( 6 mai, 2017 )

Bonjour,

Bonjour, img1000.vignette

 

Vous êtes sur le blog de Claude Cailleau, directeur de la revue « les Cahiers de la Rue Ventura ».

( 6 mai, 2017 )

Mai 2017. Bientôt neuf ans !

Sommaire

1 – le Cahier 36

2 – Anne Certain, poète

3 – Penser un peu à soi (Mots du jour et de la nuit et pages de journal)

 

Voilà bientôt neuf ans que, dans un mouvement de folie, je créai la revue Les Cahiers de la rue Ventura ! Arriverai-je à fêter son 10ème anniversaire ? (voir la troisième partie de cette page « Mai 2017 »)

Le Cahier 36 va bientôt partir vers l’imprimeur, préparé par la secrétaire de la revue et moi-même. Vous y trouverez…

Le dossier René Guy Cadou, avec des textes de Christian Bulting, Jean-Pierre Boulic, Jean-Claude Coiffard, Yves Cosson, Louis-Philippe Forcioli, Alain Germain, Jean Lavoué, Christian Moncelet, Claude Serreau, Luc Vidal.

Des vers ou proses de Jean-François Forestier, Monique Marino, Monique Marta, Gérard Mottet, Morgan Riet.

Dans la rubrique Lire et relire : Baudelaire et de Mallarmé, lus par  Anne Mounic ; et Michel Passelergue par Jean-Louis Bernard.

Deux pages d’enfance chargées d’émotion, signées Bojenna Orszulak et Daniel Étoc.

Quelques notes de lecture sur les livres de Jean-Marie Alfroy et de Guénane.

Le numéro va sortir à la fin du mois ; mais, si vous n’êtes pas abonné, vous pouvez le commander dès maintenant en adressant un chèque de 6 € à l’ordre et à l’adresse des Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLÉ-SUR-SARTHE. Il vous sera envoyé dès sa sortie.

 

Anne Certain nous a quittés le 31 mars 2017. Elle avait 66 ans. Combien d’amis ai-je vu disparaître depuis les débuts de la Revue ? Amis, par ce mot je désigne les hommes et les femmes qui, comme moi, vivent « en littérature » et que ma revue, souvent, m’a fait connaître. Bien que nos échanges ne fussent pas fréquents (elle me disait le regretter), Anne était une amie. Nous avons l’admirée pour son courage et nous aimions son humour. La première fois où elle est venue nous voir (à cette époque nous habitions à la campagne), elle s’est précipitée vers les livres qui occupaient toute une pièce de l’étage, curieuse de savoir ce que nous lisions.

Pour Anne, pour qu’on ne l’oublie pas, voici un patchwork de ses poèmes parus dans la Revue…

Les matins de survie

incertaine

que faire d’autre

sinon marcher et marcher encore

recommencer la tournée

des raisons d’espérer

recenser les pièges armés

par le temps rusé traqueur

glisser à gestes lents

dans le silence du geai

peser dans la main

les cailloux du chemin

un à un

extorquer de leur bouche close

le secret de leur inerte plénitude…

 

Marcheuse invisible

je consume des hectares

et des hectares de solitude

je suis au-dedans

une grande brûlée

mais j’ai la peau rude

au dehors…

 

… Sur les toits à écailles

brillent

comme des drapeaux de fête

les jabots violets

des pigeons

Lentilles du soleil

dans son cerne nacré

et moi dans l’orbe de son jour voilé

vide et nue

à demi effacée Si je disparaissais

pas une aile d’éphémère n’en frémirait

Sur le sol un peu de poussière

et l’éclaboussement

ordinaire

d’une pierre…

 

… Le corps empêtré

dans les plis de l’univers

que j’ai tant aimé

j’ai essayé d’exister

en lui

et comme l’étoile

en fin de vie

je filerai caillou éteint

dans un désert ignoré

 

J’allais oublier

inutile de soigner

la courbe de la chute

je filerai

en plein jour

Anne Certain

 

«  D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous

Avec des bleus aux yeux et des plaies aux genoux ?

René Guy Cadou (Hélène ou le règne végétal)

Le jeune René Guy est dessiné par Louis Hubert, l’illustrateur de notre revue.

cadou 2

Penser à soi, est-ce possible est-ce possible sans se faire accuser de complaisance vis-à-vis de soi-même ? En littérature, nombreux ceux qui pensent écrire des chefs-d’œuvre.

Tant pis pour moi si vous me rangez dans cette catégorie, laissez-moi vous dire que je ne m’y reconnais pas. Voici la réaction d’un lecteur qui venait de refermer un de mes livres. Si je le transcris ici, c’est que j’ai rarement eu l’impression d’être aussi bien compris. Merci, Michel, d’avoir ainsi éclairé ma recherche sur l’écriture de la poésie.

« Cher Claude, merci pour vos Mots du jour et de la nuit que je n’avais pas encore lus. Je vous y retrouve, sous une autre forme, j’allais écrire un « drapé », tant cette forme me fait penser à un rideau que l’on bouge, qui se froisse et se défroisse sous le souffle d’air qui le pousse, le gonfle et le fait onduler. Plus encore qu’au côté mallarméen et aux distorsions syntaxiques, aux thèmes que vous abordez, j’ai été sensible à ce que vous révélez de votre relation avec la langue et l’écriture poétique. Cela me paraît l’emporter dans ce texte où l’on voit l’auteur confronté au mystère de la page vierge et son écriture « en travail ». Mise en lumière aussi de l’aléatoire de l’écriture. Chaque texte (longuement travaillé pourtant) commençant par ces quelques mots qui ouvrent devant eux cette art d’inconnu par quoi se contenue le poème qui se termine où on ne l’avait pas prévu, mais qui semble cependant le seul aboutissement possible, ce qu’il avait à dire, que les mots, eux, savaient déjà, et qui ne peut se dire que dans cette « mise à mal » de la phrase, mais j’allais dire encore cette « mise à l’épreuve ».

Au cas où d’aucuns n’auraient pas vu cela, les textes contenus dans « En marge des poèmes » nous en apportent la confirmation : le lieu où se trame le poème est espace d’errance incertaine, guettée par le silence mais poussée par on ne sait quoi, une voix qui sourd et demande à être/ à naître, « voix où passe la peur, une ombre qui se bat ». Qui « creuse des ornières devant des pas perdus »…

Le livret dont parle Michel fut édité par Le GRIL, en Belgique. Épuisé, il a été réimprimé (tirage confidentiel, numéroté) par les Amis de la rue Ventura.

Pages de journal.

13 octobre 2016 – Comment peut-on, à 80 ans ou plus (n’est-ce pas, Mr d’Ormesson ?) vivre sereinement alors qu’on sait que le terme approche. On a l’air de ne pas savoir. Quelqu’un m’avait dit, il y a une vingtaine d’années, « Vous avez encore 25 bonnes années devant vous ». Je n’avais pas aimé qu’on me borne la vie avec cette désinvolture. L’auteur de cette phrase, d’ailleurs, devait faire, quelque temps plus tard, un AVC qui faillit bien limiter la sienne. Qu’est-ce que ça veut dire, « de bonnes années » ? C’est tous les jours qu’on sent l’atteinte perfide de l’âge. Avec les possibilités qui diminuent. Mais on continue de vivre et c’est déjà beaucoup. N’est-ce pas, Mr d’Ormesson, vous qui continuez de sourire, de plaisanter, et de philosopher  dans vos livres et à la télévision, parfois. Vous radotez même, un peu (beaucoup ?) J’ai été agressé par une grippe assassine. Quand j’ai lu 39° sur mon thermomètre, je me suis demandé si mon vieux cœur allait résister à cette surchauffe. Cela fait bien 20 ans que je n’avais pas eu de fièvre.

J’ai beau penser qu’il est vraiment dommage que je meure un jour, rien ni personne n’arriveront à me faire croire qu’il puisse se passer quelque chose après la mort. Je ne serai que cendre, rien que cendre, et pour moi tout sera fini ! Mon regret aura été de n’avoir pas été plus reconnu comme écrivain, ce qui m’eût peut-être sauvé du néant. Il est vrai que je n’ai rien fait pour cela. Écrit ce 28 février, alors que je n’ai aucune raison de me plaindre, n’éprouvant aucune douleur physique, et encore valide au point de pouvoir courir malgré mon grand âge. Persuadé aussi (et cette pensée me réjouit) que je mourrai vraisemblablement en bonne santé !

« La vie à la fin n’est qu’une habitude qu’il faut perdre, après toutes les autres », écrivait Marcel Jouhandeau dans Réflexions sur la vieillesse et la mort (Grasset, 1956) Et je relève, page 73 du même livre : « Quand je songe au peu que j’avais reçu en naissant et à ce que je suis devenu, je me dis parfois qu’à l’image de Dieu j’ai tout fait de rien ». La référence à Dieu mise à part, je fais volontiers mienne cette constatation.

À Durcet, le 9 avril, un photographe m’a mitraillé, qui a en projet un 2ème album de photos de poètes (merci, Yvon, de me reconnaître ce titre). Dans le premier on trouve un portrait d’Yves Cosson et un de ses poèmes qui se termine par ce vers : « Moi je vivrai toujours ». Moi aussi, peut-être, grâce à ce livre…  Parmi les photos que m’a envoyées l’artiste, voici celle que j’ai choisie pour figurer dans l’album.

Claude CAILLEAU photo Yvon Kervinio 4

|