscule village, au pied d’une colline qui l’abrite du vent du nord : logis de paysan, flanqué d’un potager, d’une vigne et de cyprès que le mistral chahute. Avec ses murs blanchis à la chaux, ses poutres grossières, ses dalles de pierre ou de terre cuite, sa grande cheminée carrelée de rouge où, de part et d’autre de l’âtre, on peut s’asseoir, il possède la beauté rustique et la simplicité qui plus que tout me plaisent. Le confort moderne, qu’il a bien fallu y introduire, est resté discret et n’a pas détruit l’esprit du lieu.

C’est là que je vis, avec ma famille, depuis vingt-cinq années. C’est là que j’écris, dans ma bibliothèque, que je nomme plutôt mon atelier : une ancienne grange, maintenant tapissée de livres, avec une table de ferme où peu à peu s’élève un rempart de papiers, dans le désordre apparent qui est celui des vrais chantiers littéraires. Une fenêtre donne sur le jardin, l’autre sur le verger : un monde d’oiseaux, d’insectes, de verdure et de soleil. Silence, solitude, spectacle renouvelé des saisons.

Naturellement cette maison est entrée dans mes livres. Elle est le décor – et, plus que le décor, un personnage – de l’un de mes romans, Un bon sauvage ; elle apparaît également dans certains chapitres d’un autre roman, Le Lézard grec, et la grande pièce commune m’a même servi de modèle, avec les transpositions nécessaires, pour celle du chalet, dans Les Enfants de Noé. De temps à autre, cette maison se glisse aussi dans mes poèmes. Pour peu que je voyage, son image m’accompagne comme un viatique, à la fois paisible et rassurant, qui peu à peu s’imprègne de nostalgie.

                                                                                                        Jean Joubert (1991)

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En 1996, Jean Joubert m’envoyait ce poème extrait de « Mauvais temps sur la terre », paru à l’Arbre à Paroles…

 

Et toi, veilleur à la frontière

où luttent embrassés l’ange et la bête,

l’un de lumière et l’autre qui grimace,

qu’as-tu saisi qui ne fût pas douleur ?

 

La vitre un peu se teinte de clarté

mais c’est la nuit encore sur la terre,

une nuit moins opaque à peine, qui défaille,

et tu voudrais que cesse cette guerre

et que la boue s’efface où la bête grogne.

 

N’as-tu pas  douté, dans la nuit du cœur,

que puisse à nouveau se pencher vers toi

l’aube pacifiée d’un visage ?

 

Dans le vitrail que le premier soleil colore

on dirait soudain que l’ange va sourire

et que s’essouffle et bronche la bête.

Jean Joubert

 

J’aime ce poème pour la place insolite que viennent prendre parfois les mots, et le vers soudain devient musique. Pour son atmosphère aussi, mi-rêve, mi-réalité  – sombre un peu mais qui laisse au « veilleur » que je suis souvent la promesse d’une aube. De quoi est fait, dites-moi, ce besoin d’entrer dans le poème en allant au-delà des mots ?

 

Quant au second, il me fut envoyé au cours de l’été 2001, avec l’indication « Inédit » et, en tête : Pour Claude Cailleau (signature et dédicace manuscrites)

 

Le soir, l’été

 

Derrière la maison, sous la treille,

la nuit caresse les roseaux

et la lune sur le cyprès

est l’œil écarquillé du monde.

Les enfants, là-bas, dans la pinède,

disent leur « prière indienne »

avec plutôt vociférations de coyotes et de loups.

Entre les troncs des arbres

la lueur d’une torche électrique voyage.

Accoudé à la table,

je bois un alcool blanc

non pas indien mais grec.

Le jour franchi par des chemins tortueux

s’achève dans la paix.

Salut à vous, étoiles vigilantes,

et à toi mon étoile, perdue dans cette foule.

Peut-être un dieu, invisible, muet,

est-il penché à son balcon de brume.

« Un hérisson ! » crient soudain les enfants,

et, près du tas de bois, replié, immobile,

je reconnais le gentil compagnon du printemps.

« Au lit, enfants, n’effrayez pas ce visiteur nocturne,

respectez son errance sous le regard paisible de la lune ».

 

Jean Joubert

 

J’ai gardé précieusement ce poème, avec l’impression qu’il avait été écrit pour moi, pour me faire partager la paix de cette soirée, dans le petit village de la garrigue languedocienne – paix d’un silence habité, dans un univers de poète.

 

Et maintenant, quelques fragments de lettres dans lesquelles Jean Joubert me parle de mes livres avec amitié… Une parenthèse encore, avant de les citer ; à la fin d’une lettre de 4 pages, le 15 octobre 2008, Jean Joubert me demandait : « Pourquoi annoncez-vous, en mars 2007, que vous n’écrirez plus de poésie ? J’espère que la poésie a été la plus forte et qu’elle continue de vous  inspirer » ! Il faut croire qu’elle fut la plus forte en ce temps-là. Le sera-t-elle encore en 2016 ?

 

Déjà, le 4 novembre, Jean Joubert m’écrivait : « … le n° 67 de Friches où j’ai eu le plaisir de lire vos poèmes. Les thèmes que vous abordez me sont proches, vous le savez : l’enfance, l’absence, le souvenir, des paysages inoubliés… Je reconnais même l’image de la vitre, à la fois ouverture sur le monde extérieur et lieu de reflets comme un miroir… »

Et, en 2001, le 26 novembre : « J’ai apprécié vos poèmes. Les extraits de « Échos du paysage » ont le charme nostalgique des petits paradis perdus… Les autres poèmes, destinés aux enfants passent bien la rampe, ils sont lumineux. Parfois un peu trop explicatifs, m’a-t-il semblé. C’est la part de mystère qui souvent nous captive. »

En 2008, ayant lu mon « Histoire du poème » qui allait figurer en introduction de mon livre « Le Roman achevé », il m’écrit : « Vous y exposez avec beaucoup de précision et de finesse la genèse de votre long poème. Et, ce faisant, vous mettez en lumière d’une façon plus générale les différentes phases de l’aventure poétique. Oui, à quelques nuances près, je reconnais bien ma propre démarche, de l’instant où (après un cheminement secret) le poème « frappe à la vitre » (André Breton) jusqu’à celui où il est publié… »

Il y eut, entre nous, beaucoup d’échanges sur nos travaux. Je veux citer encore celui du 8 février 1999, des fragments d’une lettre dans laquelle il me parle de Stef : « J’ai lu avec un grand plaisir votre roman « Stef et les goélands »… Je m ‘étonne que vous n’ayez pas continué dans cette voie. Les personnages sont attachants, l’intrigue bien menée, et vous faites de ce jeune adolescent à problèmes un portrait fort juste et nuancé. Il y a, dans ce récit, un aspect social, mais vous évitez l’écueil du populisme, car c’est encore en poète que vous écrivez, plus attentif à montrer  qu’à démontrer. J’ai particulièrement apprécié votre technique narrative qui utilise le langage familier, des glissements chronologiques (passé, présent, futur), et de personnage en personnage, du réel dans la rêverie. J’ai noté aussi que vous ne donnez pas de repères géographiques, même s’il est évident qu’il s’agit de la Bretagne. … J’aime beaucoup l’atmosphère de sensualité qui entoure les personnages de Stef, Mâram, Patrick et Nine. Je parlerais même d’une sorte d’érotisme, traité de façon pudique : peut-être de « l’érotisme voilé » cher à André Breton. Là encore on perçoit la sensibilité et la subtilité d’un poète. La conclusion m’a laissé un peu perplexe : plus symbolique que réaliste, m’a-t-il semblé. J’ai l’impression que vous avez eu quelques difficultés à trouver une fin. Mais là encore il faut reconnaître que vous ménagez une ouverture… »

Et, dans la même lettre, plus loin : « J’ai reçu deux publications dans lesquelles vous êtes présent. Hasard ? Hasard objectif ? (Encore Breton). Je crois aux « signes », ils éclairent ma route…. un poème et une photo de Stef dans les Cahiers de la Baule, un autre poème, dédié à Reverdy, dans les Cahiers de l’Archipel, que dirige mon vieil ami André Marissel. Ce dernier texte, dans sa sobriété et la sympathie qu’il manifeste m’a particulièrement touché. Je vous souhaite de continuer, avec bonheur et passion toujours, dans le domaine de la poésie… »

Voilà. J’ai fait, dans ma longue vie, de belles rencontres. Jean Joubert faisait (fait toujours) partie des écrivains qui accompagnent mes jours de lecteur. Je l’ai dit quelque part sur facebook : curieusement, ce sont ses « Enfants de Noé » qui m’ont habité le plus longtemps. Sur un de mes exemplaires, Jean Joubert a écrit : « Pour Claude Cailleau, cette reprise moderne d’un thème antique, les enfants de Noé, prisonniers d’un déluge blanc » (la neige qui est tombée en abondance, ensevelissant les maisons jusqu’au toit, bloquant toutes les ouvertures, empêchant les habitants de sortir).

Au dos du livre on peut lire : « Roman d’anticipation, récit d’aventures, fable écologique, ce livre est aussi une méditation sur la fragilité du monde où nous vivons ».

Lisez Les Enfants de Noé. Vous ne serez pas déçu. Et pour un moment vous ferez revivre le poète.

un jour encore

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