( 5 mai, 2014 )

La lettre de mai 2014…

Rappel :

Si vous souhaitez nous proposer des textes pour la revue, vous devez les adresser au rédacteur en chef :

Jean-Marie Alfroy  – 6 rue du Nivernais  – 18000  BOURGES

jm.alfroy@orange.fr

Les commandes et les abonnements sont toujours reçus chez

Les Amis de la rue Ventura

9 rue Lino Ventura

72300  SABLÉ-SUR-SARTHE

 

Et  maintenant, si vous avez un peu de temps, voici, rédigé, un entretien qu’on peut encore entendre, avec les imperfections du direct, sur RCF61 (émission « Dieu écoute les poètes »)

 

Roland Nadaus :

1 …Claude Cailleau, vous êtes romancier, poète, essayiste et vous animez une revue littéraire : Où puisez-vous cette énergie ?

L’âge, cher ami. L’âge. J’ai 77 ans. Autant dire que la vie est un chemin dont je commence à entrevoir la fin. Pas de mélancolie. Non, seulement du réalisme. À mon âge, on se sent un peu pressé par le temps.

Le temps est au centre de ma recherche en littérature.

Mes grands-parents sont morts avant d’avoir atteint 60 ans ; mes parents un peu avant 80 ans ; Dans la logique des choses, pour moi, l’issue devrait se situer peu avant 100 ans. Vous voyez que je suis optimiste. Mais je me sens un peu pressé :

J’ai encore beaucoup de livres à écrire.

Je travaille de 10h à 19 h tous les jours. Je suis en cela les conseils de Georges Jean, qui fut mon professeur dans les années 50. A 90 ans, il me disait encore : « je prépare une conférence sur Le Clézio. Ecrire fait travailler les neurones ».

J’ai enseigné pendant 41 ans. J’aimais passionnément mon métier. Mais je suis passé à la retraite sans regrets excessifs. À la fin, je m’entendais plutôt bien avec mes élèves mais le métier est dévoreur de temps, contrairement à ce que certains pensent, et stressant, terriblement.

La retraite venue, j’ai eu plus de liberté, mais je  travaille autant.

Quand on gère une revue, le travail est permanent.

Le courrier, le téléphone, l’enregistrement des textes, la préparation des dossiers sur les écrivains, du contenu des numéros (parce que je ne me contente pas, comme certains, de publier des poèmes de la première à la dernière page) tout cela prend du temps.

Heureusement, ma femme m’aide dans ce travail. Sans elle, pas de revue.

Il me reste chaque jour quelques heures pour moi, je veux dire pour mes travaux d’écriture… des articles pour des revues, des recherches pour un roman en cours, mon journal (quand je trouve le temps) et la poésie (j’ai toujours un ou deux poèmes sur l’établi, qui s’étoffent, se modifient : je suis de naturel perfectionniste.

Quant aux trois publications de cette année 2013,

 Je sais : trois livres en 5 mois, c’est trop. L’événement m’a un peu cassé, ce qui fait que je n’ai pas fait au dernier la publicité qu’il aurait fallu. Vous le savez comme moi, on envoie les tapuscrits aux éditeurs ; ensuite on n’est plus maître des événements. C’est eux qui décident des dates de parution.

Heureusement, avec Internet, le livre se vend presque tout seul.

Des trois livres il faut dire aussi que deux d’entre eux sont des regroupements de textes parus en revues dans la dernière décennie.

« Cocktail de vie », chez Éditinter, est une anthologie  personnelle : je n’ai eu qu’à faire un choix et organiser l’ensemble avec de brefs textes pour introduire les fragments choisis, ou les commenter.

« Sur les Feuilles du temps » (chez Écho Optique)regroupe des poèmes parus dans les revues Multiples, 7 à dire et Pages insulaires depuis l’an 2000.

Seul le récit « Et je marche près d’Elle », paru aux éditions Durand-Peyroles, est une création pure. Un gros travail qui marque l’aboutissement de ma recherche sur l’écriture romanesque.

2 Vous avez été professeur de lettres et vous avez animé des ateliers littéraires en milieu scolaire. Pouvez-vous évoquer cette période importante de votre vie ?

On n’enseigne pas pendant des décennies sans ressentir comme une contrainte la rigidité des programmes. En collège, vous ne travaillez que sur 4 niveaux, avec des œuvres imposées qui changent peu (en 4ème, vous ne pouvez échapper au Cid, à l’Avare ; en 3ème, à Horace, à Andromaque et aux Femmes savantes) au bout d’un moment, vous avez l’impression de tourner en rond.

Les élèves changent. Pas les textes.

Ce que vous avez envie d’améliorer, d’enrichir, aussi, au bout d’un certain temps, c’est la relation avec l’élève.

Je voulais que les ados et moi, nous ayons les mêmes objectifs, que nous marchions du même pas vers quelque chose que nous aurions défini ensemble. Avec toujours, inavoué, le désir de les faire lire.

La première activité que je leur ai proposée était l’enregistrement de livres pour des classes d’enfants aveugles.

Je voulais que des enfants parlent à d’autres enfants qui n’étaient pas aussi favorisés qu’eux. Le résultat a dépassé mes espérances. Les journaux, la télé se sont intéressés à nous ; c’était gratifiant pour les élèves. Nous avons eu droit à une belle publicité.

Mes ateliers reposaient aussi sur une correspondance suivie avec les écrivains.

A Ingrandes sur Loire, en 90-91, nous avons menée une grande enquête sur la poésie. Plus de cent poètes nous ont répondu.

Nous avons créé une revue pour présenter  ces réponse et des inédits que nous ont confiés les poètes.

Et pas n’importe qui : nous avons publié des poèmes ou proses  de Yves Bonnefoy, Jean-Claude Renard, Philippe Jaccottet, Jean Grosjean, Franck Venailles, Emmanuel Hocquart, Claude Roy, Hervé Bazin, Andrée Chedid, Guillevic, et beaucoup d’autres.

A propos du n° 2 de la revue d’Ingrandes, un auteur nous a dit que notre sommaire était plus prestigieux que celui de la NRF ! Et c’était vrai.

Mais je disais toujours aux élèves qu’on ne peut pas écrire à un poète si on n’a pas lu ses livres. D’où une frénésie de lecture chez les jeunes qui venaient à ces ateliers.

Pour eux comme pour moi, de beaux moments de partage.

3 Vous êtes romancier et votre roman « Stef et les Goélands » paru aux Éditions Julliard, a été couronné par l’Académie Française ; cependant c’est bien la poésie qui vous habite prioritairement. Quels rapports établissez-vous entre ces deux facettes de votre travail ?

Roman, poésie : tout est lié.

Quand je lis un roman, je cherche toujours l’homme qui se cache derrière les mots, c’est-à-dire l’auteur. L’intrigue, les personnages, tout vient du romancier, si bien qu’on en apprend beaucoup sur lui en lisant son livre.

M’étant toujours intéressé  à mes semblables, je suis un fan d’autobiographie. J’ai travaillé, avec ma femme,  pendant une dizaine d’années dans le cadre de l’association pour l’autobiographie qui recueille et recense des récits de vie qu’elle met à la disposition des chercheurs.

Et j’ai fini par commencer l’écriture de ma propre autobiographie. Ce sont de brefs flashes  de souvenirs. Mais, pour être plus à l’aise, et marquer une distance par rapport à mon sujet,

je l’ai écrite à la 3ème personne. Au lieu de dire « je », je dis « l’enfant », « le jeune homme », « le vieil homme ». Et quand un hebdomadaire m’a proposé de publier ces mémoires en feuilleton,

j’ai pris un pseudonyme, tout en restant dans le cadre de la famille, puisque j’ai signé du prénom et du nom de mon grand-père maternel : François Moreau ; j’ai plaisir à écrire son nom aujourd’hui, parce que lui ne devait pas le faire souvent : il était illettré.

La poésie, pour moi, participe du même mouvement. Ce qui est important dans un poème, c’est le non-dit, ces confidences qui y sont cachées, venues là, parfois, à l’insu du poète.

Confidences que parfois il y a cachées, sans donner toujours toutes les clés qui permettraient au lecteur d’entrer dans son poème par la bonne porte.

Un exemple, tenez…

Dans les années 80, j’avais publié dans Traces, la revue de Lavaur, un poème que j’avais intitulé « Traces », parce qu’on y trouvait les traces qui restaient dans mon souvenir de scènes vécues dans mon enfance. Ces scènes n’étaient pas décrites. Quelques allusions seulement, parce que j’avais travaillé sur les atmosphères.

Mon poème, je le relis et je me dis : je n’ai pas été assez loin. Je l’ai réécrit trois fois, gardant pour chaque strophe le même point de départ. Et la même progression, pour l’ensemble.

Je ne sais pas si ce que je dis est très clair. Mais je me suis trouvé à la tête de quatre poèmes dont les strophes étaient interchangeables, si bien que le lecteur pouvait, comme pour les sonnets de Queneau, par le procédé du patchwork, composer une multitude de poèmes. Le plus curieux, c’est qu’ils  transmettaient tous le même message..

Mais toujours dans le flou de la poésie. Si bien que, lorsque j’ai confié les poèmes à l’artiste qui devait les illustrer, j’ai joint pour chaque strophe le récit de la scène qui en était le point de départ. Afin qu’elle en sache un peu plus.

Comme Nietzsche, je dirais bien que « j’ai toujours mis dans mes écrits toute ma vie et toute ma personne » et que « j’ignore ce que peuvent être des problèmes purement intellectuels ».

Mais je comprends Char qui – selon Paul Veyne – lorsqu’il avait écrit un poème, n’avait de cesse de mettre de l’ombre dans la lumière. « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver » (René Char).

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Parce que c’est ainsi que j’explique mon choix du poème comme premier mode d’expression… à cause de tout ce qu’on peut y dire sans le dire vraiment.

4 On vous l’a souvent demandé, sans doute : comment êtes-vous devenu poète ? Des lectures ? Des rencontres ?

Impossible de dire comment je suis devenu poète. Et le suis-je ?

Une précision : je ne me dis pas poète. J’écris ce que je crois être de la poésie. Mais si vous me dites que je suis poète, je veux bien essayer de vous croire.

Pourquoi cette réserve ? Parce que j’ai vu trop de gens se parer de ce titre, qui écrivaient de la poésie de cuisine, et se disaient poètes, sans se rendre compte qu’ils étaient ridicules.

Je n’ai aucune prétention à commenter cela. J’écris, c’est tout.

Je pense que le point de départ a été la lecture des poètes, le plaisir que j’y trouvais. À 15 ans, du « classique » : Musset, Mallarmé, Valéry. Et l’envie (je sais, ce n’était pas modeste) de les imiter.

Pas de rencontres, pas d’influence, sinon, peut-être, celle de Georges Jean, mon professeur de second cycle, qui nous lisait les poètes contemporains : Eluard, Aragon, Queneau, Cadou… et prônait la concision.

Je me rappelle avec émotion que la meilleure note qu’il ait mise à un de mes devoirs, c’est lorsqu’il nous avait demandé de pasticher des poètes !

5 Vous avez donc fondé une revue, Les Cahiers de la rue Ventura, Pourquoi cette aventure ?

J’ai expliqué sur mon blog (c’est un des premiers textes) pourquoi, en 2008, à 72 ans (il fallait le faire) j’ai créé les Cahiers de la rue Ventura.

Avant le premier numéro d’une revue, il y a toujours une histoire, celle de son créateur.

Mon parcours littéraire commence dans les années 50. Il a été jalonné de publications mais surtout de rencontres, d’échanges avec des écrivains : Roger Martin du Gard, Marcel Arland, Henri Troyat, Hervé Bazin, Julien Gracq. Je ne cite que les plus connus. Il y en eut beaucoup d’autres. Je veux ajouter Jacques Brosse merveilleux écrivain, grand prix de l’Académie Française dans les années 80.  Beaucoup d’autres, bien installés dans le monde des lettres.

Quand j’y pense, je me dis que j’ai eu une chance inouïe que ces grands auteurs s’intéressent à moi. A certains, je n’ai pas osé avouer que j’écrivais aussi. Je me suis présenté seulement comme lecteur.

D’autres au contraire ont été des guides pour le modeste tâcheron des lettres que j’étais.

Ils m’ont tous reçu chez eux, sauf Arland, qui m’accueillait dans son bureau de la NRF (entre 11h et 13h30 ; je me demande à quelle heure il déjeunait).

J’ai bien sûr parlé  d’eux dans des articles qui ont paru dans des journaux, ou des revues. Ce n’était pas suffisant.

J’ai ressenti comme une obligation, un devoir,  le besoin de leur rendre hommage, de leur marquer ma reconnaissance. Hommage posthume souvent ; mais c’était aussi le désir de faire rouvrir leurs livres trop oubliés. Des livres qui m’avaient passionné.

En 2008, donc, j’écris tout seul ( ! ) tous les textes du n° 1 des Cahiers de la rue Ventura consacré à Julien Gracq. Une quarantaine de pages. C’est à la fois modeste et ambitieux.

Puis je fais savoir que j’ai créé une revue. Très vite les amis me rejoignent.

Les auteurs nous envoient des textes. Les abonnements progressent et se stabilisent autour d’une centaine. (Chiffre dépassé aujourd’hui : nous avons 112 lecteurs). Nous tirons chaque numéro à 130 exemplaires, parfois : 150. Le reste se vend dans les salons du livre ou à partir du blog, par relations. Les autres revues parlent de nous. Nous avons été deux fois « la revue du mois » de Décharge.

Ma femme assure le secrétariat. Nous avons maintenant un rédacteur en chef : Jean-Marie Alfroy, un comité de lecture, un illustrateur attitré. Il est discret, mais c’est important, la collaboration d’un artiste.

Dès le début, j’avais en tête une ligne éditoriale précise :

Le contenu de la revue ? On y trouve des dossiers, périodiquement (Deux, déjà, pour 2014 : sur Bernard Grasset et sur Pierre Garnier), de la poésie, des pages d’autobiographie, des chroniques sur les arts. À partir du n° 25, il n’y aura plus de notes de lecture. Seulement une « revue des revues », parce que, dans ces périodiques, c’est « la littérature à l’état naissant » qui s’offre au lecteur, et que j’ai toujours envie de découvrir.

Au bout de 23 numéros, la revue est rodée. Ça fonctionne sans heurts importants. Nous recevons trop de textes, trop de services de presse. C’est la rançon d’un certain succès. Et ce n’est pas agréable d’avoir à rédiger des lettres de refus, pas plus que d’avoir à laisser sur la touche des livres arrivés en S. P. D’où la disparition des notes de lecture.

6 Vous êtes Sarthois mais la Bretagne est très présente dans vos écrits – et donc probablement dans votre vie – Vous pouvez nous en dire plus ?

Je dis souvent que la Bretagne est ma 2ème patrie, bien que mes père, mère et ascendants soient tous nés dans la Sarthe.

Je me suis marié à Port-Louis, petit port situé à l’entrée de la rade de Lorient. Sa citadelle, autrefois, défendait le passage.

Quand nos enfants étaient petits, nous passions là nos vacances d’été. Mon beau-père était percepteur à Port-Louis.

Quand j’ai rédigé mon premier roman, celui qui est paru en 71 chez Julliard, tout de suite j’ai pensé à Port-Louis pour le cadre – même si la ville n’est jamais nommée dans ce livre que j’ai voulu en dehors de toute époque. La quête du bonheur de Stef,  le héros du livre, aurait très bien pu se passer au Moyen-Age.

En revanche, La Bretagne et Port-Louis se retrouvent dans tous mes livres, sauf, évidemment, dans la biographie de Reverdy.

Port-Louis, Stef y erre encore. Il m’arrive de l’y rencontrer sous les traits d’un gamin, en me promenant.

En face du port, il y a l’île Saint-Michel où Yves, le personnage d’un autre de mes romans, s’est caché pour échapper aux gendarmes. Je raconterai un jour l’histoire de cette île qui abrita un prieuré, puis un lazaret ; minée par les allemands et nettoyée après la guerre, elle est toujours propriété de l’armée.

Enfin les personnages de mon récit paru en juin 2013, « Et je marche près d’Elle », vivent à Port-Louis. On s’y promène sur le Chemin du Lohic, le long de la côte ; le mystérieux personnage principal y a un studio face à l’embarcadère de Gâvres. Sur la couverture du livre, en sous-titre, on peut lire : « Retour au Port-Louis ». L’expression se retrouve sous le titre de mon livre « Le Roman achevé ». Il y a dans cette ville de Port-Louis un superbe cimetière marin. Je m’y verrais bien reposer un jour, si je n’étais attaché par toutes mes racines à la terre de mes pères.

7 Quelle question auriez-vous aimé que je vous pose ? Et qu’auriez-vous répondu ?

Deux questions – banales, excusez-moi.

La première ? Comment écrivez-vous ?

Reverdy disait qu’il ne faut pas corriger un poème, qu’on risque de l’abîmer. Cela ne l’a pas empêché de corriger certains de ses poèmes avant des rééditions.. Quand on regarde de près ses corrections, on s’aperçoit qu’elles visent seulement à rendre pairs des vers qui ne le sont pas, soit par ajout d’un ou deux mots, soit en regroupant deux vers en un seul.

Ma méthode est différente. J’explique cela dans l’introduction de mon livre « Le Roman achevé » qui, comme le livre d’Aragon auquel mon titre fait penser, est un poème. J’ai intitulé le texte : « Histoire du poème »

Pour le Roman achevé, donc, j’ai commencé par 16 pages de prose. En les relisant, je me suis aperçu qu’il y avait là un rythme et des images. J’ai mis en vers ces pages de prose. Résultat : cela a donné une cinquantaine de pages. J’y revenais souvent, pour creuser le propos, Je ne retranche jamais, j’ajoute toujours. Cela a donné 113 pages de vers qui ont paru sous forme d’un livre d’artiste avec de très belles illustrations de Marie-Thérèse Mekahli; les 95 exemplaires sont partis très vite et les Éditions du Petit Pavé ont accepté de le publier en édition courante Pour cela, je l’ai entièrement réécrit en versets. Le livre a 92 pages et ne coûte que 8 euros ; Je dis que c’est le livre de poche de la poésie.

Ce travail autour du texte, c’est ce que j’appelle ma petite cuisine. J’explique de temps en temps devant un public comment je travaille et je montre mes manuscrits et tapuscrits. Je ne suis pas comme Julien Gracq qui disait qu’il n’était « pas partisan de faire visiter aux invités les cuisines ». Pour donner un exemple, j’ai toujours été fasciné par les états manuscrits de l’Anabase  de Saint-John Perse. Je les ai longuement étudiés ; c’est passionnant.

La deuxième question, c’est pourquoi écrivez-vous ? Banal, me direz-vous. Un mot, cependant…

Quand j’interviens dans les écoles, et que les élèves me posent cette question, je réponds : pour ne pas mourir.

Roger Martin du Gard écrivait dans son journal que si on fait confiance à sa famille pour survivre, on en a pour 60 ans au plus. Et c’est vrai : qui peut faire le portrait du père de son arrière-grand-père ?

Je me dis qu’un jour, longtemps après ma disparition, il se trouvera bien quelqu’un  pour sortir un  de mes livres d’une bibliothèque et le feuilleter. Alors je revivrai un moment.

Parce que je suis présent dans chacun de mes livres.

Quant aux romans… pourquoi il m’arrive d’en écrire ?

Je pense qu’il serait dommage de ne pas donner à tous les personnages qui m’habitent une chance d’exister. Et en même temps, à moi, une chance d’exister à travers eux, puisqu’ils sont  nés de mes expériences, créés avec le matériau de ma vie.

Rédigé, cet entretien, pour répondre aux questions de Roland Nadaus dans l’émission « Dieu écoute les poètes » sur RCF 61, en septembre 2013, et relu, complété le 10 avril 2014 (alors que je viens d’ajouter une unité au nombre de mes années), pour une publication sur mon blog, à l’adresse des amis qui me suivent  depuis longtemps dans mon travail.

                                                                                                                Claude Cailleau

Sur la photo ci-dessous, l’auteur, lors d’une séance de lecture, quelque part en France. Moment, féerique, de partage avec un public.

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