( 12 septembre, 2012 )

Ce 13 septembre, alors que je viens de fermer les volets de mon bureau pour protéger les livres du soleil…

Confidence

Directeur de Cahiers dans lesquels je ne publie pas mes poèmes (heureusement quelques revues les accueillent), j’ai envie parfois de glisser dans ce blog quelques confidences que je livre d’ordinaire à mon journal. De libres propos, aujourd’hui, pour l’échange.

La photo, un peu plus bas, c’était à Courdemanche, un modeste salon du livre au milieu d’un vide-grenier. Le 14 juillet. J’en ai déjà parlé en août. Mais regardez bien la photo. Vous y verrez d’abord un type réfrigéré. Les auteurs étaient rassemblés sous un barnum. Pas de bâches sur les côtés. Des stands en plein vent ; et Dieu sait s’il ne faisait pas chaud ce jour-là ! Heureusement, j’avais prévu le coupe-vent que j’endosse en Bretagne pour me protéger du froid.

Il faisait « un temps de chien », comme on dit. Soleil et averses. A peine une température de début de printemps. Le déballage que vous voyez près de la camionnette n’allait pas rester là longtemps. Périodiquement, une grosse ondée venait frapper la toile sous laquelle nous nous abritions.

Atmosphère surréaliste : des livres en plein air, sur une table ; et à un mètre à peine, un mur d’eau infranchissable qui nous isolait du monde. Entre les panneaux que j’avais accrochés derrière moi et la pluie, 20 cm à peu près, mais pas une goutte sur les feuilles. N’eût été le froid, j’aurais savouré la situation en regardant les gens courir sous la pluie, moi, bien au sec dans mon refuge en plein vent. Sur les panneaux, vous aurez reconnu, en haut : Georges Jean, mon vieux Maître – il fut mon professeur au Mans dans les années 50 - et, en bas : Pierre Reverdy, mort en 1960 à Solesmes. Pour Reverdy, je vous recommande ses œuvres complètes parues en 2010 chez Flammarion… et la biographie que je lui ai consacrée ! (Elle est parue en 2006 aux Editions du Petit Pavé ; vous pouvez toujours la commander pour 18 euros à votre libraire ; et s’il vous dit que ce livre est épuisé, répondez-lui qu’il ment ! Et allez le commander ailleurs. Quand on est libraire, on ne doit pas mentir par paresse.)

Mais revenons à la photo. C’est une occasion pour vous de jeter un coup d’œil sur la table… J’y ai étalé mes livres, et la revue. Le Reverdy était un peu plus à droite, avec le cahier Encres Vives dans lequel je propose un « Tombeau » du poète et le CRV n° 8, avec le dossier à lui consacré.

Quant à mon « Stef », à gauche sur la table, actuellement, dans les salons, je le donne pour tout achat d’un livre sur mon stand. Vous savez qu’un roman, s’il est d’un inconnu, ne vit guère plus de trois mois (seuls ceux de Nothomb… Mais la dame aux chapeaux est un cas). Stef, lui, sans tapage, Stef, qui eut un prix de l’Académie Française, Stef dont l’auteur pourrait donc se dire, comme certains, « lauréat de l’Académie Française » (mais il ne le fait pas, trouvant que cela fait un peu prétentieux), Stef continue, modestement, de survivre. Et, comme le temps n’a pas d’effet sur les personnages de romans, 40 ans  après la parution du livre, Stef est toujours un adolescent. S’il vit encore, c’est que j’avais eu la bonne idée d’en racheter quelques centaines d’exemplaires lorsque l’éditeur a décidé de le« pilonner ».

« Stef et les goélands » se vend sur la Toile, pour quatre sous, alors qu’un internaute peu scrupuleux propose mes autres livres à des prix prohibitifs, sous le prétexte, parfois, qu’on peut y trouver quelques mots écrits de ma main (sans doute quelqu’un qui m’avait demandé une dédicace) ça flatte l’ego, de voir ses écrits appréciés à leur juste valeur ! ! (Je plaisante, bien sûr.)

Si vous allez voir, ne tombez pas dans le piège : mes livres sont toujours en vente, à un juste prix, chez les éditeurs, et pour certains chez les « bons » libraires. Si notre homme pense que mes livres ont une telle valeur, qu’il les garde ! Quand je ne serai plus sur cette terre, les prix monteront encore, et vertigineusement !

A bientôt, pour d’autres réflexions sur le temps qui passe. Le nez rouge de l’auteur,  sur la photo, n’est pas dû à l’alcool : je ne bois un verre de vin que le midi, au moment du fromage. C’est seulement que, l’âge étant venu, je suis devenu frileux.

Et hâtez-vous d’acheter mes livres : on me dit que les tirages s’épuisent…

Sablé le 11 septembre, alors que l’été, discrètement, nous abandonne. (Cl. C.)

Ce 13 septembre, alors que je viens de fermer les volets de mon bureau pour protéger les livres du soleil… image-salon-225x300

Photo Céline Ramanantsoa

 

( 28 août, 2012 )

Août 2012 – Pour renouer après un long silence…

Voici le sommaire :

1 – A la demande de poètes publiés dans les Cahiers, quelques  précisions.

2 – Pour relancer le dialogue autour de la poésie… (Ici, un texte très long, excusez-moi.  Mais je reste persuadé que vous irez jusqu’au bout du discours… et que vous aurez envie d’engager le dialogue).

3 – Des nouvelles : le Cahier 16

les surprises du Net

(Par peur de vous lasser, et parce que j’aimerais vraiment que vous lisiez la réflexion sur la poésie proposée en 2, je termine par ces nouvelles en précisant tout de même, pour aiguiser votre appétit, que les surprises du Net ne sont pas banales…)

Août 2012 – Pour renouer après un long silence… Cahier-16-blog-1-225x300

 

( 28 août, 2012 )

Pour tout savoir sur les Cahiers…

Un blog n’est pas un site. Si j’ai choisi le blog, c’est que le site, avec sa rigidité, ses rubriques bien délimitées, n’aurait pas offert l’aspect d’une conversation, d’échanges entre amis, que je voulais donner à mes propos.

On m’a dit à plusieurs reprises qu’on n’avait pas trouvé sur mon blog les informations qu’on attendait. Elles y sont ; il suffit de les chercher en descendant dans les pages.

Je sais, les esprits méthodiques trouveront que ce choix donne à l’ensemble un aspect  un peu « fouillis. Ce blog, j’aimerais qu’on y flâne, passant éventuellement sur certains textes, s’attardant sur d’autres. Longtemps. Et réagissant aux propos…

Voici donc à nouveau les informations sur les Cahiers. Hâtez-vous de les noter avant que l’arrivée de nouvelles pages ne vienne vous obliger à une descente dans ce que j’appelle « les jours anciens » du blog. Donc…

Les Cahiers de la rue Ventura, revue littéraire paraissant tous les trois mois, offrent des dossiers sur les écrivains, de la poésie, des pages d’autobiographie, des chroniques sur les arts et des notes de lecture.

Le numéro est vendu 6 euros (port compris)

L’abonnement (4 numéros) est à 22 euros.

 

Commandes à L’Association

« Les Amis de la rue Ventura » – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLE-SUR-SARTHE

Chèque à l’ordre des « Amis de la rue Ventura »

 

Pour toute autre question, un mail à   cl.cailleau@free.fr

Pour tout savoir sur les Cahiers… arbre-2-186x300

( 27 août, 2012 )

« Insaisissable poésie… »

Je reprends ici le titre que Jean-Marie Alfroy a donné au texte que nous avons publié dans le Cahier 13 B. Aujourd’hui, je souhaite que l’on revienne à la question : « Est-il nécessaire de se mettre d’accord sur l’écriture de la poésie ? »

Celui qui a choisi de gérer une revue se trouve affronté tous les jours à des choix difficiles. Je vous conseille de rouvrir le n° 9 de nos Cahiers. Je citais là, dans un texte intitulé « Jeune poésie » (texte repris par Arpo dans son bulletin de l’hiver 2011) un fragment d’une déclaration de Dominique Aury : « Qu’est-ce qui mobilise ceux qui font les revues ? … Ne serait-ce pas la plus belle des impatiences ?… Dans ces assemblages arbitraires, inattendus, dans ces insolites découpages, quelque chose est là, de plus vivant qu’ailleurs : la littérature à l’état naissant. »

S’agissant de mes Cahiers, « assemblages inattendus » : d’accord. Mais « arbitraires »… Non ! Nous savons depuis les débuts où nous voulons aller, et même à quel moment il nous faudra arrêter. « Moment », le terme est impropre. Je devrais dire que la Revue s’arrêtera quand le programme que je me suis fixé aura été rempli. Et pour ceux qui, abonnés, nous suivent depuis un moment, une info : le 15 et le 16 forment ce que je nomme une parenthèse (même si leur contenu va dans le sens de nos recherches). Dans le 17, nous reviendrons aux dossiers. J’ai dit « recherches », car, à moins d’être cousu de certitudes, le poète est toujours habité de questions sur l’utilité de son art, par rapport aux lecteurs mais aussi à lui-même. Et questions sur les moyens qu’il va utiliser pour en faire un art

En d’autres termes, quelle forme l’écriture de la poésie doit-elle prendre ? Je sais, le débat est ancien, le sujet rebattu. Cela n’empêche pas de souhaiter y revenir.

Un exemple ? Je vous propose un fragment d’une lettre de Jean-Marie Alfroy. Romancier, poète, J.M. A. collabore régulièrement aux Cahiers avec une chronique sur les arts et nous avons publié des « blues » de sa plume dans le n° 13 A ; il vient aussi d’être accueilli dans la revue belge « Inédit Nouveau » et dans « Friches ». (Vous voudrez bien m’excuser d’avoir laissé, dans cette copie de sa lettre, deux passages dans lesquels il trouve des qualités à mon travail d’écrivain ; je ne veux pas croire à de la flatterie. J.M. A. me connaît et sait que j’ai toujours fait vœu de modestie. Bref, je ne ferai pas comme cet auteur – il est mort, paix à ses mânes ! – à qui mes élèves demandaient qui était, selon lui, le plus grand poète vivant et qui répondit sans plaisanter : « C’est moi » Authentique !

Voici donc ce que m’écrivait le 22 mai 2012 Jean-Marie Alfroy, qui venait de relire « La Littérature sans estomac » de Pierre Jourde, livre dans lequel un chapitre est consacré à la poésie. (Vous trouverez ce livre en Pocket). L’auteur y livre un « projet de machine à poésie », propose une « méthode de  fabrication », suivie d’un « lancement des machines » qui fait tomber sur la table un poème « rédigé absolument au hasard, sans douleur aucune, en deux minutes trente secondes ». Avec le plus grand sérieux, notre homme ajoute : « Il serait aisé d’informatiser la chose et de laisser faire l’ordinateur »…

Mais…

Excusez-moi, si je ne me retiens pas, c’est 10 pages que je vais vous offrir et vous ne me lirez plus. Je laisse la parole à Jean-Marie Alfroy.

« … Si je vous ai demandé de relire de relire le chapitre concernant la poésie dans l’essai de Jourde, c’est que j’y vois le sujet d’un chronique pour la fin de l’année… Jourde dénonce un nouvel académisme moderne dans l’usage inconsidéré du vers libre. Surtout, ne vous sentez pas visé, car vous faites partie de ceux qui l’utilisent avec suffisamment de talent et de naturel pour que, comme on dit, « ça passe toujours ». Mais ça n’est pas vrai pour tout le monde.

Depuis que je lis pour la Revue et dans la Revue, des poèmes venus de tous les horizons, je commence à avoir ma petite idée sur l’emploi du vers libre. Chez beaucoup, c’est un pur artifice. Ce qu’ils écrivent pourrait s’écrire en prose (comme mes « Faux souvenirs » parus dans Inédit Nouveau), ça ne  serait pas plus mal – et peut-être mieux. Comme l’écrit Jourde avec malice, ils font de l’analyse logique sans le dire (et le savoir ?), allant à la ligne  au bout de chaque segment syntaxique.

Prenons l’exemple de la fameuse phrase, extraite de l’ancien code pénal, prononcée par Fernandel dans le film « Le Schpountz », ça donnerait ceci :

Tout condamné à mort

aura

la tête tranchée.

Joli poème, n’est-ce pas ? Sujet-verbe-complément…

D’autres, plus subtils, écriraient :

Tout condamné

à mort

aura la tête

tranchée.

Belle mise en évidence de « mort » et de « tranchée » ; de quoi trembler d’angoisse. Et ça fait un poème ? Non. Portant, j’ai lu des textes qui ne valaient pas beaucoup mieux.

Jourde dénonce aussi l’impropriété lexicale ou sémantique comme procédé pour « faire poétique » ; ça, je l’ai vu chez un très grand nombre  d’auteurs, même des reconnus. Je ne citerai pas de noms pour être gentil. Mais jamais chez vous, heureusement.

Bref, j’ai la conviction qu’en 2012 nous sommes arrivés au bout des possibilités du vers libre, comme vers 1880 on était arrivé au bout de la versification classique. Mais que faire ?

A mon avis, il existe deux directions possibles :

- Le retour aux contraintes formelles (anciennes ou nouvelles, donc à inventer)

- l’abandon du vers pour la prose (prose poétique si vous voulez). Ces deux voies sont déjà empruntées ; la première par Nicolas Grenier, par exemple (ses sonnets sur Drancy (1)), par Valérie Rouzeau dans « Vrouz » qui, elle, pratique le sonnet déstructuré (14 vers sans quatrains ni tercets – sans rimes non plus), par Nicolas Gille (2) dans le recueil que vous m’avez donné à recenser (des sizains rimés en chiasme : a-b-c / c-b-a), par vous-même, mon cher, dans vos « Classics poems » (3) si finement ciselés. Par modestie, je tairai dans ma chronique un dénommé Alfroy qui s’est essayé à répliquer lepatron syntaxique et rythmique du blues dans quelques poèmes (4). On pourrait citer aussi tous les haïkistes.

La seconde, elle, a été très fréquentée tout au long du 20ème siècle par les plus grands : Reverdy (eh oui, toujours lui), Saint-John Perse, Victor Segalen, Valéry Larbaud, Léon-Paul Fargue, Henri Michaux, Francis Ponge, et tant d’autres…. Cette voie, à mon sens, n’est pas obsolète.

Je viens d’en avoir la preuve en prenant connaissance de deux ouvrages de Claude Ber que j’avais commandés à mon libraire… Cette auteure… utilise le vers libre, mais avec parcimonie car elle l’abandonne souvent pour de longues pages en prose. .. Cela me permettra de conclure… en déclarant que l’avenir de la poésie est sans doute … dans la prose !

Voilà de quoi alimenter la polémique et « faire gémir les presses » comme disait Monsieur Homais. Qu’en pensez-vous ? Nous aurons, je le sais, l’occasion d’en reparler. »
Jean-Marie Alfroy

Fin de citation. Et vous qui nous lisez, qu’en pensez-vous ? Vous avez la parole. Une page de commentaires vous est ouverte : profitez-en.

 

Mais je n’ai pas fini.

Au début du chapitre qu’il consacre à la poésie, Pierre Jourde cite Jacques Roubaud  : « On peut dire qu’il ne demeure dans la pratique majoritaire du vers libre commun que ce que Réda appelle très justement le  poteau : ATTENTION POÉSIE »

Car le problème est là ; je reçois toutes les semaines des textes en vers libres appelés POÈMES par leurs auteurs, lesquels sont allés à la ligne sans savoir pourquoi, seulement pour prévenir que ce sont des vers.

Et je vais vous surprendre…

Prenons un exemple. Pas n’importe lequel. J’aime beaucoup ce qu’écrit ce poète (ce qu’il écrivait, car il nous a quittés cette année) J’ai beaucoup aimé sa façon d’aborder certains thèmes qui me sont chers. Aimé ces poèmes dans lesquels transparaissent angoisse (de vivre) et nostalgie (regard jeté derrière soi). Il y avait de la modestie dans cet homme, de la patience, une grande confiance dans le pouvoir du langage.

Je ne le nommerai pas. Vous reconnaîtrez peut-être son poème. Le voici, en prose…

« Ce n’est pas moi qui parle mais à travers cette voix qui me dicte des paroles inconnues c’est comme un irréductible mystère qui chemine dans l’obscurité de mes veines. »

Voilà. J’ai mis en prose ce poème que dans son livre l’auteur avait proposé en vers.

Nous allons – voulez-vous ? – faire le procès du vers libre.

Essayez de redonner à ce poème sa forme initiale. Si votre découpage est celui qu’avait choisi le poète, c’est qu’il y avait une nécessité interne qui commandait le choix de cette forme versifiée. Sinon, c’est que, sans doute, il serait temps d’abandonner le vers pour la prose poétique.

Car – n’en doutez pas – le texte que je vous ai proposé est bien « poétique ».  Il y a cette idée que le message vient du tréfonds de l’être, impossible à décrypter parce que la vraie poésie est ésotérique), et l’image (chemine) qui lie étroitement notre environnement concret et tout ce qui en nous n’est  perceptible par aucun de nos sens, mais existe – l’idée, aussi, que lorsque l’on écrit un poème, en réalité, c’est lui qui s’écrit, et que l’on n’intervient guère (Une relecture quelques jours plus tard nous le révèle, qui nous fait découvrir un message étranger). Cette idée est mienne depuis longtemps. Elle est seule à justifier pour moi l’utilité de l’écriture. Interrogez Jean Joubert sur ce sujet, il ne vous dira rien d’autre.

Ce développement n’est pas une critique du texte cité. Je ne me le permettrais pas. Si vous ne parvenez pas à retrouver le poème en vers tel que l’auteur avait choisi de le présenter, au moins pourrais-je dire que la forme choisie a été la conséquence d’une dérive du vers libre.

Puis-je, pour conclure (il est temps !) vous conseiller la lecture de quelques livres arrivés en service de presse au siège de la Revue ? J’en ai choisi quatre.

« Aragon, Césaire, Guillevic et 21 poètes invités du Mercredi du poète » Etudes et entretiens, par Jean-Paul Giraux (Anthologies de l’Arbre à paroles)

« Réveiller l’aurore », de Jacques Demaude (Le Taillis Pré)

« Présence de la poésie » – Pierre Garnier, par Cécile Odartchenko (Ed. des Vanneaux)

Et – pourquoi pas ? –

« La Nuit des jours », de Gilbert Prouteau (Ed. Echo Optique) De beaux poèmes « classiques ».

On y lit une poésie qui n’est pas polluée par un modernisme sans fondements. Un modernisme refuge de la facilité, et qui concrétise un grand vide. Lire de la poésie : activité salutaire pour lejeune poète (5). Car… comme l’écrivait un des membres du comité des Cahiers, exaspéré de lire des poèmes sans  poésie : « Voilà ce qui arrive quand on se mêle d’écrire de la poésie sans en avoir lu ! »

 

(1)   Cinq sonnets de Nicolas Grenier, dans le Cahier n° 16

(2)   « Un ciel simple »,  Nicolas Gille, Ed. du Petit Pavé

(3)   « Classic poems », Claude Cailleau, Ed. du GRIL (Belgique)

(4)   « Blues », par Jean-Marie Alfroy, dans le Cahier 13 A

(5)    Dans le Cahier n° 9 : de Cl. C. « L’art naît de contraintes et meurt de liberté »

« Insaisissable poésie… » La-poésie-en-livres-blog-3-300x225

 

( 25 août, 2012 )

Des nouvelles, maintenant…

Remercions Jacques Le Goff, professeur de droit public à Brest, d’avoir osé, en plein mois d’août, parler, à la première page du quotidien Ouest-France, de « l’indispensable poésie ». C’était le 13 août, alors que la canicule incitait les uns à se précipiter dans les vagues, et les autres à se réfugier dans la pénombre des maisons aux volets fermés.

« Sans (le poète) que le monde est triste et irrespirable ! »  concluait l’auteur.

Parler de poésie à la première page d’un quotidien, il fallait oser le faire ! Vous trouverez sans problème cet article sur la Toile. Il vaut le détour.

 

Le Cahier n° 16 vient de paraître. Conçu sur le modèle du 15, parenthèse dans le programme de la Revue, il vous propose une réflexion sur la poésie et des poèmes de Marc Bernelas, Henri Chevignard, Colette Elissalde, Nicolas Grenier, Isabelle Lévesque, Monique Saint-Julia et Bernadette Throo. Suivent le journal de Michel Passelergue, la chronique de Jean-Marie Alfroy (Julien Gracq est-il romancier ?) des « nouvelles » de Stéphane Beau et les notes de lecture sur les derniers livres de Guillaume Decourt, Gilles Lades, Gérard Cléry, Valérie Harkness, Danièle Corre, Silvaine Arabo, Michèle Lévy, Georges Jean, Claude Serreau, Jean-Pierre Boulic, Paul Couëdel, Jacques Basse, Nathalie Lescop-Boeswillwald, Colette Elissalde.

Les surprises du Net…  La revue me vaut chaque jour une arrivée massive de mails auxquels je m’efforce de répondre dans les 24 heures. Mails qui, parfois requièrent une belle patience. Il y eut ce correspondant soupçonneux qui avait choisi un nom avec particule, très vieille noblesse de France. Sa question portait sur la nature de ma Revue. Réponse immédiate, suivie d’une série de questions de mon correspondant (une chaque jour) auxquelles , malgré une exaspération croissante, je répondis courtoisement. Notre homme finit par négocier un abonnement de cinq ans, moyennant une petite réduction du prix, laquelle  lui fut accordée. J’espère qu’il n’a pas regretté sa décision. (Merci, J. CL. R., pour cette belle confiance !)

J’avais eu beau dire que 5 ans plus tard je ne serais peut-être plus de ce monde. « Je ne veux pas m’arrêter à ces considérations funèbres », me fut-il répondu. J’ai donc signé ce jour-là un bail qui m’imposait de gérer la revue jusqu’au n° 30 ! Résisterai-je à la lassitude ? Il me reste trois ans et demi… Pour ce qui est de la survie, on peut espérer.

Deuxième surprise, plus étrange, celle-ci :

Le 16 février, d’un énigmatique correspondant qui signe MKL, je reçois le mail suivant

« Il agitait un bout de ficelle devant le nez du chat / pour l’attirer hors de la chambre. / Qui était la bête ? / Jour funeste / que celui où / on enleva ses amygdales / au grand lapin blanc. / Il n’avait pas son pareil / pour boire à la bouteille, / ce grand échalas,  / déglutissant à toute allure, / de haut en bas, / le vin de sa treille / au milieu des résédas. » ( mkl)

Le 17 février, je réponds : « L’étrange message ! Quelle en est la raison ? Quand on dirige une revue, il faut s’attendre à tout. Pas mal, le petit poème ambigu. Que comprendre ? Et que cache cette adresse mél énigmatique ? »

Un mois se passe puis, le 20 mars, nouveau message, sibyllin comme le précédent :

« Ô raves impatientes de l’au-delà, / votre attente s’achève / dans la panse ruminante des bestiaux las / des étables de l’hiver, / dans des fermes de pierre. » (MKL)

Le lendemain, j’envoie à mon inconnu des vers d’Yves Cosson, extraits de « Cages à plumes et à poils » : « Écœuré dans son coin / Le paon / Fait la tête / Se ravise et fait la roue / Et reste / En panne / Pauvre Léon / Tant d’yeux et de coups / D’éventail / Pour des plumes » (Sans autre commentaire. Petite provocation, pour voir.)

Le 28 avril, m’arrive ceci : « Cette fois-là encore, ce n’était pas au point. / On s’attendait à tout autre chose qu’une mouche sur le pain. / et qu’une blatte / au fond d’un escarpin ! / On continue à soulever le loquet des portes, / à aiguiser son couteau contre la pierre, / à marcher le long de la rivière / et à faire escale au jardin. / On reçoit des lettres mortes / mais toujours aucun appel divin. » Et, en gros caractères : Cordialement, MKL

Le 3 mai, étonné par l’amicale salutation de la fin du message, les précédents m’ayant été adressés « tout secs », je réponds, m’inspirant de Henri Michaux dans le choix du lexique, avec un clin d’œil au vieux Max et tenté par le souffle de Saint-John Perse dans l’exclamation finale ( j’espérais  déclencher un réflexe immédiat) : «  Cordialement, dites-donc ! Les choses s’ambiguisent. Le crapaud de Jacob se rassure, gobe le noir, guettant  l’éclair. Le rat fouille dans l’ampenaille et guette, attend, et guette encore. Espère propos franc de la plume. Que l’ombre au noir se débidonne ! Et le grand rire alors aux portes du Cahier !… »

Puis j’ai attendu. J’attends encore. Mon correspondant ne s’est plus manifesté. Un moment, j’ai regretté son silence. Peut-être n’ai-je pas répondu à son attente…

Une revue et des livres…  Cela entraîne des obligations. Au printemps et au début de l’été, les salons se sont succédé. Le 14 juillet, à Courdemanche (72), dans le calme de la vieille église, devant 22 personnes (pas mal quand il s’agit de poésie) je suis venu parler de Georges Jean ; et Nicole Olivier et moi avons lu des poèmes choisi dans ses livres. Une écoute remarquable, un moment d’émotion, comme à chaque fois que la poésie atteint son public. Et l’on se prend à regretter que ces séances ne soient pas plus fréquentes.

 Et, ci-dessous, le salon du livre et des Arts à l’Épine en l’île de Noirmoutier, les 3 et 4 août. (Photo Les écrituriales). Peu de ventes mais des rencontres  comme on aime en faire.

 

Mon amical salut à tous !
Sablé le 25 août 2012,    Claude Cailleau

 

Des nouvelles, maintenant… Salon-de-lÉpine-blog-4-300x225

 

( 14 mai, 2012 )

Mai 2012 – Voici le sommaire pour cette nouvelle page, qui s’est fait un peu attendre

Mai 2012 – Voici le sommaire pour cette nouvelle page, qui s’est fait un peu attendre marine3_modifié-1-203x300

1 – Complément d’information sur « Les Nymphes de l’océan » et sur le dépliant « Traces » (prix et adresse pour commander ces livres)

2 – Les poètes du Cahier n° 15, paru en mars (Si vous voulez le commander, dépêchez-vous : il ne reste plus que 7 exemplaires.) et du n° 16, à venir…

3 – La réaction de Jean-Marie Alfroy, membre du Comité de rédaction des Cahiers, à la lecture du texte « Vous avez dit Poésie ? » paru dans le n° 9. Vous pouvez recevoir ce numéro contre 6 euros, à l’ordre des Amis de la rue Ventura.)

4 – Une « lettre ouverte à un vieux poète ». (Ce texte est paru dans « Les Brèves », le bulletin des Editions du Petit Pavé, en 2005, mais je pense qu’il reste d’actualité.

5 – Le programme des prochains Cahiers. 

6 – Quelques événements littéraires…

 

1 – Les Nymphes de l’océan, roman pour enfants à partir de 8 ou 9 ans (cela dépend de la maturité des lecteurs)

J’annonçais sa sortie, la possibilité de le commander aux « Amis de la rue Ventura » ; et, le 20 avril, je reçois ce message :

« Tout cela est bien beau, mais à quelle adresse envoyer les 12 euros ? Notre fille souhaiterait avoir votre livre pour son anniversaire… »

Si je n’avais pas donné l’adresse, c’est qu’elle figure un peu plus bas dans les pages du blog.  Donc… voici les précisions demandées :

Les Nymphes de l’océan, ce sont les  lettres que Marine (10 ans) envoie à son amie Océane partie aux Etats-Unis. À travers ces lettres, les relations, parfois conflictuelles, dans une famille, la vie d’une classe, l’amitié, la naissance de l’amour, et… l’intervention dramatique du destin…

Vous pouvez commander le livre aux

Amis de la rue Ventura  -  9 rue Lino Ventura  -  72300 SABLE-SUR-SARTHE

Contre un  chèque de 12 € à l’ordre des Amis de la rue Ventura (le port est compris)

Et je profite de l’occasion pour rappeler que le dépliant « Traces » (trois réécritures d’un poème) illustré par Marie-Thérèse Mekahli, peut encore être commandé (même ordre pour le chèque et même adresse). L’édition est limitée à 100 exemplaires numérotés. Traces est un exercice original, puisqu’il débouche, par le procédé du patchwork, sur la possibilité offerte au lecteur, de composer des millions de poèmes, le message restant le même.

 

2 – Les Cahiers de la rue Ventura. Le n° 15 proposait des textes sur l’écriture de la poésie et des poèmes de Patrice Angibaud, Silvaine Arabo, Jean-Michel Bongiraud, Bernard Gueit, Philippe Jaffeux et du collectif « Le Temps des Rêves ».

Le n° 16 présentera le même type de contenu, avec les textes et poèmes de Isabelle Lévesque, Bernadette Throo, Colette Elissalde, Marc Bernelas, Henri Chevignard, Monique Saint-Julia.  Et, suivant la place qui nous restera quand nous auront mis en page, quelques poèmes et pages d’enfance reçus en 2010-2011.

 Car la revue commence vraiment à être connue et les poètes nous sollicitent beaucoup. Certains s’impatientent quand leurs textes, qui ont été acceptés par le Comité, tardent à passer dans la Revue. Il faut savoir que les 52 pages se remplissent très vite ; les 10 pages réservées aux notes de lecture aussi. La poste ne nous faisant pas de cadeau, nous ne pouvons dépasser les 62 pages actuelles.
Quant aux services de presse, ils arrivent en nombre. Nous avons actuellement 87 livres en attente d’une note de lecture. Si vous avez envoyé un S.P. soyez patient. Nous étudions le moyen de parler plus vite des ouvrages reçus.

( 14 mai, 2012 )

3 – Une réaction à l’article « Vous avez dit Poésie ? » paru dans le Cahier n° 9

3 - Une réaction à l’article « Vous avez dit Poésie ? » paru dans le Cahier n° 9  2011-03-19-Claude-CAILLEAU-PICT0307-300x225

Peu de temps après la sortie du n° 9, j’avais eu l’heureuse surprise de recevoir un courrier de Jean-Marie Alfroy, le chroniqueur d’art de la revue, devenu depuis membre du Comité de lecture. J’avais gardé cette lettre, me promettant de la publier unjour. En voici un long passage qui intéressera sûrement les lecteurs de poésie…

 

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« …Venons-on à présent à votre article princeps des pages 4 à 9, celui qui fait l’intérêt majeur de ce numéro. Cela m’amène jusqu’au pied du mur, c’est-à-dire à la  question : qu’est-ce que la poésie ?

C’est comme se demander de quoi est faite l’intelligence ; nous appréhendons facilement les notions abstraites, mais nous sommes incapables de les définir.  A la question « qu’est-ce que la poésie ? », mon premier mouvement est donc de répondre que je n’en sais rien.

Mais je me ressaisis et adopte le vieux réflexe des montagnards qui savent de longue date que le meilleur itinéraire pour atteindre un sommet n’est pas  nécessairement le plus court, et qu’il faut souvent contourner et re-contourner l’obstacle. Moi, je le fractionne, et dis qu’il n’y a pas La Poésie, mais des Poésies qui se sont succédé dans le temps et qui, parfois, ont pu cohabiter. J’en vois au moins trois.

La première, celle des commencements, appelons-la, si vous voulez, originelle. Bien qu’elle fût écrite, elle a d’abord été ditedevant des auditoires à peu près illettrés : c’est l’Iliade et l’Odyssée, la Légende de Gilgamesh, la Divine Comédie ; c’est notre Chanson de Roland. Elle est narrative et épique, fondamentalement orale et donc faite pour être déclamée, scandée, psalmodiée et, le cas échéant, accompagnée de la lyre, du luth, de la guitare, voire du…tam-tam. Les rimes ou les assonances, les rythmes immuables servent à faire entrer dans les mémoires ce qui pourra être transmis de bouche à oreille.

Cette poésie-là a-t-elle disparu au XX° siècle ? Au XXI° ? Pas sûr. Les versets de Saint-John Perse (un poète que vous appréciez, je crois) demeurent très marqués  par l’oralité ; ainsi évoque-t-il son enfance sur le mode épique : « Palme… ! Alors on te baignait dans l’eau-de-feuille-verte ; et l’eau encore était du soleil vert… »  etc. Je pourrais citer aussi la Prose du Transsibérien de Cendrars, certains poèmes de Segalen et bien d’autres choses certainement.

Cette poésie originelle s’est sans doute pérennisée sur un mode mineur à travers la chanson dite « à texte » (Brassens, Ferré, et tant d’autres) ; elle survit sans doute aujourd’hui dans le rap (que je ne prise guère mais ne tiens pas pour négligeable) et le slam dont vous publiez un échantillon tout à fait intéressant ; c’est toujours le même phénomène : la réitération rythmique et syllabique provoque la transe du récitant, laquelle se communique au public et la communion peut avoir lieu. Cette poésie a gardé des liens de cousinage avec le théâtre, la musique. Ce n’est pas elle qu’on trouve dans les revues, sauf exception : la preuve, Alice.  (1)

La deuxième, je l’appellerais « Poésie classique », tout simplement parce qu’elle a longtemps été apprise par cœur  dans les classes primaires, puis étudiée, avec plus ou moins de bonheur, dans le secondaire et à l’université. Les maîtres n’ont pas toujours su, j’en conviens, séparer l’essentiel de l’accessoire, logeant au même étage Hugo et Richepin, Verlaine et Anna de Noailles. Ce qui la caractérise, c’est précisément ce à quoi vous vous référez au début de votre article : les contraintes  formelles ; non seulement les formes fixes (ballade, rondeau, sonnet, etc.) mais la subordination de la syntaxe à l’implacable métrique (l’alexandrin pour les grands thèmes, le décasyllabe ou l’octosyllabe pour les climats plus intimistes), à la division en strophes (quatrains, quintils, sizains, etc.), à la combinatoire des rimes masculines et féminines.

Elle a donné ses chefs-d’œuvre ; je cite en vrac Les Amours de Ronsard, Les Fables de La Fontaine, Les Fleurs du Mal  de Baudelaire, Les Chimères de Nerval, La  Légende des siècles de Victor Hugo. J’en oublie beaucoup. Cette poésie formelle ne s’est pas séparée de l’oralité : on peut la lire, on peut la dire. C’est elle qui illustre la fameuse phrase sur l’art qui vit de contraintes et meurt de libertés. Le sonnet en est le plus bel exemple : seulement 14 vers répartis en 2 quatrains et 2 tercets (souvent la thématique des tercets s’oppose à celle des quatrains) n’utilisant que 4 ou 6 rimes et parfois seulement 2 (cf Le sonnet de Mallarmé en yx et ore).

Plus la contrainte est forte, plus le poète doit lutter pour conquérir son domaine de liberté à l’intérieur d’un périmètre très circonscrit. Et ce ne sont pas les malheureux rejets, contre-rejets et enjambements qui suffisent pour repousser les limites. Je concède que cette poésie formelle comporte un risque : celui de dégénérer en un jeu verbal futile (voir le sonnet d’Oronte dans Le Misanthrope). Pire encore : ces poètes du dimanche qui croient judicieux de faire rimer « casserole » avec « scarole » et qui enfilent comme des perles des« alexandrins » de 11 ou 13 pieds !

Enfin, la poésie « moderne », celle qui apparaît, comme vous l’exposez avec pertinence, à la fin du XIX° siècle et finit par s’imposer au cours du XX° siècle comme la seule poésie valable, comme la seule « vraie ». Oui, vous avez raison, ce qui la caractérise essentiellement, ce n’est pas tant l’abandon de la rime (ce colifichet) ni celui de la régularité métrique, mais bien la rupture avec l’oralité. Poésie pour l’œil, poésie  pour le papier. Poésie pour le lettré, donc, qui va peu à peu s’éloigner des racines populaires et originelles. Poésie pure, débarrassée de toute contingence autre q ue celle de la « perfection du dire » comme vous l’écrivez si justement.

Poésie qui a déjà produit ses chefs-d’œuvre et ses grands auteurs, mais qui, comme vous le reconnaissez vous-même, laisse au bord de la route les grandes masses et même une partie du lectorat cultivé. Poésie menacée par l’autisme, ce dont vous êtes  conscient puisque vous confessez qu’elle est surtout lue par les gens du sérail, quand elle ne l’est pas uniquement par ses propres auteurs. Poésie de chapelles où l’on célèbre un culte réservé aux seuls initiés, et tant pis pour  les profanes qui  -  comme moi  -  tentent de jeter un œil par le trou de la serrure ou par un défaut du vitrail.

A ce propos, je voudrais revenir sur l’exemple de L’Albatrosqui vous sert à démontrer, non sans brio et sous l’égide de Valéry, que Baudelaire n’est pas un poète (ou du moins ne l’est pas toujours). Outre que vous êtes en contradiction flagrante avec ce que vous avez écrit plus loin sur le monopole de la poésie (on peut vous retourner le compliment : Valéry, si brillant esprit fût-il, n’a jamais eu, lui non plus, ce monopole), je trouve que vous trichez un peu en choisissant l’un des moins bons poèmes du recueil, sans doute l’un des plus pesamment allégoriques. Mais La mort des amants, ce bijou funèbre, Harmonie du soir (avec les contraintes sublimes du pantoum), lesquelles obligent à des répétitions décalées), Maesta et errabunda (rien que ce titre !), Invitation au voyage, ce ne sont pas des poèmes ? Alors, quoi donc ? Des prospectus pharmaceutiques, des sms ? Et si Baudelaire n’est pas poète, qui peut l’être ?

Je n’ai rien contre les paradoxes ou les provocations ; c’est parfois utile pour stimuler la réflexion. Mais il faut savoir jusqu’où ne pas aller trop loin. Les déclarations de Valéry n’engagent que lui-même. Je le soupçonne de faire un peu le malin ; et puis il est comme la plupart des poètes, ce qu’il reconnaît comme de l’authentique poésie, c’est celle qu’il aime ; en particulier la sienne. Il ne sert à rien de verser dans un rigorisme excessif ; cela n’impressionne que ceux qui veulent bien se laisser faire. Vous constatez que ce n’est pas mon cas.

Alors ?L’art vit-il de contraintes ? Oui, tant que celles-ci obligent le créateur à se dépasser lui-même. Meurt-il de liberté ? Oui, si cette liberté l’entraîne vers le n’importe quoi. Non, s’il sait s’inventer lui-même de nouvelles contraintes après avoir refusé celles qu’une tradition figée lui imposait. Sommes-nous d’accord au bout du compte ? Je crois que oui. En tout cas, je l’espère de tout cœur.

Et pardon pour la longueur de cette lettre. »

                                                                                              Jean-Marie ALFROY

(1)  Alice Ligier : « Ton Paradis païen », slam, poème paru dans le Cahier n° 9.

 

4 – Lettre ouverte à un vieux poète (Ce texte est paru il y a quelques années dans « les Brèves », le bulletin d’information des Editions du Petit Pavé, il m’a semblé qu’il pourrait, non pas faire écho à la belle « leçon de poésie » que nous donne Jean-Marie Alfroy, mais proposer en complément une conception de l’écriture poétique – la mienne, qui s’est affinée peu à peu, avec mes lectures et la rédaction de mes livres.)

Lettre ouverte à un vieux poète

La « vraie » poésie, cher Monsieur, je ne sais pas ce que c’est. Et si j’enlève l’adjectif, dirai-je que je sais ce qu’est la poésie ?

Tous les poètes, à un moment de leur vie, se sont interrogés sur leur art. Je me rappelle la lettre d’un de mes amis qui venait de publier un recueil. « J’espère que c’est encore de la poésie », m’écrivait-il, inquiet de savoir ce que j’en pensais.

Pour moi (cette opinion n’engage que moi, bien sûr) de même qu’il peut ne pas y avoir de poésie dans de beaux vers bien réguliers, rimés à l’ancienne, de même  la poésie peut venir se loger de façon inattendue dans un texte où les règles de la prosodie traditionnelle ont été transgressées.

Me paraît bien ambitieux celui qui prétend définir la poésie. On la sent, on ne l’explique pas. Les formes les plus classiques, je les connais, certes : j’enseignais les lettres en collège. Mes élèves et moi, nous lisions Ronsard, Lamartine, Baudelaire, Verlaine. Et beaucoup d’autres. J’ai toujours aimé cette poésie aux formes fixes. Adolescent, j’apprenais par cœur Le tombeau d’Edgar Poe de Mallarmé. L’homme et la mer de Baudelaire. Je les disais à haute voix, pour le plaisir d’entendre résonner, derrière les mots, une musique qui me berçait. Le Lac de Lamartine a accompagné mes années de bac. Ainsi que « La Maison du berger », « La Mort du  loup » de Vigny. Et Musset (Ah ! Les Nuits !)

En ce temps-là, j’écrivais des poèmes classiques que je publiais dans les revues de l’époque, mais très tôt j’ai abandonné ces formes que je trouvais contraignantes et qui donnaient à ma poésie  -  je le vois bien maintenant  -  les défauts que je retrouve chez ceux que Cadou appelait les poètes du dimanche, attachés à leur dictionnaire de rimes.

Ces défauts ? La prolixité, d’abord (et je ne saurais dire pourquoi un poème classique me paraît toujours en souffrir) alors que Georges Jean, le vieux maître de mon adolescence, me disait : « Ecris, mais densément. Ecris, mais parcimonieusement ». Et me conseillait la concision. Je l’ai écouté et je m’en félicite. Il y avait aussi dans mes vers, de temps en temps, des chevilles, pour la rime ou pour le rythme. J’en étais conscient mais je ne voyais pas encore comment y remédier. Comment gommer l’aspect artificiel de cette façon de dire.

Imaginez que quelqu’un dans la rue vous dise « Le ciel est par-dessus le toit si bleu, si calme » au lieu de dire « Il fait beau aujourd’hui, c’est bien agréable ». Comparez : on voit très bien ici l’aspect maniéré du texte poétique.

Je ne nie pas le talent de ceux qui ont écrit sonnets, ballades et autres stances. Mais j’ai choisi. J’ai choisi le naturel, en pensant que la poésie est faite pour être dite. Si dans une conversation vous prononcez tous les e muets qu’on entendrait dans le texte poétique, votre interlocuteur va vous regarder avec une petite lueur de raillerie dans les yeux. Je ne parle pas des diérèses, qui accentuent encore l’aspect artificiel du discours.

Quand j’écris un poème, c’est souvent l’octosyllabe et l’alexandrin qui viennent sous ma plume. Une vieille habitude. Mais je ne les traque pas. J’accepte le vers impair qui rompt le rythme, ou plutôt en crée un autre, attirant l’attention sur un fragment du texte. Je l’accepte comme il me vient, quitte à le torturer un peu plus tard. J’ignore volontiers le e muet. Pour le naturel. Parce que j’aime dire mes poèmes à haute voix, dans les salons, les classes où j’interviens pour parler aux enfants de poésie. Parfois, dans ma diction, un vers de neuf syllabes redevient un octosyllabe par l’élision volontaire d’un e qui aurait dû se prononcer dans le poème classique.

L’émotion, dont vous faites, cher Monsieur, la source même de la poésie n’est pas pour moi essentielle, quoiqu’il arrive qu’elle surgisse à l’improviste dans mes vers. « La poésie, dit Michel Cosem, c’est un regard qui permet de connaître, de faire partager, d’inventorier la richesse du monde. » Cette richesse n’est pas seulement d’ordre sentimental. Je pense que le poète creuse au plus profond de l’Enigme pour donner un sens à ce qui l’entoure. Que la poésie est un moyen de communiquer avec l’invisible, qui parfois est en soi, parfois dans l’autre, dans l’arbre, le caillou du chemin.

Lorsque j’écris un poème, au diable les contraintes. Ce n’est qu’après que le travail commence. Le texte reste sur l’établi des semaines, parfois des mois. Je pratique par ajouts plutôt qu’en ajoutant, pour arriver au plus près de ce que je voulais dire. Mes amis, d’ailleurs, s’étonnent quand ils lisent un de mes poèmes en prose et que je leur dis : « Ce texte a d’abord été écrit  en vers. » C’est tout simplement que je l’ai mis en prose pour qu’il glisse mieux, pour lui ôter son aspect rigide, artificiel. Et j’ai même  -  horreur !  -  cassé le rythme, pour éviter la monotonie.

Un de mes amis, admirateur de Mallarmé et de Paul Valéry, qui écrivait de beaux alexandrins rimés, s’est mis au vers libre après bien des hésitations, sans doute parce qu’il est difficile de trouver un éditeur pour la poésie classique.Je m’étais amusé de sa question : « Je n’écris pas de vers libres parce que je ne sais pas quand je dois aller à la ligne. Toi, quand sais-tu que tu dois arrêter ton vers ? » J’avais été bien en peine de lui répondre.

Je pense à Pierre Reverdy qui, au début du 20ème siècle, préoccupé par l’aspect de la page, en poésie, a transformé l’inesthétique poème en vers libres qui emplit la partie gauche de la feuille et présente à droite l’aspect de dents de scie d’inégales longueurs.  La réflexion aboutit chez lui à une disposition en chicanes ou en créneaux ; ainsi le poème est d’abord fait pour être vu  -  à l’égal d’un tableau  -  avant d’être lu. Il n’utilisa pas longtemps cette technique, mais vous ne me direz pas, cher Monsieur, que ce poète-là n’avait pas réfléchi à son art.

Et, si vous lisez Reverdy, vous savez que, fragmentés en plusieurs vers, se cachent parfois de superbes alexandrins. Et des images. N’est-ce pas là aussi qu’il faut voir la poésie, dans l’image ? (Autant que dans une forme imposée, rigide comme celle du sonnet, par exemple).

Une phrase de votre texte m’inquiète un peu : « Commence par imiter les maîtres anciens. » Pour la peinture ou la sculpture, je veux bien. Mais pour la poésie ?… Si j’ai lu les poètes    et je continue de les lire quotidiennement  -  je me suis toujours méfié des influences. Je pense qu’on n’a rien à gagner à imiter un poète, fût-il le plus grand, le meilleur. Je n’écris pas comme Untel. J’écris comme moi. Nous sommes tous uniques. C’est cette unicité qui est notre richesse. A se modeler sur
quelqu’un, on risque de perdre sa personnalité, qui fait qu’on peut être intéressant pour les autres.

Quant à votre question de la fin (Etes-vous sûr d’écrire pour l’éternité ?), elle me fait sourire. Moi, j’écris pour ne pas mourir. Provisoirement. J’écris pour oublier que je mourrai comme tout le monde. Et que le terme approche, puisque j’ai vieilli.

« Lis-moi et tu me feras revivre » : c’est mon souhait pour plus tard, quand je ne serai plus là, et qu’un lecteur, un enfant peut-être (j’aimerais bien, lui plus qu’un adulte parce qu’il aura de longues années devant lui) qu’un enfant sortira un de mes livres de la bibliothèque de ses parents. Pour un moment, je viendrai habiter sa vie. Quand il lira mon message, je serai un peu plus qu’un livre perdu au milieu d’autres.

Hélas, personne n’écrit pour l’éternité, le support de nos élucubrations  -  le papier  -  étant destiné à tomber en poussière dans une cinquantaine d’années, me dit-on. Et vous n’ignorez pas que l’existence de notre terre aura une limite, qu’un jour elle s’abîmera dans l’espace, à moins qu’elle n’explose ou ne se fige sous les glaces. Ce qui rendrait dérisoires nos efforts pour laisser une trace de notre passage chez les hommes. N’y pensons pas trop. Ecrire nous sauve.

A vous la main, bien sûr, si vous souhaitez répondre, je reste à votre écoute.

Recevez, cher Monsieur, mes amitiés. Que la poésie continue de vous aider à vivre.

                                                           Sablé le 7 décembre 2005,

Claude Cailleau     

Si ces deux textes vous ont inspiré quelques réflexions, nous serions heureux, Jean-Marie Alfroy et moi, de vous lire. La page des commentaires vous est ouverte… La poésie est terre de partage.

 

( 25 février, 2012 )

Les Nymphes de l’Océan

 

LES NYMPHES DE L’OCÉAN

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Illustrations de Claudine GOUX

Nouveautés

Les Amis de la rue Ventura publient, de Claude Cailleau, Les Nymphes de l’océan, roman pour enfants à partir de 8 ans.

Avec de magnifiques illustrations en couleurs de Claudine Goux.
Impression sur olin regular ivoire, 300g. pour la couverture, et 120 g. pour l’intérieur. Impression quadri et mono.

Envoi contre un chèque de 12 € à l’ordre des Amis de la rue Ventura. Le port est compris.

 

Et le Cahier n° 15 est prêt. Il sort au début de mars. Pour ce numéro, comme pour le 16, nous innovons, un peu.

Au sommaire :

une nouvelle de Jean-Marie Palach : « Mon fils, ma bataille », Prix Hervé Bazin de la minifiction,

les mini dossiers (textes sur la poésie, poèmes et bio-bibliographies) de Patrice Angibaud, Silvaine Arabo, Jean-Michel Bongiraud, Bernard Gueit, Philippe Jaffeux et le Collectif  « Le Temps des Rêves »,

une voix nouvelle : Guillaume Decourt, pianiste et poète,

le journal de traverse de Michel Passelergue,

la chronique de Jean-Marie Alfroy (Générosité de Jean-Sébastien Bach),

et les notes de lecture sur les derniers ouvrages de Jean Pichet, Bernard Perroy, Jean-Michel Bongiraud, Marie Desmaretz, Jean-Luc Aotret, Roland Nadaus, Odile
Caradec, Didier Jourdren, Isabelle Lévesque, Ghislaine Lejard, Thierry Piet.

Egalement : la liste, impressionnante, des revues et livres « en lecture » rue Ventura.

Rappel : abonnement à la revue : 22 euros. Chèque à l’ordre de « Les Amis de la rue Ventura »

 

 

( 25 février, 2012 )

Traces

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Du 10 au 17 mars, je participerai à l’exposition de poèmes sur l’enfance à la Médiathèque de Parigné-L’Evêque (Sarthe) avec des poèmes extraits de

Pour une heure incertaine (Editions Sac à Mots),

et de mon album Des Mots pour vivre paru au Pré de la Roche, avec des illustrations de Marie-Thérèse Mekahli.

Le samedi 17 mars, à 10h.30, je viendrai à la médiathèque de Parigné-L’Evêque parler de poésie.

A cette occasion, je présenterai le dépliant Traces – un poème réécrit trois fois, avec un lexique et une syntaxe différents. Les quatre poèmes de cet étrange ouvrage (illustré également par Marie-Thérèse Mekahli) sont proposés sur une même plage, pour permettre une vision synoptique et faciliter des lectures parallèles. Lecture verticale, mais aussi lecture horizontale. Et, par le procédé du patchwork, vous pourrez obtenir des millions de poèmes ! Si le propos vous intrigue, venez à la Médiathèque le 17 mars : je serai heureux de vous parler de ce qui est encore pour moi une  expérience étonnante…  et à ne pas renouveler

Le poème « Si tout à coup … », extrait de  Pour une heure incertaine, vous le trouverez, momentanément, sur le site de La Toile de l’Un, à l’occasion du Printemps des Poètes. Le voici, aujourd’hui :

Si tout à coup venait à toi cet enfant-là, pieds nus dans la poussière, exilé dans le temps, plein de désirs blessés,

Si tu sentais sa main fouiller la tienne en quête de certitude, d’un guide pour marcher sur les sentiers de l’aube,

Que saurais-tu répondre à la petite voix de pierre, qui tremble encore en toi sous des couches de jours accumulés pour rien ?

Peut-être l’entends-tu, la voix obstinée, presque inaudible, gravée sur les sillons de l’enfance lointaine.

Si tout à coup venait à toi cet enfant-là, que saurais-tu lui dire qui ne le blesse pas ?
Claude Cailleau

Le livre Pour une heure incertaine est encore disponible aux Editions Sac à Mots – La Sauvagerais – La Rotte des Bois – 44810 LA CHEVALLERAIS (contre un chèque de 14 €  (12€ + 2€ de port)

Le dépliant Traces peut être commandé aux Amis de la rue Ventura – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLE-SUR-SARTHE contre un chèque de 6 € (le port est compris)

( 25 février, 2012 )

Passage Sainte-Croix

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Le jeudi 26 janvier, la photo : accueil chaleureux au Passage Sainte-Croix, où je venais parler de Pierre Reverdy, l’exilé perpétuel.

En 2008, Michel Cosem avait accueilli, dans le 360ème « Encres Vives », un ensemble de textes que j’avais écrits en marge de ma biographie de Pierre Reverdy. Dans ce cahier de format A4, la première partie des pages est réservée à des proses dans lesquelles j’ai évoqué des moments, imaginaires, de la vie du poète et de sa femme (dans le respect de la personnalité de l’homme et de ce que je savais de son existence monacale à Solesmes) ; dans la deuxième moitié des pages, je propose des poèmes, écrits sur les thèmes chers à Reverdy : la ville, la nature, l’écriture, la mort, l’enfermement, la solitude, le temps, etc.

L’ensemble représente une sorte de  « Tombeau de Pierre Reverdy »

 

Voici deux de ces poèmes…

 

La nuit est venue, discrète ;

il y a du gris dans le temps,

un goût de cendre dans la voix

qui réveille une adresse perdue.

Le gisant dans la tombe oublié

au fond du cimetière se lamente.

Son nom même s’efface

de la mémoire des vivants

et le temps passe sur la pierre.

Qui sait demain ce que Tu fus,

dans le regard qui se posait ?

Deux cyprès baignent d’ombre douce

la croix de marbre du gisant.

Un homme passait là

qui ne s’arrête pas. Le jour

est fait d’heures à oublier.

 

*******

 

Rue du Rôle, les lampadaires

n’éclairent plus que le silence.

Chaque soir, une étoile brille,

pâle, au-dessus du cimetière.

Un homme un jour est passé là.

Son ombre marche dans l’absence,

accompagnant le temps qui passe.

Rue du Rôle où la vie s’efface,

une voix revient de la mort,

jetant son angoisse au silence.

 

                           Claude Cailleau

 

Ces deux poèmes sont extraits de La Solitude du poète, 360ème Encres Vives, chez Michel Cosem,  2 Allée des Allobroges, 31770 COLOMIERS. (6,10 euros, port compris.)

 

Rappel :  Les Cahiers de la rue Ventura ont présenté un dossier Pierre Reverdy dans le n° 8, avec des textes de Gilles Baudry, Matthieu Gosztola, Bernard Grasset, Nicolas Grenier, Georges Jean, Jacques Lardoux, Jean Maison, Françoise Nicol, Michel Passelergue.

On peut encore se procurer ce numéro en adressant un chèque de 6€ à l’adresse et à l’ordre de :

Les Amis de la rue Ventura – 9, rue Lino Ventura – 72300 SABLE-SUR-SARTHE

(Le port est compris)

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