( 2 juillet, 2014 )

La lettre de juin 2014. Au sommaire…

Un dernier rappel.

Des nouvelles du premier semestre.

Un ultime morceau de bravoure : « Sauver la poésie ! »

Une présence dans l’obscurité du bureau…

Et, pour finir, un salut à l’ami Florent.

 

 

Nouveau rappel, pour le bon fonctionnement des CRV :

Si vous souhaitez nous proposer des textes pour la revue, vous devez les adresser au rédacteur en chef :

Jean-Marie Alfroy  – 6 rue du Nivernais  – 18000  BOURGES

jm.alfroy@orange.fr

Les commandes et les abonnements sont toujours reçus chez

Les Amis de la rue Ventura

9 rue Lino Ventura

72300  SABLÉ-SUR-SARTHE

 

Bonjour à ceux qui ont la curiosité de s’intéresser à mon blog…

Alors que commence le second semestre de 2014, un premier bilan, plutôt satisfaisant…

Le transfert de responsabilités dans le cadre de la Revue s’est bien passé.  Les auteurs ont pris l’habitude d’envoyer leurs textes au rédacteur en chef. Dès le Cahier 25, le sommaire sera entièrement l’œuvre de Jean-Marie Alfroy.

Le Cahier 23 (dossier Bernard Grasset) a connu un beau succès. Le tirage de 160 exemplaires s’épuise peu à peu ; il ne nous reste que quelques exemplaires qui seront sur notre stand à Rochefort.

Pour le 24 ( dossier Pierre Garnier) nous avons augmenté le tirage afin de répondre à la demande des nombreux amis du poète. Le numéro sera aussi au Marché de la Poésie de  Rochefort sur Loire les 5 et 6 juillet. On y honorera Pierre Garnier au bistrot des poètes.

Ne disait-il pas : « Écrire des poèmes, c’est conjurer la mort. Chaque poème m’a toujours semblé une stèle » (propos rapporté par Francis Krembel sur le dépliant du Marché).

 

CRV 24

 

Le dossier : Pierre Garnier

Textes de

Patrice Coadou, Pierre Dhainaut,

François Huglo, Francis Krembel,

Isabelle Krzywkowski, Jacques Lardoux,

Martial Lengellé, Jean-Baptiste Para,

Jean-Louis Rambour, Lucien Wasselin

 

Vers et proses de

Jacques Allemand, Monique Christofilis,

Jacques Lardoux, Khalid El Morabethi,

Geneviève Roch, Françoise Vignet

 

Une page d’enfance de Jean-Pierre Majzer

Des jours entre les mots, de Michel Passelergue

Et la revue des revues

 

 

Après avoir beaucoup écrit et publié, j’ai décidé de ne plus m’aventurer sur les chemins de la poésie. Mon avant-dernier poème vient de paraître dans la revue 7 à dire. Il a pour titre « Miroir brisé » et est dédié à PH. J.  l’étoile discrète ». Ceux qui me suivent depuis un moment devineront qui se cache derrière ces initiales.

Ensuite, il y aura un long poème (encore sur l’établi). Composé d’une seule phrase, cet ultime message en vers s’étire actuellement sur 25 pages ! Un exploit comme un autre. Le plaisir pour l’auteur d’explorer un univers, celui de son temps personnel. En hommage au Maître, je lui donne (provisoirement) pour titre : Mon coup de dés . Lorsqu’il me semblera que je ne peux plus rien pour ce poème, une page sera tournée.

 

Au dernier trimestre de l’année 2013, Claude Vercey posait la question : « Pourquoi aller à la ligne ? » J’aurais voulu réagir ; le temps m’a manqué. Mais, aux commandes d’une revue depuis six ans, j’avais reçu tellement de textes prétendus poèmes par leurs auteurs et qui, pour moi, n’avaient rien à voir avec la poésie, que jour après jour j’ai commencé à écrire…

Le texte, le voilà. Je lui ai donné pour titre

Sauver la poésie ?

 

         – Êtes-vous poète ? lui demandai-je.

         – À plus d’un titre, répondit-il 

                                                 (Claude Vercey)

Quand, en 2008, j’ai créé Les Cahiers de la rue Ventura, je ne pensais pas qu’ils allaient fournir à mes recherches sur l’écriture de la poésie, un prétexte pour tenter d’éclairer ce qui a toujours été pour moi une énigme : quand peut-on dire d’un texte  « Voilà de la poésie » ?

Directeur d’une revue littéraire, je reçois beaucoup – trop – de textes que leurs auteurs appellent poèmes – « vers disloqués, squelettiques, embryons de messages avortés, délires de fonds de tiroirs », écrivais-je dans un article du n° 9, en août 2010. Mon jugement n’a pas changé.

Comment persuader ces auteurs que le poème ne vient pas tout seul, comme le croient certains, qui se disent poètes. Cet été-là, les enveloppes tombaient dru dans ma boîte à lettres, contenant des liasses de feuillets sur lesquels s’étiraient des vers brefs, à la limite de l’inexistence, composés de deux ou trois mots, un seul parfois, comme si leur auteur manquait de souffle pour aller au bout de la ligne. Et toujours, sans modestie excessive, la formule qui me faisait bondir : « Je vous envoie des poèmes pour votre revue. » (Comme s’il était évident que nous allions publier le chef-d’œuvre. Quand le Comité de lecture m’avait donné un avis négatif, j’écrivais aux soi-disant poètes, leur annonçant toujours le refus avec courtoisie, leur conseillant de travailler, parfois de s’adresser à une revue que je savais plus ouverte que la nôtre. Beaucoup m’ont remercié de ma gentillesse (c’est le mot qui revenait souvent). Deux se sont montrés vraiment désagréables et m’ont toisé de toute la hauteur de leur prétendu talent ! L’un officie dans le cadre de la respectable Académie de Bretagne ; l’autre, une femme, égare sa syntaxe dans le dédale de constructions hasardeuses, et s’aventure avec autorité dans un lexique approximatif. Tous deux, sûrs de produire des chefs-d’œuvre.

Que cherchais-je, m’efforçant de guider les auteurs malheureux ? La question me revient au moment où, un ami ayant accepté le poste de rédacteur en chef de mes Cahiers, je lui cède progressivement la gestion des sommaires. Et de me demander : que faire pour sauver la poésie ?

Car elle me semble vraiment en danger.

 

Commençons par la poésie traditionnelle…

« Monsieur prit son chapeau et sortit à 5 heures ». Voilà un alexandrin. Personne ne dira que c’est de la poésie.

En revanche… dans « Comme un navire a une voie d’eau, j’ai une voie de tristesse. Je fais détresse de toutes parts. Je fais larmes de partout », la poésie est bien présente selon moi, bien que l’auteur (Claude Roy, La Fleur du temps, Journal 1983-1987, Éd.Gallimard,)  ait choisi la prose pour s’exprimer. Mais comment a-t-elle pu se glisser dans ces phrases ? Sans doute par l’emploi déplacé des mots, s’appuyant sur l’analogie. Jean Tardieu disait qu’il y a poésie « chaque fois qu’un mot en rencontre un autre pour la première fois ». Et rappelez-vous la définition que donnait Pierre Reverdy de l’image : « L’image est une création pure de l’esprit. Elle ne peut naître d’une comparaison, mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées… » (Pierre Reverdy dans sa revue Nord-Sud n° 13 de mars 1918, texte repris dans Le Gant de crin.)

 

« Ces mots qui se déplient dénudent mon silence », écrit Pierre Torreilles dans La Voix désabritée (Pierre Torreilles, La Voix désabritée, poème, Éd. Gallimard.). Voilà qui donne raison à Tardieu ; les images, le mystère du mot qui va plus loin que son sens, de la parole qui se cherche : voilà pour la technique. Mais le message aussi importe : dans le poème, il y a toujours révélation de l’être, confidence involontaire du poète – tout ce qui se devine derrière les mots. Reverdy affirmait que dans un recueil de poèmes un personnage se promène, l’auteur, à découvrir entre les lignes. Et Max Jacob de dire à ses jeunes amis poètes : n’oubliez pas que « sans émotion il n’y a pas de poésie ». J’ajouterai que la vraie poésie s’écrit entre ombre et silence. Il faut y entrer comme dans une église.

Comparons maintenant deux types d’écriture…

Le poète qui écrit en alexandrins ou en octosyllabes, court le risque de la prolixité et d’avoir à utiliser des chevilles pour les besoin du mètre ou de la rime. Aucun des poètes qui utilisent la prosodie traditionnelle n’y échappe. Le risque est grand aussi d’écrire de la prose rimée. « La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse et qui dort son sommeil sous une humble pelouse, nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs : les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs ».  Je sais que je vais faire crier dans les chaumières : ces phrases sont de Baudelaire et je dis que ce n’est que de la prose rimée.

Heureusement, Paul Valéry, dans ses Cahiers (Paul Valéry, Cahiers II, Bibliothèque de la Pléiade, NRF, Poésie IX, 774.), vient à mon secours : « Le vers est rare chez les Français. Nos vers pour la plupart n’en sont pas… En français, le vers qui contraint le diseur, qui l’oblige à ne pas lire comme prose, est rare. Il est difficile à réaliser… »

Très bien ; mais si le poète choisit d’écrire en vers libres, c’est pire, souvent une vraie catastrophe. L’art naît de contraintes et meurt de liberté, dit-on (Léonard de Vinci ? André Gide ? D’autres, sans doute…). Cette liberté-là risque bien de tuer la poésie. Combien de poèmes n’ont rien à voir avec elle, pas plus dans l’écriture que dans le message ?

J’accuse… j’accuse certains poètes d’écrire sans faire réflexion sur leur art. D’aller à la ligne sans savoir pourquoi, d’utiliser le « peigne aux dents cassées » du vers libre (formule d’Aragon, reprise par Jacques Charpentreau dans Le Coin de Table n° 57) sans pouvoir justifier leur choix. Et d’aller plus loin, parfois, copiant sans scrupules le Reverdy des années 1910, qui affirmait que la disposition typographique d’un poème dans la page est déjà une ponctuation. L’imiter en décalant le vers au hasard vers la droite de la page pour occuper tout l’espace est fort périlleux. L’artifice apparaît vite. Et si vous fouillez dans ces blocs de mots qui dérivent dans la page, c’est en vain que vous y chercherez l’homme : il n’y a personne ! Il n’y a rien ! Vous évoluez dans un vide abyssal ; vous errez, seul vivant dans l’étrange désert de signes. Devant un tel gâchis, peut-on s’étonner que la poésie ait de moins en moins de lecteurs ?

Si je devais donner un conseil aux jeunes poètes, ce serait de suivre celui de Boileau : « Vingt fois sur le métier (moi, je dis : l’établi) remettez votre ouvrage ; / Polissez-le sans cesse et le repolissez : / Ajoutez quelques fois et souvent effacez » (Boileau, Art poétique.). N’écoutez pas Reverdy quand il affirme, dans « Le Livre de mon bord » : « un bon poème sort tout fait… La retouche … risque de tout abîmer » (Pierre Reverdy, Le Livre de mon bord, Mercure de France ). Lui-même, d’ailleurs, ne s’est pas privé de « retoucher », au moment des rééditions.

Je leur conseillerais aussi de douter, d’accepter le regard de l’autre, et la critique. De ne pas croire qu’ils écrivent tous les jours des chefs-d’œuvre.

Dans Le Coin de table, Jacques Charpentreau nous dit que l’alexandrin rimé a duré des siècles avant d’être déclaré ringard, alors qu’il a suffi de 100 ans pour que le vers libre épuise ses possibilités – ce qui conduit les poètes qui veulent faire du neuf aux excès ridicules que nous connaissons actuellement.

Nous sommes plusieurs dans le Comité des Cahiers de la rue Ventura à penser que la prose sauvera la poésie. Quand vous écrivez en prose, ce n’est plus l’apparence du texte qui peut faire penser qu’on est bien devant un poème, mais le contenu, les images, un rythme, des sonorités, une musique ; et là, le soi-disant poète ne pourra pas tricher.

Reste toujours la question que devraient se poser tous les poètes : qu’est-ce que la Poésie ? S’ils n’y répondent pas, cela devrait au moins les aider à se montrer exigeants avec eux-mêmes.

Claude Cailleau,  Sablé le 5 avril 2014

 

J’avais reçu par le Net, en pièce jointe, des poèmes d’un inconnu – envoi qui avait dû être fait à plusieurs revues en même temps, parce que leur auteur n’avait peut-être qu’à moitié confiance en ses vers. Je les avais transmis au Comité pour avoir un avis. Ayant noté l’adresse informatique de l’inconnu, je l’ai glissée dans la liste des auteurs que je préviens lorsque paraît une nouvelle page sur mon blog.

Ayant fait, moi aussi, un envoi groupé (avec adresses masquées, pour la tranquillité de chacun), je reçois en retour un mail très bref : « Mais je ne vous connais pas, vous. » Et une signature. Le propos m’a plu, et intrigué. Je n’y voyais nulle agressivité ; de la curiosité, plutôt. J’ai répondu, et notre échange a commencé. Parfois, plusieurs mails dans la journée. Nous avons sympathisé. Parlé de tout et de rien. De notre travail, de notre famille. De notre vie. Merveilleuse invention que le Net, quand elle provoque ces rencontres amicales !

 

Trois petits poèmes de Florent, pour clore cette page du blog de juin 2014…

 

Poussière

 

J’ai embrassé tes silences

Des pins funambules

Aux manteaux nus

Les rocs s’évanouissent

Comme des ombres

La mer contemple

Ce vieil homme

Emportant ses souvenirs futurs

 

Insouciance

 

Te souviens-tu

Des chemins innocents

où dans l’ombre des tourments

Ton cœur dépouillé courait

Comme une fleur sauvage

L’hiver se lamente

sous le manteau d’étoiles

 

Latitudes

 

Que l’on danse sur ma tombe

Cette vieille barque

Où personne ne dort

Et ces falaises d’inconscience

Qui murmurent

Lorsque je n’y serai plus

 

Florent Jakubowicz, que nous avons publié dans le Cahier n° 20.

 

(Les lecteurs de mes livres sauront pourquoi j’ai choisi ces poèmes, pourquoi ils me parlent, particulièrement. « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es. »)

aubureau

Dans le silence et l’ombre du bureau, stylo en main (la vieille habitude)  un temps pour l’écriture…

1 Commentaire à “ La lettre de juin 2014. Au sommaire… ” »

  1. Bruno Thomas dit :

    Très agréablement surpris de voir ici réapparaître cette image, empruntée à France 3, disparue depuis, et que je vous avais postée sur un certain réseau…

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