( 21 décembre, 2011 )

Un poète invité : Jean Joubert

  Un poète invité : Jean Joubert Jean-Joubert-202x300                     

Jean Joubert est dessiné par Louis Hubert

 

Pour finir aujourd’hui là où je pensais commencer…

Quand j’ai ouvert ce blog, c’était pour parler de la Revue, mais aussi des poètes qui accompagnent mes jours. Pour assurer une présence de la poésie dans ces pages qui, sans eux, seraient bien austères.

Mon premier invité sera Jean Joubert – qui a accepté gentiment de m’envoyer des poèmes. Ceux qui suivent sont libres de tous droits, sauf l’un d’entre eux que je reproduis ici avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.

 

J’entends, ce soir,

l’appel des loups de la forêt  d’enfance

où rôdent dans la brume leurs fantômes.

Sous une lune pleine s’éveille leur clameur

d’alarme et de famine.

Avec chaînes et cordes

les portes sont fermées,

les armes luisent,

les chiens veillent dans les enclos.

L’aïeule dans la cuisine

parle d’hiver jadis dans la neige et le gel

et des sombres tueurs soufflant autour  des granges

où bêlaient la peur et le froid.

Ses paroles, pour les enfants,

tissent la toile des légendes,

et c’est un loup géant

qui, dans les nuits, ravage leur  sommeil.

Mais me voici, dans l’âge,

enfin réconcilié avec la Bête.

Je salue l’ardente présence

- force et splendeur  -

dans la justice du poème.

 

Jean  Joubert

 

***

 

Un jour encore nous  est donné :

un jour et sa parole d’aube,

ses lèvres d’or sur les collines.

 

Un jour encore.

Qui remercier ?

Le ciel est vide,  l’oreille close,

les ancêtres serrés  dans leur étau de terre,

 

mais devant nous la terre est là

comme une paume ouverte

où brille la rosée,

 

comme une plage de lumière vers nous tendue,

vers nous qui souvent courtisons

les tourbes de la nuit.

 

Un jour encore.

Qui remercier ?

Remercions cette main de terre vers nous tendue

et, au delà, le corps immense deviné

dans la brume qui se déchire.

 

Ce sont l’écoute,

la ferveur

et la louange

qui nous sauvent.

 

Jean Joubert

(In « Etat d’urgence » – Editinter)

 

***

Ami du rat,

comme lui je dévore

les livres.

 

***

A l’entrée du cimetière,

assis sur la première tombe,

un chat noir me regarde.

 

***

Sur le sable du rivage,

parmi cent mouches vivantes,

une mouette morte.

 

***

Nuit d’hiver.

Dans la lueur des phares,

un lapin aux yeux rouges.

 

***

Hagarde, au coin du bois,

elle m’attend,

la pleine lune.

 

***

Silence du soir.

Sur l’ombre d’une branche,

l’ombre d’un oiseau.

 

***

Gémissante tourterelle,

oiseau d’amour,

plaisir perdu.

 

***

A la cime des sapins,

il chahute avec les branches,

le vent d’automne.

 

***

Soir de septembre.

Sur l’eau du lac,

la première feuille morte.

 

***

Forge fantôme.

Sur une enclume d’air,

le marteau du vent.

 

Jean Joubert

 

***

 

Celui qui marche dans la boue

n’y verra jamais que son ombre.

 

Celui qui marche sur le sable

parlera langage d’oiseau

 

Celui qui marche sur les eaux

dialogue avec les étoiles.

 

Jean Joubert

 

 

Aux amis de la poésie (et des Cahiers)

 

                        Bonnes fêtes de fin d’année !

 

Je reviens vers vous dans quelques jours…

 

1 Commentaire à “ Un poète invité : Jean Joubert ” »

  1. Certain dit :

    Je ne connaissais pas Jean Joubert. Belle découverte !!!!

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|