( 22 juin, 2016 )

Enfin l’été ! (je plaisante, bien sûr) 20 juin 2016

Mais on nous annonce du soleil et de la chaleur pour la fin de la semaine. Rien n’est perdu.

Espérons que le prochain week-end sera estival. Sinon, ceux qui parlent de réchauffement climatique auront du mal à nous convaincre.

 

Justement, les 25 et 26 juin, les éditions du Petit Pavé vous invitent à venir à leurs Portes ouvertes. Vous pourrez faire votre choix à leur grande braderie de livres (solde et déstockage à partir de 1 €)

J’y serai, le dimanche avec les Cahiers de la rue Ventura. Nos numéros anciens y seront bradés.

 

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Michel Baglin vient de terminer l’indexation des articles publiés sur Texture, par ordre alphabétique d’auteurs, jusqu’à la lettre C. Et je suis là, entre Hélène Cadou et Louis Calaferte. Peut-on souhaiter meilleur voisinage ?

Merci, Michel : vous m’avez permis de retrouver les deux articles signés Georges Cathalo pour le premier, et de vous-même pour le second.

 

Permettez-moi de les présenter ici aujourd’hui. Pour un auteur, c’est toujours émouvant d’être lu avec empathie. Et de voir éclairées dans un texte critique les intentions que l’on avait au moment de l’écriture. Longtemps sur l’établi, mes textes sont en effet le fruit d’une réflexion post écriture, et sans cesse remaniés : Merci, Georges ! Merci, Michel ! de l’avoir compris.

 

Sur le site de Texture – que je vous conseille de visiter à l’adresse suivante :

http://revue-texture.fr – vous retrouverez les deux textes qui suivent.

 

Dernières nouvelles : Mon anthologie parue chez Éditinter (Cocktail de vie) est épuisée. J’ai racheté les 4 derniers exemplaires à l’éditeur. Avec une tendresse avouée (une petite faiblesse) pour ce livre dans lequel je me suis livré plus que dans un autre. À partir de maintenant, si vous voulez lire ce Cocktail, c’est avec moi qu’il faudra négocier ! Il m’en reste quelques exemplaires.

En revanche, Le Roman achevé est toujours en vente aux éditions du Petit Pavé et Crépuscules chez les Amis de la rue Ventura. De même, Pour une heure incertaine aux éditions Sac à Mots.

 

Voici ce qui en est dit sur Texture

 

Par Michel Baglin :

 

Claude Cailleau « Pour une heure incertaine » & « Le Roman achevé »

« Tu te souviens des peupliers ? Eux abattus, nous ne voyons plus serpenter notre rivière. C’est étrange un monde qui meurt : nous aurions cru mourir avant. » Je cite ce passage pour donner le ton d’un recueil déjà ancien (2004) de Claude Cailleau paru à Sac à Mots éd., « Pour une heure incertaine » . Une voix que je découvre avec grand plaisir, alors que l’auteur a déjà publié cinq ou six recueils et un roman chez Julliard. Ces poèmes en prose savent prendre dans les plis du temps, « la maison trop grande », les « jours mal repassés », les « cailloux lourds comme des sanglots », et dans la bibliothèque, « les livres, jalons de mémoire », ces « livres endormis dans la poussière des années ». Sans grandiloquence ni pathos inutile. Simplement, avec une forme de sérénité et une écriture d’une belle densité.
C’est le même thème du temps (ces « visiteurs du temps » qui ont hanté nos vies) que l’on retrouve dans un recueil plus récent, « Le Roman achevé » (clin d’œil à Aragon, bien sûr, et ici aussi il s’agit de poésie), cette fois composé de suites, sous la forme de versets (Éditions du Petit Pavé). Ce long poème – traversée du roman d’une vie dont il revisite les chapitres sensibles – peut évoquer Saint-John Perse d’ « Anabase » , mais c’est la musique (un peu célinienne) des points de suspension qui suggère le mieux le flot des souvenirs qui déboulent et forcent la parole, l’écriture, le livre… « J’écris le livre du livre qui s’écrit », dit l’auteur dans la déroute des heures. Et c’est manière de sonder le silence, de se retourner sur ce qu’on abandonne.

Claude Cailleau, Le Roman achevé, Éditions du Petit Pavé – BP 17 -  49320 BRISSAC-QUINCÉ (94 pages. 8 euros)

Par Georges Cathalo :

 

Claude Cailleau : « Crépuscules »

Il est plus que rarissime qu’un poète annonce dans un avant-propos que le livre que le lecteur tient entre ses mains sera son dernier texte en poésie. Claude Cailleau souhaite « donner un éclairage particulier à ces crépuscules de l’aube et du soir » et l’on se laisse entraîner par cette unique phrase courant sur une quarantaine de pages que l’on doit lire en continu. Pas question de sauter une page car l’on perdrait le sens de cette démarche poétique. En extraire un passage peut donner envie de lire mais c’est aussi prendre le risque de s’engager sur une fausse piste dans une histoire complexe : « la mienne dont je ne sais / si elle est / ou de rêve / engluée dans les lointains de ma vie ». 
On est loin des rythmes amples qui caractérisaient jusqu’alors la poésie de Claude Cailleau. Pour ce dernier livre, l’auteur a choisi la fragmentation et la rupture pour freiner le débit de lecture tout en variant aussi les caractères, en jouant sur les gras et sur les italiques. À la relecture, des notes finales en particulier, on découvrira que ce ne sont pas de simples exercices de style mais des relais moteurs, « écrits en marge du poème ». L’écriture de ce long poème, ultime crépuscule, a couru sur plus de deux ans. On devine aisément le délicat travail de « retour sur soi » qu’il a nécessité, mais le résultat est là : un livre émouvant qui offre le portrait d’un honnête homme, d’un poète humble et digne qui aura su traverser discrètement son époque sans se soucier à juste titre des modes du moment.

(Claude Cailleau : « Crépuscules ». CRV éd., 2015. 70 pages, 6 euros – 9 rue Lino Ventura -72300 Sablé-sur-Sarthe ou amis.rueventura@hotmail.com)

( 12 juin, 2016 )

Juin 2016 – Paroles venues…

Le Cahier 32 est sorti au début de juin. Vous pouvez vous le procurer en vous adressant à  < amis.rueventura@hotmail.com >

Au sommaire,

Deux articles d’universitaires sur l’œuvre d’Yves Bonnefoy – À lire et relire.

Une originalité : huit poètes vous proposent un sonnet de leur cru. Moins réguliers, les sonnets,  que ceux d’Heredia, à l’image d’un temps où la poésie s’interroge (voir plus bas). Une curiosité.

Ensuite, des proses et des poèmes de Bernard Gueit, Jean-Louis Bernard, Michel Diaz, Françoise Vignet…  Du travail d’artistes.

Puis « Les écrivains et la Grèce », lectures de Jean-Marie Alfroy et Jean-Claude Coiffard.

Michel Passelergue, toujours, et ma revue des revues, au ton plus familier, volontairement.

À déguster, sans modération.

 

Et merci à nos abonnés arrivés en bout de parcours : ils ont tous renouvelé leur abonnement !

Voilà qui va plaire à un Monsieur dont le nom nous fait penser à une huile qui sert à cuisiner. Celui-ci, avec délicatesse, nous dit dans sa revue que la nôtre change, « s’ouvre davantage », qu’on s’y pose maintenant « les interrogations primordiales ». C’est quoi, « les interrogations primordiales » ? Moi, je ne sais pas, parce que la Revue, avant, c’était nettement moins bien,  je la faisais bêtement, sans me poser de questions.

 

Les samedi 25 et dimanche 26 juin, si vous n’habitez pas trop loin, on vous attendra aux Éditions du Petit Pavé, une petite structure indépendante, bien installée maintenant dans le monde du livre. Bien installée, mais qui a besoin de vous pour survivre.

Ne perdez pas l’adresse : c’est au bourg de Saint-Saturnin-sur-Loire, près de Saint-Jean-des-Mauvrets, en haut de la côte.

Vous serez bien accueillis et pourrez flâner entre les stands installés dans les jardins, mais aussi entrer dans la petite librairie aux rayons chargés de livres de tous genres : jeunesse, romans, poésie, témoignages, histoire, etc.

Une trentaine d’auteurs seront là pour dédicacer leurs livres.

Moi aussi, avec les Cahiers de la rue Ventura.

Le Petit Pavé (un de mes éditeurs) est à l’origine de la création de l’Autre Livre, association des éditeurs indépendants, laquelle a son comptoir de vente à Paris et son salon en automne, dans le 4ème arrondissement.

Pour en savoir plus, < www.petitpave.fr > Et ci-dessous.

 

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( 29 avril, 2016 )

Rencontre… avril 2016

Je savais bien que j’avais lu ces poèmes quelque part. Et que je m’étais dit : j’aurais pu écrire cela si j’avais eu le talent de leur auteur. Avec Du sable entre les doigts, Paul Couëdel nous parle, en toute simplicité, de la vie, de la pauvreté, de son art (discrètement), et de la mort. C’est une voix fraternelle, qui nous dit des choses banales, comme on en lit dans le journal; on a envie de cheminer avec lui dans le quotidien, qui n’a pas toujours les couleurs de la joie. On se reconnaît dans sa parole. Une rencontre comme on en fait peu.

Il a fallu cet anniversaire un peu exceptionnel, et cette décision que j’ai prise de ne plus écrire de poésie, pour que j’ouvre à nouveau le livre de Paul Couëdel et vous propose…

Nomade sur la terre

je ne fais que passer

d’empreinte je ne laisse

que celles

aussitôt

effacées par le vent

et même mes enfants

oublieront le son de ma voix

 

De passage

déjà passé

ce n’est pas un voyage

cette planète comme mes dires

ignore toute frontière

et mes mots ne s’inscrivent

nulle autre part

qu’en un partage

 

C’est ce que nous dit le poète page 20 de son livre. Et, page 64 :

 

Un granit déjà

Quelque part m’attend

Ou plus simplement

Quelques mottes de terre

 

Une poignée de porte

Sans doute existe

Qui sera la dernière

Que caressera ma paume

 

Des livres à l’odeur amicale

Aux pages tentatrices

Échapperont à jamais

À mon crayon curieux

 

Puis ce sera

Sans le savoir

Que je saluerai cet ami

Pour la dernière fois

 

Et le dernier ruisseau

Qui aura lavé mes pieds

Poursuivra sa course folâtre

Parmi les sages pierres

 

Je vous devine tentés. Vous trouverez ces deux poèmes dans Du sable entre les doigts de Paul Couëdel, paru en juin 2011 aux Éditions du Petit Pavé.

 

Un bonheur de lecture que j’ai voulu partager avec vous…

 

Un beau numéro des Cahiers de la rue Ventura se prépare. Il va paraître en juin.

Puis-je vous rappeler, afin que vos messages frappent à la bonne porte, que…

les textes doivent être envoyés au rédacteur en chef, à l’adresse informatique suivante :

jm.alfroy@orange.fr

et que les abonnements se prennent auprès des Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLÉ-SUR-SARTHE (22 € pour un an, soit 4 numéros)

( 12 avril, 2016 )

11 avril 2016 – À tous les amis de la rue Ventura, et de ses hôtes, merci !

10 avril 1936 – 10 avril 2016 : j’ai 80 ans depuis 1h30 hier. Après tout, ce n’est qu’un an de plus que l’année dernière.

Et je ne me croyais pas si célèbre ! Merci aux amis qui m’ont souhaité un bon anniversaire. Mais tant de messages sur facebook ou venus par mail : je ne peux répondre à tout le monde, et j’en suis désolé. Ces marques de sympathie, d’amitié, m’ont beaucoup touché.

Soyez tous remerciés et que le temps qui passe vous soit favorable.

Pour vous, sur la photo, Louna (génie des lieux) et son maître : un moment de tendresse. Et, passé plusieurs fois sur l’établi, un petit poème pour faire revivre de lointaines années.

 

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Exercice de style

… Un tout petit espoir se glisse dans la page, s’étire, fait son nid à l’encre violette. Parlait de notre enfance. Le jour n’en finit pas de vieillir silencieux, dans nos pas. Et dans les encriers de l’école oubliée. Tu cours vers la maison. Tu te rappelles… La lumière peinait à éclairer la pièce. La peur est conviviale dans les ténèbres de l’histoire. On respire. Vous n’aviez… pas d’amis, dit-il. La guerre. On entend à nouveau le canon dans la bouche sanglante du temps. Et l’enfant. Qui pleure. Oui, c’était. Une page tournée. Des ratures de vie. Le jour à l’envers. Et tes doigts tachés d’encre. L’espoir s’est endormi entre les lignes du cahier. Le lit de l’heure est un berceau. Tu te souviens… Nous deux. Et ta main. Dans la mienne. On entend les avions. Le ciel est un métier. La guerre y tisse des éclairs. Et la mort. Ce jour-là viendra bien. L’espoir s’est fait petit, dans l’encoignure de nos vies. Caché dans la pénombre. Demain sera. Demain, ma voix encore. Venue pour toi du fond des temps. Accordée à tous les dires. Regardez : la prairie à l’aube offrait des perles de lumière. Ainsi l’espoir prenait rang parmi nous. Les mots chantaient clair dans le cahier du jour. Des paroles de joie, qui brûlaient dans la brume. Une grande clarté dans l’obscur de nos vies.

                                                                                               Claude Cailleau

(poème paru, en vers libres, sur un site, puis en versets dans un livre. Réécrit en prose, mais en respectant toutes les coupes du vers libre, pour faire mieux entendre, à la lecture, la voix saccadée de l’enfant effrayé par le bruit de la guerre et, plus tard, beaucoup plus tard, l’essoufflement du vieil homme qui parle en marchant dans les guérets du temps et peine à rassembler ses souvenirs. J’ai toujours été sensible à la musique dans le poème.)

 

( 5 avril, 2016 )

Propos de printemps – 4 avril 2016

Car il est bien là, le printemps. Les pervenches envahissent la haie qui nous protège des regards, leurs fleurs d’un bleu de ciel percent à travers le feuillage. Quant au forsythia, il éclaire comme un soleil. Printemps, alors que le vieux poète en est à son automne… Et que l’hiver approche !

Dans une semaine, j’atteindrai un seuil qu’enfant je n’eusse imaginé franchissable : j’entrerai dans le cercle, menacé plus qu’un autre, des octogénaires. On a beau me dire souvent que je ne fais pas mon âge. Je l’ai, cet âge, et cela m’ennuie bien !

Mais ne croyez pas que j’en fasse une maladie. Dans le 451ème Encres Vives paru en février je dis que j’ai su plusieurs fois tourner la page. On tournera celle-là aussi. Et la terre n’en continuera pas moins de tourner.

Patrice Angibaud, poète trop modeste et fidèle lecteur qui entre si bien dans mon univers de création (qui m’impressionne aussi par sa facilité à analyser les textes, à en éclairer les zones d’ombre – et comme je regrette qu’il ait cessé de rédiger des notes pour Texture !)  Patrice Angibaud m’envoie une réaction à chaud après lecture de mon Parcours littéraire atypique. Récompense pour le modeste artisan du verbe que je suis, toujours en situation de recherche sur l’écriture. Merci, Patrice, d’avoir écrit ce qui suit, de me l’avoir communiqué, et de m’avoir autorisé à le publier sur cette page du blog.

Lecture d’ Encres vives n°451 :

Claude Cailleau – « Un parcours littéraire atypique ».

L’ensemble se lit comme un roman. Le roman d’une vie passionnée de littérature, avide de lectures, de rencontres d’écrivains admirés, et avide d’écriture personnelle en parallèle, bien évidemment.

Les œuvres apparaissent dans l’ordre chronologique de leur publication, extraits à l’appui, commentaires de l’auteur sur ses intentions et le but recherché en écrivant l’ouvrage, commentaires et articles de lecteurs et critiques amis.

On pouvait craindre le « m’as-tu-vu », l’autosatisfaction. Rien de tout cela. L’expression simple, mais au plus près, au plus profond, d’une passion intimement, intensément vécue. Avec la présence du doute sur la valeur de ce qui va être donné à lire. Avec, surtout, le travail impressionnant, toujours remis sur l’établi, du texte en gestation. Avec, encore, la volonté de ne pas tomber dans le répétitif, de tenter (avec succès) de nouveaux chemins d’exploration, d’expérimenter d’autres formes d’expression.

Claude Cailleau VIT l’écriture avec une ferveur et une densité contagieuses : on est saisi, happé, au point de ressentir l’envie de lire toute l’œuvre.

Personnalité rare. Haute exigence envers soi-même. « J’écris pour le futur », déclare l’auteur, … »lorsque la main hésitante d’un enfant de plus tard feuillettera le livre où la vie s’interroge ».

En fait, il a écrit et écrit, d’abord, pour aujourd’hui et maintenant. Des livres comme : « Le Roman achevé », « Cocktail de vie », « Et je marche près d’Elle », « Crépuscules » sont sources de nourriture intérieure et d’émerveillement. Ils le seront et le resteront pour demain.

Patrice Angibaud

Vous pouvez toujours commander ce 451ème Encres Vives à Michel Cosem – 2 allée des Allobroges – 31770 COLOMIERS,

contre un chèque de 6,10 €.

 

Énigme du poème…

 

Venues de ta mémoire,

des paroles pour vivre

accompagnent le jour.

D’autres te viennent,

qui te parlent sans dire.

C’est le message d’une pierre,

l’appel menu de la pluie,

le tumultueux silence du soleil,

les mots secrets du vent.

Quoi encore ? Ah, oui, le temps…

Pour un peu d’existence,

apprivoiser la mort.

 

           Claude Cailleau

 

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« Je les ouvre encore parfois, ces bouquins dont la couverture a pâli avec le temps, pour fouler un moment mes chemins de mémoire. »

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Jacques Charpentreau, qui est mort le 8 mars 2016, était venu à Sablé en 1988, voir les élèves de mon atelier littéraire, lesquels correspondaient avec lui depuis quelques mois. Je revois ce petit homme chauve, vêtu d’un costume clair, entrer dans la classe où il était attendu, et le bonheur des enfants, visible sur tous les visages. Tout de suite le courant était passé. Je ne dirai pas que le poème qu’il avait écrit avec les élèves m’ait vraiment séduit ; mais il avait, pour les entraîner sur les chemins de la poésie, un enthousiasme auquel il était difficile de résister.

En 2006, après la parution de ma biographie de Pierre Reverdy, il m’avait invité à venir parler du poète à la Maison de la Poésie, rue Ballu. Au 2ème étage, et je m’étais étonné de le voir, à son âge, gravir allégrement le vieil escalier de bois jusqu’à la salle aux murs couverts de livres où je devais parler. J’y suis retourné quelques années plus tard pour évoquer « René Guy Cadou, chantre de l’amour et de l’amitié ».

Lorsque j’ai créé ma revue, il m’a fait régulièrement un service de presse de la sienne, Le Coin de table et m’a demandé en 2010, pour le cinquantenaire de la mort de Reverdy, un article qu’on retrouvera dans le n° 43, sous le titre « Pierre Reverdy, la poésie pour vivre », avec en exergue : « Écrire m’a sauvé », phrase extraite d’une lettre du poète à Jean Rousselot. Et c’est vrai qu’écrire, parfois, peut sauver le poète.

Jacques Charpentreau bataillait ferme pour une poésie que je dirais réfléchie, travaillée, faisant remarquer que la poésie traditionnelle s’était écrite pendant des siècles, alors le vers libre, après 100 ans d’utilisation, montrait déjà ses limites, ouvrant « une autoroute aux médiocres qui n’ont pas vu ses exigences ».

Jacques Charpentreau, rappelant que « la poésie n’est pas qu’une technique », ajoutait : « Cette technique, si elle existe, ne s’apprend pas dans les traités de versification. On la possède en la cherchant dans l’écriture, en la trouvant dans la lecture de poèmes, en l’écoutant en soi-même. Il faut respirer avec le poème ». (Le Coin de table n° 57, janvier 2014)  Tout est dit. On n’est pas poète parce qu’on écrit en vers. Mais je m’arrête, craignant l’irritation de ceux qui trouvent que je parle trop de la poésie.

Que va devenir Le Coin de table ? Va-t-il disparaître avec son maître d’œuvre ?

À la fin de 2015, Jacques charpentreau m’avait offert son dernier livre, de la belle poésie rimée et rythmée. J’aime presque tout dans ce livre ; mais me suis arrêté page 15 sur ces vers où il parle de l’enfant qu’il a été :

« Pourrait-il me reconnaître,

Du grand fond de ce miroir

Où j’aime à le voir paraître

S’il parvenait à me voir ?

Saurait-il qu’un vieux visage

Est le sien dans un autre âge ?

Que j’entends toujours sa voix,

Que je guette son sourire,

Que c’est lui seul qui m’inspire,

Que son image est en moi ? »

Le lecteur qui me suit depuis quelque temps sur ce blog aura compris pourquoi ce poème, ce livre, me touchent particulièrement par ce retour mélancolique aux frontières de l’enfance. Par ces vers de 7 syllabes, aussi (tu vois, Verlaine, le conseil a été suivi) baignés d’une musique douce au charme d’antan.

Lisez ce livre, c’est superbe. De la belle poésie, comme il ne s’en écrit plus !

Un si profond silence, Jacques Charpentreau, La Tourelle, La Maison de Poésie, 18 €

Et voici deux photos du poète à Sablé, pour le bonheur de mes élèves du Collège Reverdy et des écoliers de Gambetta que j’avais invités à venir nous rejoindre. Sur la deuxième, 2ème à partir de la gauche : Jacques Charpentreau. À sa gauche, c’est moi (avec quelques années de moins !) et à l’extrême droite, Georges-Olivier Chateaureynaud. Étaient présents aussi le principal du collège (à ma gauche) et deux éditeurs (Castor Poche et les Éditions de l’Amitié).

Je vous souhaite à tous un beau printemps, éclairé par la poésie.

La poésie est un art parfaitement inutile, disent certains ; mais il est bien qu’elle existe, pour éclairer les jours de quelques-uns.

Cl. C.

               

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( 8 mars, 2016 )

Parutions de printemps – mars 2016.

Sommaire :

1 – CRV 31, poésie au féminin.

2 – Encres Vives 451 : un « spécial Cl. Cailleau »

3 – Michel Tournier, un des derniers classiques du 20ème siècle

4 – La fin de quoi ? Encore que…

 

Le Cahier 31 vient de sortir. Au sommaire…

Cinq femmes poètes, présentées par Jean-Pierre Boulic, Béatrice Marchal, Françoise Vignet, Jean Pichet, Éric Simon. De qui ces auteurs parlent-ils ? Je vous laisse le plaisir de la découverte.

Des poèmes, de France et de l’étranger – des voix personnelles, très différentes – Ils sont signés Angiolo Bandinelli, Patrick Beaucamps, Anne Certain, Jean-Marc Gougeon, Jean-Michel Jouan, Ivan de Monbrison, Bruno Thomas.

La chronique habituelle de Michel Passelergue.

Une page d’enfance de Nicole Luce (l’enfant dans la guerre, et le retour du père, d’Allemagne où il était prisonnier ; la page a réveillé mes souvenirs de l’année 45 : j’ai connu la même émotion, cette année-là.)

Puis – c’est toujours dans la Revue – Bruno Sourdin nous parle de Daniel Boulanger poète, et Pierre Borghero, de Victor Hugo « voyant ». (Ça, Georges Jean, notre prof de rhétorique, le disait aussi ; quant à Hugo lui-même, n’écrivait-il pas dans son fameux testament littéraire : « Je donne tous mes manuscrits et tout ce qui sera trouvé écrit ou dessiné par moi à la bibliothèque Nationale de Paris qui sera un jour la Bibliothèque des Etats-Unis d’Europe » ? En partie prophétique, non ?

Enfin, j’ai eu plaisir, après la revue des revues, de proposer un poème de Bernadette Throo extrait de son dernier livre « Le Cristal des heures » (Éd. Sac à Mots). Une réponse bien involontaire de l’auteur à ceux qui se demandent s’il y a une poésie féminine, qu’on pourrait distinguer de la poésie masculine. Un sujet à fouiller, peut-être. À vous de voir. Peut-être le dossier de ce numéro vous y aidera-t-il.

 

Couv. 2

Encres Vives Michel Cosem ayant accepté l’idée d’un « Spécial Claude Cailleau » dans sa collection Encres Vives, je me suis mis au travail. J’ai contacté les amis qui me suivent dans mes publications, et trois mois plus tard, j’ai pu proposer à Michel la maquette de ce qui est devenu le 451ème Encres Vives. Un bilan de mes « années poésie ». 1956-2015 – avec le grand blanc de presque trente ans.

En 2015, j’ai pris une décision qui a étonné mes amis et les a laissés incrédules : je n’écrirai plus de poésie. J’ai tenté de m’en expliquer page 16 du Encres Vives. Je pense essayer à nouveau, plus bas, sur cette page du blog. Sans être sûr de fournir la bonne justification.

Auparavant, voici pour ceux que le 451ème encres Vives pourrait intéresser, le moyen de se le procurer. Je ne vais quand même pas avoir la prétention de vous dire : si vous l’achetez, vous ne le regretterez pas. Sachez seulement que, ce faisant, vous aiderez l’un ou l’autre des deux éditeurs (courageux et désintéressés) qui se battent à leur façon pour que vive la poésie, pour que les poètes trouvent un accueil, une tribune. Voilà…

 

Vient de paraître…

Claude Cailleau, un parcours littéraire atypique,

451ème Encres Vives

 

Atypique, oui, on peut dire qu’il l’est, ce parcours. À 20 ans, Cl. Cailleau est accueilli dans les Cahiers des Saisons, revue de Jacques Brenner, qui paraissait aux Éditions Julliard. Une dizaine d’années plus tard, il publie, toujours aux Éd. Julliard, un roman, Stef et les goélands, couronné par l’Académie Française et dont des extraits paraissent dans Océan d’Armorique, une anthologie aux Éd.  Hachette. Puis il se tait pendant 27 ans, brûle son journal, avant de recommencer à publier de la poésie, un roman, une biographie de Pierre Reverdy, une anthologie personnelle, un récit, etc. Et de créer une revue littéraire, Les Cahiers de la rue Ventura !

Banal, tout cela, direz-vous. Peut-être. Ce qui l’est moins, ce sont ces échanges (rencontres, correspondances) qu’il a eus de façon suivie avec de grands écrivains du 20ème siècle : Roger Martin du Gard, Prix Nobel de littérature 1937, Marcel Arland, rédacteur en chef  de la NRF jusqu’en 1977, Henri Troyat, Hervé Bazin, Julien Gracq, Jacques Brosse, Jean Joubert et beaucoup d’autres.

Un parcours que vous pourrez suivre dans ce 451ème Encres Vives, jalonné de confidences de l’auteur, d’un choix de ses poèmes et textes divers, de regards amis sur l’œuvre de ce passionné de littérature.

 

Si vous êtes intéressé, vous pouvez commander ce Cahier à

 

Michel Cosem – Encres Vives – 2 allée des Allobroges –

31770 COLOMIERS (chèque de 6,10 €)

 

ou, pour une petite dédicace, à

 

Les Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura –

72300 SABLÉ-SUR-SARTHE

(chèque à l’ordre des Amis de la rue Ventura)

Montant du chèque : 6,10 € (le port est offert)

 

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Michel Tournier nous a quittés le 18 janvier. Sans le lui avoir dit, j’avais de l’amitié pour cet homme-là, reclus dans son presbytère de Choisel, en contrebas du cimetière du village. Ne raconte-t-il pas dans Petites Proses qu’un jour une partie du mur s’effondra et « par une ouverture béante un flot de terre noire et gluante envahissait le jardin. » L’auteur alors de se demander : « Y avait-il des tibias et des crânes ? »

Plus que ses romans – de grands classiques – ce sont ses ouvrages autobiographiques que je retiens. Ils sont là, derrière moi, tout proches, quand je m’assieds à mon bureau. Son Journal extime (qui a quand même quelque chose d’intime), Célébrations, sous-titré « Essais » et dont on retrouve des fragments dans Lieux dits, publié en Folio. Je me souviens qu’il nous avait écrit (je pense que je retrouverais la lettre en fouillant bien dans mes archives) qu’il n’avait fait qu’un essai d’écriture autobiographique, dans Le Vent Paraclet. Mais c’était au début des années 80. Il ajoutait que Le Vent Paraclet était un livre raté !

Michel Tournier a beaucoup échangé avec les élèves de mes ateliers littéraires. Il nous envoyait de temps en temps des cartes postales. Au recto : sa photo, et au verso de petits messages amicaux. À mes élèves qui lui demandaient une petite bio, il avait répondu : « Michel Tournier, né en 1924, mort en 2000 ». Et de donner comme explication : « Mon grand-père est mort à 76 ans ; mon père est mort à 76 ans. Je mourrai à 76 ans ». Apparemment, le destin n’aime pas qu’on décide à sa place : son temps sur terre a été prolongé de 15 ans ! D’ailleurs, en 2010, il écrivait : « Je ne me suiciderai pas, mais je trouve que j’ai déjà beaucoup trop vécu ».

C’est Tournier qui confiait à un journaliste préférer, dans l’œuvre de Jules Verne Les Indes noires – un livre étrange dont l’action se déroule sous terre, dans une mine désaffectée. Il y a là, au fond, une sorte de clairière (c’est le terme employé dans le livre) où se dresse une maison encore habitée. Vous avez bien lu : au fond, je ne sais plus, à peut-être 100 mètres de profondeur ; et des événements étranges qui se produisent, une présence qui inquiète les habitants. Je n’en dirai pas plus, mon souvenir est trop lointain, trop flou. Mais le livre mérite vraiment une lecture. Il me fascinait, dans ma lointaine adolescence. Je l’ai écrit à Tournier, il y a deux ou trois ans. Il ne m’a pas répondu. Trop vieux, sans doute, pour avoir envie de reprendre un échange. Je ne l’intéressais plus.

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Il a neigé ce matin. J’ai eu envie de fixer ce moment et de vous en faire profiter. Sur la photo, on voit l’arrière de notre maison, le petite table bistrot devant laquelle je ne m’assieds qu’exceptionnellement pour prendre mon goûter (la rue, bruyante, est proche) et le toit bien enneigé de la niche dans laquelle aucun de nos chiens n’a voulu entrer ! Je l’avais pourtant bien isolée : shingles sur le toit, polystyrène sur les parois et au plafond, moquette sur le plancher. Un exemple de ces travaux que l’on fait un jour et qui ne servent à rien…

La fin de quoi ? annonçais-je dans le sommaire de cette page. La fin, pour moi, de la poésie. Je me rappelle une des dernières lettres de Bernard Delvaille : « La poésie m’ennuie » ! L’auteur de « Mille et cent ans de poésie française», une belle anthologie – une des plus intéressantes – parue chez Laffont, avouait une lassitude, de poète et de lecteur, qu’il m’arrive parfois d’éprouver. Découragement de n’avoir pu être plus convaincant…

Sur le 451ème Encres Vives qui vient de paraître, un ami m’écrit : « C’est une belle récapitulation de ton parcours littéraire, en effet très atypique mais humainement et artistiquement passionnant. Reste pour moi (et d’autres, je suppose) le mystère de ta cessation d’écriture, sur laquelle tu demeures étrangement bien silencieux. » Et l’ami auteur de ces lignes a écrit sur l’enveloppe, entre mon nom et le nom de ma rue, en rouge, le mot POÈTE.

C’est vrai, je n’ai pas envie d’en dire plus. J’ai gardé, depuis 1972, le silence sur une première décision de ne plus publier. La vraie raison de cet abandon de la poésie restera sans doute un mystère pour mes amis. Qu’importe ! Ce serait me donner beaucoup d’importance que de croire qu’une explication changerait quelque chose à la vie de mes lecteurs. Je me tairai donc. Mais quand j’essaie d’éclairer mon paysage poétique personnel, je me dis qu’il manque à mes théories sur l’écriture de la poésie une concrétisation, pour tenter de justifier mes choix. De nouveau, certains vont penser que je me donne beaucoup d’importance ; c’est sûr, j’ai trop parlé de poésie sur ce blog. Tant pis ! J’ai passé une partie de ma vie, dans mon métier et en dehors, à essayer de convaincre. J’irai jusqu’au bout. J’ai sur mon bureau une quarantaine de « petites proses » coulées dans une écriture que je crois « poétique ». J’aimerais prouver que la poésie n’a pas besoin du vers pour être. Quel prétentieux je suis ! Je me contente actuellement de les relire, ces petites proses. J’avoue y trouver un certain plaisir. C’est déjà beaucoup…

On a d’heureuses surprises dans une vie consacrée à la poésie : alors que je me prépare à clore ce message, m’arrive par facebook le message d’un lecteur de mon 451ème Encres Vives. «Ayant lu votre dernière parution chez Encres Vives, je découvre que nous avons quelques points communs (et il les énumère ; en effet nous avons eu « des vies parallèles ») … votre style poétique m’est entré tout de suite en résonance », écrit mon correspondant. Je me suis empressé de répondre.

« On n’écrit pas pour soi, on n’écrit pas pour les autres, on écrit aux autres, bien qu’on ne sache pas exactement à qui… »(Pierre Reverdy)

Il arrive qu’on le sache et la poésie devient partage.

Prenez soin de vous et rappelez-vous :

Pour envoyer des textes à la revue

 < jm.alfroy@orange.fr >

Pour s’abonner ou commander un numéro :

< amis.rueventura@hotmail.com >

 

( 10 janvier, 2016 )

Jean Joubert nous a quittés.

Le 28 novembre 2015, Jean Joubert s’est éclipsé avec une telle discrétion que  beaucoup de ses lecteurs n’eurent pas connaissance de sa mort. Le silence s’installe vite et couvre l’œuvre d’un voile d’oubli. Jean Joubert le savait, qui se battait, à sa façon, pour que ses livres rencontrent leurs lecteurs. Je l’ai connu présent dans les établissements scolaires, les salons, les lieux de lecture.

Pendant plus de vingt ans, j’ai beaucoup échangé avec cet homme affable qui ne se dérobait jamais à une invitation et qui a toujours répondu aux sollicitations de mes élèves.

Quand j’ai créé les Cahiers de la rue Ventura (pour rendre hommage à MES écrivains), il m’a paru normal, bien qu’il fût encore vivant, de lui consacrer un dossier. Vous le retrouverez dans le n° 4, auquel ont collaboré Jean Chatard, Gérard Cléry, Michel Cosem, Jean-Paul Giraux, Georges Jean, Béatrice Libert, Jacques Lovichi, Jean-Pierre Thuillat, Jean-Max Tixier.

Aujourd’hui, l’hommage que je veux lui rendre sera nourri de deux textes extraits du Cahier n° 4, mais aussi de fragments de notre correspondance et de poèmes (alors inédits) qu’il m’envoyait de temps en temps pour marquer un événement qui nous touchait l’un et l’autre, ou un début d’année.

À partir de 1999, il a suivi mon modeste travail d’écrivain et me donnait régulièrement ses impressions à la lecture de mes livres. Puis la vie, le temps, ont fait que nos échanges se sont espacés. Je me préparais à reprendre contact quand la mort est venue me rappeler que nous ne sommes que des passants sur cette terre. Seuls maintenant les livres de Jean Joubert continueront de nous entraîner sur ses chemins d’ombre et de lumière.

Dans l’ordre, donc, sur cette page du blog :

En compagnie de Jean Joubert (Cl. C.  dans le cahier n° 4),

Les maisons de Jean Joubert (Cahier 4),

Un portrait de l’écrivain par Louis Hubert paru dans le Cahier 4,

Deux de ces poèmes qu’il m’envoyait de temps en temps, par amitié,

Quelques extraits de lettres dans lesquelles il me parlait de mes livres,

Un dernier poème, manuscrit, dont la dédicace m’avait beaucoup touché.

En compagnie de Jean Joubert…

Je n’entreprendrai pas de vous raconter la vie de Jean Joubert. D’autres l’ont fait, mieux que je ne saurais le faire. Je voudrais plutôt évoquer la découverte progressive d’une œuvre qui a marqué mes jours et qui continue d’accompagner mon cheminement de lecteur. Le poète,  je pris rendez-vous avec lui (je veux dire avec son œuvre) dès 1959, en achetant ces Poèmes d’absence, qui venaient de paraître dans la collection jeune poésie nrf. J’avais manqué un premier rendez-vous, avec Les Lignes de la main, un recueil paru chez Seghers, qui fut très vite honoré du Prix Antonin Artaud.

Les Poèmes d’absence – « recueil devenu rare avec le temps, mais la poésie est à la fois dans le temps et hors du temps », écrit Jean Joubert en 1993 lorsque je lui présente le petit livre à la couverture blanche et bleue sur laquelle le titre a la couleur du sang – il suffit de lire la table des matières pour y découvrir une bonne partie des thèmes que le poète allait développer dans son œuvre poétique, avec au centre du livre cette Planète de la solitude où « rien ne nous désespère / Plus que l’exil aux portes du matin ». Et déjà cette quête de l’être en soi qui dicte les mots que la main recueille. Je ne fus pas étonné de le voir affirmer dans L’Ecole des lettres, à la fin des années 80 : « J’ai parfois le sentiment, de manière certes irrationnelle, que je n’ai pas vraiment choisi d’écrire tel livre, mais que c’est le livre qui a choisi de s’écrire en moi. »

Je n’ai jamais cessé (il ne le savait pas encore) de lire les poèmes que Jean Joubert semait sur sa route d’écrivain, comme les stations d’un chemin où l’on s’arrête un moment, avant de repartir vers d’autres investigations, d’autres découvertes. Recueils qu’il groupait, qu’il groupe de temps en temps dans des livres (ainsi procédait Reverdy) comme pour éclairer le fil directeur d’une œuvre. Poèmes qu’il lui est arrivé aussi de sélectionner, en 1997, dans son Anthologie personnelle, en avouant : « telle est … la trace que … j’aimerais laisser, en sachant qu’elle est hypothétique et sans doute fragile, comme le papier qui lui sert de support. »

Dans l’œuvre de Jean Joubert, très vite vint s’ajouter à la poésie une autre forme d’exploration de l’être, des êtres : le roman. Lecteur curieux, indiscret même, je suis toujours à l’affût des signes qui vont me révéler la personnalité de l’écrivain.  Un romancier  met  beaucoup  de  lui dans ses livres, ne serait-ce déjà que dans le choix du cadre où il fait évoluer ses personnages. Je n’ai pas été attentif aux premiers romans de Jean Joubert, sans doute trop occupé par ma tâche de professeur. C’est lorsque le sud commence à s’imposer dans l’écriture du romancier que je suis devenu sensible à l’ensemble de ses écrits. Le sud m’a toujours attiré, moi, l’homme du nord, selon Reverdy. « Les données d’un lieu, d’une saison, rejoignent les fatalités intérieures des êtres qui s’y déplacent », écrit Pierre Kyria en 1969, à propos de La Forêt blanche, roman dont le cadre n’est pas le sud mais la Forêt Noire ; le propos me paraît pouvoir s’appliquer aux romans qui suivront.

C’est le Prix Renaudot qui, venant couronner L’Homme de sable en 1975, a attiré mon attention sur ces livres que le poète publiait, parallèlement à ses recueils. On a dit que, dans ses romans, l’auteur a essayé « de transposer son expérience de l’écriture poétique », d’y mêler, d’y fondre réel et imaginaire. Certes. Je suis volontiers Michel Cosem quand il écrit : « Chaque fois que le roman se repose, que l’aventure humaine se ralentit, Jean Joubert laisse courir sur les choses le  regard d’un vrai poète ». Et lorsqu’il ajoute que c’est en choisissant d’écrire pour la jeunesse que Jean Joubert a pu vraiment faire entrer la poésie dans le roman.

Un bon livre pour adulte peut être lu par des jeunes, affirme Michel Tournier. Pourquoi l’inverse ne serait-il pas vrai ? Car tel est le cas des Enfants de Noé, qui reçoit en 1988 le Prix de la Fondation de France pour le meilleur roman pour la jeunesse. Jean Joubert a bien raison de classer ce livre parmi ses romans. En 1993, il me dédicaçait mon exemplaire en ces termes : « Pour Cl. C. cette reprise moderne d’un thème antique, Les Enfants de Noé prisonniers d’un déluge blanc ». Roman d’anticipation, récit d’aventures, fable écologique (nous dit le texte de dos), ce pur chef-d’œuvre, que j’ai découvert à 50 ans, a occupé nombre de mes soirées de l’hiver 88 ou 89. J’aime à lire et relire ces livres dans lesquels on entre un peu plus à chaque relecture. Ce roman, il me faudrait des pages  pour en parler. À chaque fois que je l’ouvre, le plaisir du lecteur revient, que j’aimerais analyser, si la place ne me manquait.

Dans les ouvrages en prose de Jean Joubert, il faut distinguer Les Sabots rouges, paru chez Grasset en 1979. De tous les livres de l’auteur, celui dont je suis le plus proche. Récit autobiographique qui commence par cette phrase : « Mon père est mort il y a trois semaines » (l’auteur est revenu  dans  le  Gâtinais de son enfance)  et  se termine ainsi : « …puis je pousserai la porte de la maison » (celle du sud, dans le petit village où il a décidé de vivre). Entre les deux événements, il y a une quête, celle d’une époque lointaine et des êtres dont ne reste que le souvenir. Et Matthieu Galey : « Jean Joubert a le don d’écouter le quotidien ». Quant à l’auteur : « Ce livre, je l’ai placé sous le signe du cœur. J’en prends le risque ».

Michel Cosem, qui a consacré un livre à son ami dans la collection « Visages de ce temps », aux Editions du Rouergue, terminait ainsi l’un des chapitres : « Jean Joubert est une des voix les plus authentiques de la littérature de cette fin de siècle. Son message est proche de nous, il est à la fois singulier et universel. L’œuvre de Jean Joubert n’est pas non plus terminée. À n’en pas douter, elle nous réserve encore de belles surprises ».

Qu’ajouter à ces propos, qui sont toujours d’actualité ? Je vous invite à une promenade dans son œuvre, en compagnie de ses amis.

                  Sablé, 17 avril 2009, Claude Cailleau

 

La Maison, pour Jean Joubert

À Ingrandes-sur Loire, au début des années 1990, mes élèves et moi, nous nous intéressions aux maisons d’écrivains (toujours chez moi le besoin de connaître l’homme qui se cache derrière le livre et l’envie de partager cette passion avec les adolescents qui m’entouraient). Pour mes élèves, Jean Joubert  avait rédigé ce texte auquel il n’avait pas donné de titre.

 

J’ai toujours aimé les maisons : maison natale d’abord, dans un Loiret de brumes, d’eaux lentes, de forêts, mais aussi, pendant les années d’errance, les maisons diverses, souvent dans des terres étrangères, qui ne furent, à vrai dire, que des amours fugaces. Puis – coup de foudre – dans la garrigue languedocienne, au nord de Montpellier, ce petit mas à l’abandon qu’il me fallut patiemment restaurer et ramener à la vie. Il était là, depuis des siècles, à l’entrée d’un minuscule village, au pied d’une colline qui l’abrite du vent du nord : logis de paysan, flanqué d’un potager, d’une vigne et de cyprès que le mistral chahute. Avec ses murs blanchis à la chaux, ses poutres grossières, ses dalles de pierre ou de terre cuite, sa grande cheminée carrelée de rouge où, de part et d’autre de l’âtre, on peut s’asseoir, il possède la beauté rustique et la simplicité qui plus que tout me plaisent. Le confort moderne, qu’il a bien fallu y introduire, est resté discret et n’a pas détruit l’esprit du lieu.

C’est là que je vis, avec ma famille, depuis vingt-cinq années. C’est là que j’écris, dans ma bibliothèque, que je nomme plutôt mon atelier : une ancienne grange, maintenant tapissée de livres, avec une table de ferme où peu à peu s’élève un rempart de papiers, dans le désordre apparent qui est celui des vrais chantiers littéraires. Une fenêtre donne sur le jardin, l’autre sur le verger : un monde d’oiseaux, d’insectes, de verdure et de soleil. Silence, solitude, spectacle renouvelé des saisons.

Naturellement cette maison est entrée dans mes livres. Elle est le décor – et, plus que le décor, un personnage – de l’un de mes romans, Un bon sauvage ; elle apparaît également dans certains chapitres d’un autre roman, Le Lézard grec, et la grande pièce commune m’a même servi de modèle, avec les transpositions nécessaires, pour celle du chalet, dans Les Enfants de Noé. De temps à autre, cette maison se glisse aussi dans mes poèmes. Pour peu que je voyage, son image m’accompagne comme un viatique, à la fois paisible et rassurant, qui peu à peu s’imprègne de nostalgie.

                                                                                                        Jean Joubert (1991)

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En 1996, Jean Joubert m’envoyait ce poème extrait de « Mauvais temps sur la terre », paru à l’Arbre à Paroles…

 

Et toi, veilleur à la frontière

où luttent embrassés l’ange et la bête,

l’un de lumière et l’autre qui grimace,

qu’as-tu saisi qui ne fût pas douleur ?

 

La vitre un peu se teinte de clarté

mais c’est la nuit encore sur la terre,

une nuit moins opaque à peine, qui défaille,

et tu voudrais que cesse cette guerre

et que la boue s’efface où la bête grogne.

 

N’as-tu pas  douté, dans la nuit du cœur,

que puisse à nouveau se pencher vers toi

l’aube pacifiée d’un visage ?

 

Dans le vitrail que le premier soleil colore

on dirait soudain que l’ange va sourire

et que s’essouffle et bronche la bête.

Jean Joubert

 

J’aime ce poème pour la place insolite que viennent prendre parfois les mots, et le vers soudain devient musique. Pour son atmosphère aussi, mi-rêve, mi-réalité  – sombre un peu mais qui laisse au « veilleur » que je suis souvent la promesse d’une aube. De quoi est fait, dites-moi, ce besoin d’entrer dans le poème en allant au-delà des mots ?

 

Quant au second, il me fut envoyé au cours de l’été 2001, avec l’indication « Inédit » et, en tête : Pour Claude Cailleau (signature et dédicace manuscrites)

 

Le soir, l’été

 

Derrière la maison, sous la treille,

la nuit caresse les roseaux

et la lune sur le cyprès

est l’œil écarquillé du monde.

Les enfants, là-bas, dans la pinède,

disent leur « prière indienne »

avec plutôt vociférations de coyotes et de loups.

Entre les troncs des arbres

la lueur d’une torche électrique voyage.

Accoudé à la table,

je bois un alcool blanc

non pas indien mais grec.

Le jour franchi par des chemins tortueux

s’achève dans la paix.

Salut à vous, étoiles vigilantes,

et à toi mon étoile, perdue dans cette foule.

Peut-être un dieu, invisible, muet,

est-il penché à son balcon de brume.

« Un hérisson ! » crient soudain les enfants,

et, près du tas de bois, replié, immobile,

je reconnais le gentil compagnon du printemps.

« Au lit, enfants, n’effrayez pas ce visiteur nocturne,

respectez son errance sous le regard paisible de la lune ».

 

Jean Joubert

 

J’ai gardé précieusement ce poème, avec l’impression qu’il avait été écrit pour moi, pour me faire partager la paix de cette soirée, dans le petit village de la garrigue languedocienne – paix d’un silence habité, dans un univers de poète.

 

Et maintenant, quelques fragments de lettres dans lesquelles Jean Joubert me parle de mes livres avec amitié… Une parenthèse encore, avant de les citer ; à la fin d’une lettre de 4 pages, le 15 octobre 2008, Jean Joubert me demandait : « Pourquoi annoncez-vous, en mars 2007, que vous n’écrirez plus de poésie ? J’espère que la poésie a été la plus forte et qu’elle continue de vous  inspirer » ! Il faut croire qu’elle fut la plus forte en ce temps-là. Le sera-t-elle encore en 2016 ?

 

Déjà, le 4 novembre, Jean Joubert m’écrivait : « … le n° 67 de Friches où j’ai eu le plaisir de lire vos poèmes. Les thèmes que vous abordez me sont proches, vous le savez : l’enfance, l’absence, le souvenir, des paysages inoubliés… Je reconnais même l’image de la vitre, à la fois ouverture sur le monde extérieur et lieu de reflets comme un miroir… »

Et, en 2001, le 26 novembre : « J’ai apprécié vos poèmes. Les extraits de « Échos du paysage » ont le charme nostalgique des petits paradis perdus… Les autres poèmes, destinés aux enfants passent bien la rampe, ils sont lumineux. Parfois un peu trop explicatifs, m’a-t-il semblé. C’est la part de mystère qui souvent nous captive. »

En 2008, ayant lu mon « Histoire du poème » qui allait figurer en introduction de mon livre « Le Roman achevé », il m’écrit : « Vous y exposez avec beaucoup de précision et de finesse la genèse de votre long poème. Et, ce faisant, vous mettez en lumière d’une façon plus générale les différentes phases de l’aventure poétique. Oui, à quelques nuances près, je reconnais bien ma propre démarche, de l’instant où (après un cheminement secret) le poème « frappe à la vitre » (André Breton) jusqu’à celui où il est publié… »

Il y eut, entre nous, beaucoup d’échanges sur nos travaux. Je veux citer encore celui du 8 février 1999, des fragments d’une lettre dans laquelle il me parle de Stef : « J’ai lu avec un grand plaisir votre roman « Stef et les goélands »… Je m ‘étonne que vous n’ayez pas continué dans cette voie. Les personnages sont attachants, l’intrigue bien menée, et vous faites de ce jeune adolescent à problèmes un portrait fort juste et nuancé. Il y a, dans ce récit, un aspect social, mais vous évitez l’écueil du populisme, car c’est encore en poète que vous écrivez, plus attentif à montrer  qu’à démontrer. J’ai particulièrement apprécié votre technique narrative qui utilise le langage familier, des glissements chronologiques (passé, présent, futur), et de personnage en personnage, du réel dans la rêverie. J’ai noté aussi que vous ne donnez pas de repères géographiques, même s’il est évident qu’il s’agit de la Bretagne. … J’aime beaucoup l’atmosphère de sensualité qui entoure les personnages de Stef, Mâram, Patrick et Nine. Je parlerais même d’une sorte d’érotisme, traité de façon pudique : peut-être de « l’érotisme voilé » cher à André Breton. Là encore on perçoit la sensibilité et la subtilité d’un poète. La conclusion m’a laissé un peu perplexe : plus symbolique que réaliste, m’a-t-il semblé. J’ai l’impression que vous avez eu quelques difficultés à trouver une fin. Mais là encore il faut reconnaître que vous ménagez une ouverture… »

Et, dans la même lettre, plus loin : « J’ai reçu deux publications dans lesquelles vous êtes présent. Hasard ? Hasard objectif ? (Encore Breton). Je crois aux « signes », ils éclairent ma route…. un poème et une photo de Stef dans les Cahiers de la Baule, un autre poème, dédié à Reverdy, dans les Cahiers de l’Archipel, que dirige mon vieil ami André Marissel. Ce dernier texte, dans sa sobriété et la sympathie qu’il manifeste m’a particulièrement touché. Je vous souhaite de continuer, avec bonheur et passion toujours, dans le domaine de la poésie… »

Voilà. J’ai fait, dans ma longue vie, de belles rencontres. Jean Joubert faisait (fait toujours) partie des écrivains qui accompagnent mes jours de lecteur. Je l’ai dit quelque part sur facebook : curieusement, ce sont ses « Enfants de Noé » qui m’ont habité le plus longtemps. Sur un de mes exemplaires, Jean Joubert a écrit : « Pour Claude Cailleau, cette reprise moderne d’un thème antique, les enfants de Noé, prisonniers d’un déluge blanc » (la neige qui est tombée en abondance, ensevelissant les maisons jusqu’au toit, bloquant toutes les ouvertures, empêchant les habitants de sortir).

Au dos du livre on peut lire : « Roman d’anticipation, récit d’aventures, fable écologique, ce livre est aussi une méditation sur la fragilité du monde où nous vivons ».

Lisez Les Enfants de Noé. Vous ne serez pas déçu. Et pour un moment vous ferez revivre le poète.

un jour encore

( 30 décembre, 2015 )

Décembre 2015. L’année s’achève…

Les Cahiers de la rue Ventura sortent – l’avez-vous remarqué ? – avec une belle régularité. Le n° 30 est paru en novembre. Les ventes ont été boostées (l’affreux terme ) par ce dossier sur Jean-René Huguenin, auquel ont collaboré des plumes nationales. À notre échelle – modeste, toujours – c’est un vrai succès. Du tirage de 150 exemplaires, il ne reste que les deux numéros d’archives que je garde précieusement, et 3 autres qui vont me permettre d’assurer à ce dossier une présence dans les salons de 2016. Vous avez bien lu : nous en avons écoulé 145 exemplaires !

Et… (j’espère qu’il me lira, je veux lui dire notre gratitude) le lecteur qui en 2010 s’était abonné pour 5 ans a voulu réitérer mais, cette fois, pour 15 ans ! Vous avez bien lu ! Nos échanges m’ont montré qu’il ne plaisantait pas. Quelle récompense pour nous, de savoir que notre revue plaît à ce point !  J’ai répondu à notre ami que quinze ans, ce n’était pas possible. Je ne demande qu’à vieillir mais en 2030, si le Dieu auquel je ne crois pas me garde en vie jusqu’à cette date, j’aurai 94 ans. J’aurai sans doute, et depuis un certain temps, pris ma deuxième retraite. Nous sommes convenus de prolonger son abonnement jusqu’en 2018.  Pour moi, 82 ans, c’est encore envisageable.

Michel Cosem ayant accepté le principe d’un Encres Vives consacré à mon parcours littéraire, je me suis mis au travail. Et j’ai fait appel à quelques amis. Je n’ai oublié personne ; que ceux que je n’ai pas sollicités me pardonnent : la place me manquait pour les inviter tous.

Ce parcours, c’est l’occasion pour moi de parler de mon travail en poésie au moment où je me prépare à la quitter définitivement. Je n’écrirai plus de poèmes. J’en donne les raisons dans le dossier.

Aussi me plaît-il aujourd’hui de proposer ici un texte que j’ai reproduit page 2 du Cahier.

Ce texte (peut-on l’appeler poème ?) qui est paru dans deux revues, m’a valu beaucoup de commentaires favorables. Je l’aime bien, parce qu’il rapproche mes deux lieux de vie mais aussi pour l’importance qu’il accorde à l’objet, ce galet qui est bien plus qu’une simple pierre polie par la mer. «  En elle quelque chose bat, le pouls secret d’une démesure », ai-je écrit quelque part. Voici…

Quelque part au Port-Louis, dans la crique d’automne ouverte au large, aux colères de la mer, j’ai ramassé un vieux galet apporté là par la marée.

Chantera-t-il encore, ce caillou de misère, granit roulé, frotté, usé dans le délire des tempêtes, chantera-t-il encore si je le sollicite un soir de neige, dans mon village perdu quelque part, dans la campagne et les années ?

J’ai ramassé ce vieux galet, doux à mes doigts comme un peau de fille, comme une peine qui s’épuise à vieillir, et voilà maintenant qu’au creux de ma main c’est la Bretagne qui s’attarde et me retient, paisible dans le soir, au clapot de sa vague.

 

Et maintenant une page de mon journal (il faudra bien qu’un jour je le publie, puisque, depuis 1995, il est écrit pour cela)

16 octobre 2015 – Le grand âge arrive à petites foulées. On sent, certains jours, venir le grand froid qui vous habillera de rigidité avant l’incandescence. Le plus étrange, le plus inquiétant, c’est ce vent de sable qui souffle sur les souvenirs, les efface comme les traces de pas dans le désert. Que me reste-t-il de mes années d’enfance, que je puisse immortaliser (pour un moment d’illusion) sur le livre du jour ?

Un de nos collègues, qui enseigna dans le même collège que nous pendant plus de trente ans, se meurt dans l’hôpital de la ville. Le « crabe », c’est à la mode en ces temps où l’on ne sait plus quoi manger pour ne pas s’empoisonner. L’homme se bat contre le plus grand des mystères : que sommes-nous ? Et pourquoi sommes-nous, puisque nous sommes appelés à disparaître comme si nous n’avions pas existé ? Si vous voulez survivre, disait Roger Martin du Gard,  ne comptez pas sur votre famille : dans 60 ans (pourquoi 60 ans ?  30, peut-être) plus personne ne se souviendra de vous. Et il comptait sur son œuvre, le malheureux. Aujourd’hui, plus personne ne le lit. Les jeunes ignorent même qu’il a existé. Comme beaucoup d’autres, qui eurent leur moment de gloire.

« Que suis-je dans ma vie ? Ah, j’aurais dû noter / Quelque part sur un coin de ciel toutes mes courses /…/ Cet enfant que j’étais, qui donc me le rendra ? (René Guy Cadou)

Rimbaud, le voyou de génie, quittant sa vie  à 20 ans pour une plus grande errance, a-t-il vraiment choisi son devenir ou celui-ci s’est-il imposé à lui, dont il aurait été victime ? Le garçon qui écrivait « le bateau ivre » vivait en rêve son délire futur. Curieuse prémonition ! Mais, dites-moi, se crut-il poète un jour ? Et son vieux pote Verlaine, qui l’accueillait dans son lit pour d’autres errances ?

Pour finir, je souhaite une belle année 2016 à tous ceux qui ont eu la curiosité de me suivre dans cette page de décembre. Et…

Si vous cherchez un livre à offrir, pour recevoir « Sur les Feuilles du temps »… (de Cl. C.), envoyez un chèque de 10 € aux Éditions Écho Optique (Bellevue – route de Cholet – 85500 LES Herbiers. )

Que Michel Diaz me pardonne de publier ici sa « lecture » du recueil : il est entré si profondément dans l’univers de l’auteur que celui-ci en a été touché au cœur. L’expression est faible pour évoquer mon sentiment à la lecture du message. Jugez-en vous-même…

«  Je viens de lire d’une traite vos « Sur les Feuilles du temps » et, malgré l’obsédante thématique qui y est développée, j’ai retrouvé l’auteur que j’apprécie : textes d’une seule coulée, souffle court mais obstiné, têtu, tenace. C’est un livre qu’il faut lire en marchant sur des chemins raboteux, parmi les ronces et sous un ciel de crépuscule. L’ombre de la mort y plane tout du long, mais chaque vers, chaque pas, est un pas gagné sur la mort, une victoire, un élan vers le pas suivant, contre le crépuscule, contre la nuit, contre l’absence et l’oubli. Nostalgie et angoisse y sont transformées en victoires, sur le silence, sur la menace confuse qui nous cerne, et cela se transforme en lumière. Y fait la langue que vous utilisez : sobre, claire, rapide, allant à l’essentiel, dégraissée à l’extrême, d’apparence presque pauvre mais usant de ce dépouillement pour être plus efficace encore. Une langue « raclée à l’os ». Vous me rappelez votre âge dans le même courriel, mais c’est cet âge justement qui vous a doté des moyens de cette langue, c’est-à-dire d’un art que vous avez affuté comme une lame sur les cailloux des ans, et c’est là de la bien belle poésie. »

Sur le même livre, Olivier Renault, journaliste, écrivait dans Ouest-France : « Ce recueil de poèmes fait claquer la langue au rythme travaillé de vers taillés pour la lecture. À lire en paix. Et à voix haute, c’est encore mieux. »

Avant de vous proposer une page de ce livre, une photo de l’auteur à 14 ans (tout me semblait possible, alors) et le dessin que Louis Hubert, l’illustrateur des CRV, vient de faire pour la couverture du Cahier intitulé « Cl. C. un parcours littéraire atypique ». La ressemblance est étonnante. Merci, Louis, et bonne année !

Soixante-cinq longues années séparent les deux photos.

Près de 24000 jours, ou 576000 heures !

Que passent les heures !

Les fleuves vont à la mer,

Et nous dans le temps !

Cl. C. 14 ans

 Cl. C. (dessin de louis Hubert)

À Georges, mon père,

homme de peine, homme de cœur.

 

… S’en va sur le chemin.

Chancelle au vent mauvais,

la vieille silhouette.

Et refait le parcours,

tremble, avance deux pas,

Trois pas, c’est trop de deux déjà.

Une horloge le suit,

fragile. Ô le silence

qui gît dans l’or du balancier.

Et fouille dans ses jours.

Vienne la nuit

Sonne l’heure

(C’est Guillaume qui pleure)

Ainsi va le bonhomme

dans l’automne qui meurt.

Se rappelle la robe noire,

tranquille. Elle, qui marche.

Gréco, lunaire silhouette.

Seule mais sereine,

sur la scène, dans la lumière.

Le deuil à fendre l’âme

chante grave dans son rire.

Silencieuse soudain.

Désabusée. Puis tire

sa révérence. Adieu Madame.

Si tu t’imagines

qu’ça va, qu’ça va, qu’ça…

va durer toujours…

la saison des amours…

Et radote le vieux.

Queneau,  Apollinaire,

la Seine coule sur vos vers.

Ailleurs, au bout des terres,

le poète venait,

S’en venait, s’en venait,

vers toi qui t’en allais.

Tu te rappelles, Barbara…

Abritée sous un porche,

quand la pluie et Prévert

se racontaient la guerre,

Le sang noir sur la mer…

la joie évanouie, la guerre…

Le peintre a posé ses pinceaux,

essuie ses mains à son passé.

Les rues racontent et les ponts.

Et la Seine sereine

épouse son histoire…

Ah, Prévert,

ton cancre de lumière

dans l’aube des lampadaires !…

 

Claude CAILLEAU 

(Sur les Feuilles du Temps (Écho Optique)

( 21 octobre, 2015 )

Feuilles d’automne (octobre 2015)

Les Cahiers de la rue Ventura n’ont pas dit leur dernier mot. Je viens d’aller chercher le n° 30 chez l’imprimeur. Ne soyez pas impatients : je ne ferai le dépôt légal qu’au début de novembre. Les abonnés ne seront servis qu’après l’envoi à la BNF.

Superbe, ce numéro ! Une dossier exceptionnel, consacré à l’éternel jeune homme – Jean-René Huguenin – qu’une mort prématurée a préservé du vieillissement.

Le lecteur trouvera là des textes de Philippe le Guillou, Jérôme Michel, Georges Cathalo, Jérôme Attal, Michel Diaz, Jean Billaud, Jean-Marie Alfroy, Éric Simon, Françoise Vignet, Michèle Lévy, Danièle Duchemin, Jean-Claude Coiffard, Alexandre Le Dinh et… Jean-René Huguenin lui-même !

Trois poètes, d’âges différents (c’est important, en poésie) Monique Christofilis, Ariel Spiegler et Denis Wetterwald, nous emmènent dans leur univers.

Michel Passelergue continue de glisser « Des jours entre les mots ».

Gabrielle Burel réveille l’enfant qui dormait dans sa mémoire.

Et Gérard Paris nous promène dans l’œuvre de Marcel Béalu.

Noël approche. Offrez à vos amis un abonnement aux Cahiers de la rue Ventura.

Envoyez un chèque de 22 € à l’ordre et à l’adresse des Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLÉ-SUR-SARTHE.

Pour les textes, adressez-vous au rédacteur en chef : 

adresse informatique : jm.alfroy@orange.fr 

 

Les versions tapuscrites  (juillet d’une autre année)

On se dit (on le dit aussi, au risque de n’être pas cru) : je n’écrirai plus de poésie. Tout va bien : on en est sûr, on va arrêter. Arrêter d’aligner des mots qui disent autre chose que ce qu’ils sont censés dire. Ah, la poésie, cette écriture de l’informulée, d’une langue-mystère qui piège l’être, puisque le message nous est comme dicté. E(Et l’on ne sait plus, relisant l’informe suite de mots quelques jours plus tard, ce que l’on voulait dire.)

Bref, l’on ne devait plus écrire de poésie. Mais, feuilletant un vieux numéro d’Inédit Nouveau, la revue de Paul Van Melle, on s’arrête sur une page que l’on a signée. Deux poèmes pour essayer de cerner l’instant. On relit. Non, ce n’est pas tout à fait ce que je voulais dire.. ; On retrouve sur l’ordinateur le fichier du poème. On commence à modifier le texte. On reste là, devant l’écran, une heure, deux peut-être. On y revient le lendemain. On continue de changer les mots, les phrases. On croit être plus près, maintenant, d’un texte définitif. Va-t-on imprimer, pour en garder mémoire ? Ce qui a disparu sur l’écran de l’infernale machine ? Tous les remords, les trouvailles d’un instant, petits bonheurs de langue, effacés dans la minute qui suit, pour laisser place à une approche que l’on croit meilleure, mais qui disparaîtra à son tour le lendemain – avalées, les multiples versions, par la machine à broyer de l’ordinateur ! C’était là, pourtant, qu’on eût trouvé le sens de la quête, la mémoire d’une recherche qui eût justifié l’existence du poème. Et finalement, cette dernière version, que l’on a cru meilleure, saura-t-on mieux s’y reconnaître ?

Page de mon journal   du 26 juillet 2014)

Entre eux, les écrivains ont parfois la dent dure. Au Père Aubourg de l’Abbaye de Solesmes, Paul Valéry déclare : « Reverdy me fait l’effet d’un pauvre type qui s’égare, qui fait des crottes, mais n’arrive ni ne cherche à lier ses images ». Quant au Père Agaësse, il dit de Paul Valéry : «  Il avait l’air d’un épicier ou d’un employé de magasin… Il était petit, sans aucune distinction ni aucun chic, simple comme un homme de la rue. Et son langage était de même ».

D’un homme déçu, le propos ?  Mais que pouvait attendre un moine d’un écrivain comme Valéry ? Peut-être, simplement, était-il bon observateur –  et Valéry, tel que  notre homme le décrit. (1)

Ah, l’espace entre l’auteur et son œuvre !… J’ai souvent été déçu, voyant pour la première fois un écrivain dont j’aimais les livres…

Roger Martin du Gard, je ne peux savoir. Jeune blanc-bec à peine sorti des troubles de l’adolescence et prêt à m’émerveiller, je l’ai admiré, malgré ses chaussons troués. Mais Marcel Arland… Là, j’ai été subjugué. Pareil au personnage que j’avais imaginé en lisant La consolation du voyageur ou Je vous écris. Ah, Marcel, que n’êtes-vous encore vivant… C’est différemment que je vous aborderais. Vous avez été avec moi d’ne incroyable gentillesse, avec des manières d’homme du monde, bien que né dans un milieu modeste et face à un gamin du peuple. Attentif à mes propos quand je venais vous voir, comme si j’étais quelqu’un. Faisant semblant, de temps en temps, dans vos lettres, de me prendre pour confident. En toute simplicité. Et toujours une suprême modestie. Des écrivains, des hommes comme vous, il n’y en a plus. Jean d’Ormesson, peut-être, dans un autre style. Je ne sais pas. Il faudrait voir…

(1) Solesmes, les écrivains et les poètes, Patrick Hala, Éditions de Solesmes.

Stef et les Goélands…

parut chez Julliard en 1971. La sortie d’un livre en librairie est une vraie catastrophe. Vous avez l’objet entre les mains, vous voilà heureux, comblé. Cela ne va pas durer. Vous vous demandez ce que vous êtes venu faire dans ce monde de jaloux. Vos collègues vous envient et daubent sur vous, entre eux, quand vous n’êtes pas là. Vous naviguez en pleine hypocrisie. Votre livre est honoré d’un prix de l’Académie Française ; cela ne vous rassure pas. Vous inquiète, même. Pendant des années, vous allez traîner le « chef-d’œuvre » comme un boulet. Un artiste, votre collègue au lycée, faisant fi des ragots, peint votre personnage sur un tableau et vous ne reconnaissez pas votre Stef. Êtes-vous flatté ? Même pas.

Une catastrophe, vous dis-je. Le livre est là. C’est fini, vous ne pourrez plus y toucher. Tous les défauts que vous allez y trouver, il sera impossible de les corriger. Avec les années, vous allez progresser, écrire de mieux en mieux, ce n’est pas prétentieux de le dire. Mais Stef sera toujours le même ; maintenant, vous l’écririez différemment, oui, mais il est écrit. On ne peut plus y toucher. Vous comprenez pourquoi de grands écrivains ont renié, brûlé leur premier livre. C’était d’ailleurs se donner beaucoup de peine pour rien : il en reste toujours. Et les héritiers finissent par les retrouver.

Ne parlons pas des posthumes, œuvres inachevées, que leurs auteurs n’auraient pas publiées telles quelles. Ce genre de publication est presque toujours une trahison. Voyez le cas de Camus ou de Gracq. Je sais que certains crient au chef-d’œuvre pour ces deux-là. Pas moi ! Une trahison, vous dis-je

La photo ci-dessous, c’était l’année de la sortie de Stef. Étais-je si fier de moi ? je ne crois pas. Et je continue de ne pas l’être… Ou alors…

Il faudrait écrire sous son vrai nom, mais vivre sous un pseudonyme. N’est-ce pas, Pierre Reverdy ?

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( 14 octobre, 2015 )

Brève de salon – octobre 2015

Dimanche dernier, Corsept, en Loire Atlantique. Rencontre d’auteurs plus que rencontre avec des visiteurs. C’est tout dire. La littérature intéresse de moins en moins nos contemporains rivés à l’écran de leur ordinateur. Le courrier a évolué, lui aussi. Le stylo (quand encore il y en a un dans la maison) reste sur la table, remplacé par le clavier sur lequel les jeunes tapent des mails bourrés de fautes d’orthographe. Encouragés sont-ils d’ailleurs par les réformes qui visent, selon leurs auteurs, à simplifier la langue et feront peu à peu de nos écrits des textes en langue étrangère. Gracq ne disait-il pas que dans 20 ans les gens ne pourraient plus lire ses livres parce qu’il y parle d’auteurs dont ils n’auront jamais entendu parler ?

À Corsept, deux bonnes visites qui ont réchauffé le cœur du vieil écrivain : Patrice, d’abord, venu passer une heure avec nous (ma femme et moi). Patrice a lu presque tous mes livres et il m’en parle si bien que je finis par croire que…. Non, ce n’est pas ça : aucun jugement, si laudatif soit-il, ne m’ôtera mes doutes. Mais Patrice me lit comme je souhaite qu’on me lise ; il entre dans mes livres par la bonne porte, me semble-t-il. Ses commentaires me touchent, me rassurent. Qu’il en soit remercié. Je sais qu’il visite mon blog de temps en temps. Ce message est pour lui.

L’autre surprise, plus inattendue, m’est venue en fin de salon. Je commençais à ranger les livres. Une jeune femme, que je n’avais pas vue feuilleter mon Roman achevé, me dit : ce livre m’a parlé ; je voudrais bien l’acheter mais je n’ai plus qu’un chèque. Avez-vous une carte avec vos coordonnées ? Je me suis empressé de la satisfaire. Je lui ai parlé de mes livres et conseillé d’aller voir mon blog. Le fera-t-elle ?  Je ne sais pas, mais …

si vous n’avez pas oublié, voici, Madame, les informations qui vous permettront de choisir…

Bibliographie de Claude Cailleau depuis 2006

La Solitude du poète, poésie, hommage à Pierre Reverdy, Encres Vives, 2008 (6,10 €)

Le Roman achevé, poème en versets,  la journée du poète, de 5h à 20 h,  Éd. du Petit Pavé, 2009, (8 €)

Mots du jour et de la nuit, poèmes « classiques » sur le thème de l’écriture, Éditions du GRIL, 2009 (5 €)

Cocktail de vie, anthologie personnelle,  fragments de mes mémoires, poèmes, réflexions sur l’écriture, moments de vie, pages de mon Journal, Éditinter, 2013  (16 €)

Sur les Feuilles du temps, poèmes, Écho Optique, 2013 (10 €)

Et je marche près d’Elle, un récit qui se déroule sur plusieurs plans, mêlant époques et lieux,  « le livre du livre qui s’écrit », Éd. Durand-Peyroles, 2013 (11 €)

Crépuscules, une phrase-poème de 30 pages, éclairée par de petites proses « dans le souvenir lumineux des mardis de la rue de Rome, que connaissent bien les lecteurs de Mallarmé », Les Amis de la rue Ventura, 2015 (6 €  + 2 € pour l’envoi)

Tous ces livres, sauf le dernier, peuvent être envoyés franco de port.

Le chèque doit être libellé à l’ordre de

Les Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLÉ-SUR-SARTHE

et envoyé à cette adresse.

Voilà, donc. Aurai-je de vos nouvelles, Madame ? Vous sembliez vraiment intéressée, l’autre jour. Je ne demandais rien, vous êtes venue vers moi pour m’interroger. Ce fut un plaisir.

Les chats d’abord, dans mon enfance, puis les chiens, ont tenus une grande place dans ma vie. Je voudrais aujourd’hui réveiller le souvenir de Thémis du Grand Baou, un Montagne des Pyrénées, un patou, vous savez, ce grand chien blanc qui chasse les loups lorsqu’ils s’approchent des brebis dans les alpages. Thémis a gardé notre propriété pendant 11 ans. Sa taille impressionnait le visiteur quand elle l’accueillait derrière la clôture. Elle n’était pas méchante, pourtant. Distante, plutôt. Sauf avec ses maîtres, qu’elle adorait. Avec elle, on se sentait protégé. Tranquille. La voici, avec son maître, dans les années 80. Elle nous a quittés en 1992, mais nous ne l’avons pas oubliée.

Dans un album pour enfants, je lui ai dédié un petit poème :

 

Assise, elle regarde en elle,

philosophe à son habitude :

Pourquoi le maître est-il parti ?

Sous le feuillage, le jour meurt

d’un bloc de soleil tombé

là-bas entre deux averses.

Elle attend, le regard lointain,

patiente en apparence

mais fébrile au-dedans :

Mon maître, quand reviendras-tu ?

 

Claude Cailleau

 

Et portez-vous bien. Voici qu’arrive

« l’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide… »

Vous connaissez la suite.

 

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