( 10 novembre, 2013 )

La lettre de l’automne 2013

Bonjour à tous les fidèles du blog, puisqu’il paraît qu’il y en a. Un relevé des visites a fait apparaître un pic de 27 en une journée. N’en demandons pas plus.

Depuis l’édition de la dernière page, le « Sphinx de Sablé » (voir « Cocktail de vie ») a été très sollicité :

 En septembre, Roland Nadaus me consacre deux séquences sur RCF 61. Dans la première, présentation de mon travail,  entrecoupée de lecture des mes poèmes par Simone, sa femme. Dans la deuxième, un entretien : il m’interroge sur mon métier (pour ceux qui ne le savent pas encore, j’étais prof.), mes lieux de vie (la Bretagne en est un), mes maîtres (si je peux dire) ; et nous parlons des Cahiers de la rue Ventura, avec, encore, des coupures pour quelques lectures.

L’émission a pour titre « Dieu écoute les poètes ». Elle est podcastable. Vous pouvez écouter en allant sur le site : http://www.rcf.fr/radio/RCF61

En octobre, Christian Saint-Paul, de Toulouse, s’entretient avec moi. Conversation coupée de lectures, cette fois encore. Pour écouter l’émission, rendez vous sur le site  http://les-poetes.fr/

Et les salons, au printemps et en été, ont occupé les week-ends. Ci-dessous, vous me voyez à mon stand, dans le village de Brettes-les-Pins, photographié par Simone Rebeyrat-Villars, de Parigné-L’Évêque (tous droits réservés pour la photo !)

La lettre de l'automne 2013 claude-cailleau

 

Ah, l’automne !…

 

Tu as vieilli

Te voici souvenir

Tu deviens histoire

Calcaire

Un jour

Tu seras mémoire

 

(Guénane)  http://www.guenane.fr

 

Nous avons été très heureux d’accueillir Guénane dans le Cahier 21, avec « Larmoire », un poème habité par les mystères de l’enfance.

Voilà que les feuilles de notre voisin l’érable envahissent le toit et commencent à boucher les gouttières. Je me sens vieux soudain, à l’idée de prendre l’échelle…

« Non, décidément, je ne m’habitue pas à la vieillesse, pas plus à la mienne qu’à celle des autres… » (Sido à sa fille dans « La Maison de Claudine)

« Je ne sais qu’une chose, c’est que je meurs depuis que je suis vivant ». (Jean Rousselot, lequel a quand même vécu pendant plus de 90 ans)

Et, avec raison, Maeterlinck : « C’est en cessant de vivre que nous cessons de mourir ».

Pas gai, tout ça ! L’automne et la pluie sont pour quelque chose dans le gris de mes pensées. Je préfère l’humour de ces deux propos :

« On survit à toutes les morts, sauf à la sienne » (Jean-Claude Demay), auquel fait écho : « Si tu attends longtemps, tu verras le cercueil de ton ennemi passer devant ta porte » (Proverbe arabe, m’a-t-on dit).

La revue, maintenant

Le n° 22 est chez l’imprimeur. Eh, oui, maintenant, nous faisons imprimer. C’est  raisonnable : avant de prendre cette décision, nous avons usé trois imprimantes !

Dans ce 22, de très beaux textes de Jean-Jacques Nuel, Jean-Claude Tardif, Joël Jacquet, Jeanine Salesse… Je ne peux citer tout le monde : reportez-vous au sommaire, sur la première de couverture que nous avons numérisée pour vous. Ce n’est pas très loin sur cette page : vous trouverez bien.

Le numéro a pour thème : « Poètes d’ici et d’ailleurs ». À juste titre, puisque vous trouverez, traduits du persan, des poèmes de Karim Radjab Zadeh. Preuve que notre revue se mondialise.

En plus des chroniques habituelles, une modeste « revue des revues » (modeste, faute de place) et l’annonce qui intriguera plus d’un lecteur : « Des changements s’annoncent dans les Cahiers. Affaire à suivre… »

Rassurez-vous : la Revue est bien vivante. Je me suis aperçu que, malgré les temps moroses, nous avons gagné des abonnés ! Chaque trimestre, nos cahiers partent vers 112 lecteurs. Le reste s’écoule dans les salons. Nous avons deux dossiers à paraître en 2014 : nous parlerons de Bernard Grasset en mars et de Pierre Garnier en juin. Et déjà nous pensons aux dossiers de 2015 : Simonomis et Jean-René Huguenin. Vous ne connaissez pas ce dernier ? Il n’a pas eu le temps de s’inscrire dans la durée ; la mort l’a fauché à 26 ans sur une route de la région parisienne, non loin de Rambouillet. Il n’a eu le temps d’écrire qu’un roman, son journal et quelques textes. Mais il a pris dans ses filets Julien Gracq (dont il fut l’élève au lycée Claude-Bernard) et François Mauriac dont il fut un moment le  « fils spirituel ». Il se trouve que Jean-René Huguenin aurait mon âge, puisqu’il était né en 1936. C’est sûrement pour cette raison que sa mort en 1962 m’avait ému.  Nous en reparlerons.

 

S’agissant de la revue, quelques fragments d’articles ou de lettres…

« Depuis cinq ans, Claude Cailleau, son épouse Huguette et son Comité de rédaction proposent 4 numéros annuels d’une revue généreuse, dense et fraternelle… Il y a chez (le) revuiste un louable respect du lecteur, respect qui se retrouve dans les détails de ce travail artisanal et bénévole… » (Georges Cathalo)

Et « Je pense que la revue est une œuvre ; la mener, c’est consacrer son temps, sa passion à construire une identité… Elle est belle aussi, la trace des écrivains qui mêlent leurs voix dans les pages des revues pour que la littérature existe ailleurs que dans les livres, dans un condensé fragile et clair… Je pense aux heures consacrées à rassembler, trouver un ordre, sélectionner. Et ce qui fait que le texte écrit se perpétue pour que nous puissions encore le lire et le parer de nos interprétations, de nos élans de lecteurs et découvrir ainsi, parfois, une voix qui nous appelle plus qu’une autre. »

Merci, Isabelle, d’avoir compris et si bien traduit les soucis, les bonheurs du revuiste.

Voici le sommaire du n° 22.

 

Encore le vers libre…

 

Dans l’I.D. n° 469, Claude Vercey pose à nouveau la question : « Pourquoi allez-vous à la ligne ? » Vous avez compris qu’il veut parler du vers dit libre. Je l’ai donc invité à relire, sur mon blog, la page d’août 2012. Aussitôt le mail est arrivé : « Si tu esquisses une réponse (à ma question) je suis intéressé. » Il faut dire que j’avais critiqué (c’est facile) sans proposer de solutions. J’ai promis d’y réfléchir. Et, feuilletant « Le Chemin des livres » n° 25, je tombe sur quelques vers de Gérard Pfister cités par Gérard Bocholier :

j’apprends

à m’oublier

 

je compte

chaque

 

herbe chaque

étoile

 

Je laisse à votre appréciation ces six vers et leur disposition.

Comme en écho, dans un courriel, François Huglo m’écrit « … le débat sur le vers libre a eu lieu à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. On pourrait même affirmer qu’il a eu lieu dans le parcours de Rimbaud. D’autres, bien sûr, ont repris la question à leur compte et lui ont apporté des réponses personnelles, de Baudelaire à Aloysius Bertrand, de Mallarmé à Reverdy, d’Apollinaire à Tzara, etc.  Et vous avez raison de reposer la question pour secouer un peu l’habitude paresseuse prise par beaucoup (par la plupart ?) d’aller à la ligne sans autre nécessité que le désir de signaler, faute d’avoir moyen de le faire, qu’on est poète et qu’on écrit des vers… Vous avez raison de reposer cette question que, précisément, l’habitude paresseuse refuse de se poser. Et l’exemple que vous citez (dans la page d’août 2012) est éloquent, même si la phrase, disposée ou non en vers, ne l’est pas puisqu’elle ne fait que re-sucer un mystère en boule de gomme remâché depuis deux siècles par des mâchoires autrement vigoureuses, et ramolli jusqu’à l’inconsistance. On ne se demande pas seulement pourquoi dire ça en vers, mais aussi pourquoi dire ça. Je ne sais si c’est de « la vraie poésie », mais je constate que c’est insipide et peu nutritif.

Et moi, quelque part : « Il y a tant de prétention chez certains poètes que cela vous dégoûterait de travailler pour la poésie. Simonomis ne disait-il pas que parmi les auteurs qui lui envoyaient des poèmes, il y en avait qui ne « se prenaient pas pour des cacas de biques ». Il était poli.

 

À tous, un bel automne ! Et gardez-vous de l’ennui. Ne vous laissez pas pourrir par le temps.

Dans mon dernier livre, j’ai écrit : « Le temps n’est qu’une création de l’homme ».

Et ailleurs :

Que passent les heures !

Les fleuves vont à la mer

Et nous dans le temps.

( 30 août, 2013 )

Pour information…

C’est un livre étrange. Peut-être aurez-vous envie de vous y plonger.

Ce livre peut être commandé chez votre libraire. Et s’il vous dit qu’il est épuisé, dites-lui qu’il ment. S’il est vraiment paresseux, vous pouvez préciser que le distributeur des Éditions Durand-Peyroles est  Geste éditions, en Vendée. Si cela ne lui suffit pas, je vous conseille de changer de libraire…  Merci de votre attention.

Sablé, août 2013

Prochainement, un peu plus de lecture sur le blog, avec la page de septembre.

Le Cahier n° 21 vient de sortir. Au sommaire, le compte-rendu de Tarn en Poésie dont l’invitée était Hélène Dorion, poète du Quebec, et de belles pages de poésie.

Pour information... et-je-marche-pres-delle-212x300

 

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( 14 mai, 2013 )

La lettre de mai 2013. Au sommaire…

 

 

 

La lettre de mai 2013. Au sommaire… tarn-en-poesie-212x300

 

 

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Tarn en Poésie : deux jours avec Hélène Dorion.

Les Cahiers de la rue Ventura. Le n° 20 est en préparation.

Mes publications : trop de livres en même temps.

 

- Les 11 et 12 avril, nous étions à Albi, reçus par Arpo, pour couvrir les journées de Tarn en Poésie. L’invitée, Hélène Dorion, poète du Québec, a rencontré les élèves des lycées et des collèges d’albi et de Carmaux. De belles journées en poésie avec un auteur qui, malgré  la fatigue due au décalage horaire, s’est montrée très disponible et a su passionner ses auditeurs en leur montrant que la philosophie n’est pas étrangère à la poésie.  Nous avons admiré la facilité avec laquelle elle a adapté son discours à l’âge des élèves. De nous, qui la suivions de classe en classe, un peu comme des gardes du corps, enregistreur et carnet de notes en mains, elle a fini par dire que nous étions ses anges gardiens. Bref, des moments d’échange que nous n’oublierons pas de sitôt.

Le compte-rendu de ces journées paraîtra dans le n° 21, en septembre.

Sur la 2ème photo, à la droite d’ Hélène Dorion, Huguette, l’épouse du directeur des Cahiers…

 

- Les Cahiers, maintenant. Avec le n° 20, à paraître en juin, nous allons boucler la cinquième année. Et le directeur de s’interroger, de peser le pour et le contre, comme on dit. D’où une consultation des membres du comité. Continuer ? Oui, au moins jusqu’au n° 30, puisqu’un « fou » (bien sympathique au demeurant) s’est abonné pour cinq ans ; nous lui servirons le dernier numéro de son abonnement avec le n° 30.

Continuer, oui, mais avec la même ligne éditoriale ? le même fonctionnement ? Pour les textes, nous sommes arrivés à saturation. Quant aux services de presse, ils nous sont venus en tel nombre qu’une centaine de livres attendent un lecteur pour une note dans la Revue. Nous aimerions contenter tout le monde et c’est impossible.

Je veux donner ici un exemple des échanges de courrier qui se font dans le cadre d’une revue…

Le 9 janvier 2013, je reçois le mail suivant :

« Bonjour, Monsieur. Je suis un jeune poète de 20 ans qui recherche des personnes de bonne volonté qui accepteraient d’éditer son travail. Je suis étudiant et j’ai le dangereux rêve de faire carrière dans la poésie… » En pièce jointe : le manuscrit d’un recueil entier, des dizaines de pages.

Je réponds : « Votre démarche m’est sympathique, mais… je mets sur le compte de votre jeunesse le fait d’envoyer en recueil entier à une revue dont chaque numéro n’a que 62 pages… Si je peux vous donner un conseil, c’est de commencer par lire un numéro des revues avant d’envoyer des textes, afin de savoir si leur ligne éditoriale correspond à ce que vous écrivez. C’est sage et modeste à la fois : on ne plaît pas à tout le monde… »

Nouveau mail du jeune homme: « Merci beaucoup pour votre réponse attentive. C’est si agréable d’avoir au moins des réponses. J’ai eu si souvent l’impression que personne ne s’intéressait à ce que je faisais, alors recevoir un mail d’une demi-page, c’est miraculeux. »

Étaient joints cette fois quelques textes pour examen par le Comité. Pour le jeune homme, affaire à suivre, donc.

Mais revenons au Cahier 20…

Le lecteur y trouvera l’hommage à Gilbert Prouteau annoncé dans le 19, et les textes d’une douzaine de poètes. « Des écritures, des âges très différents. La variété, mais aussi le talent, sont au rendez-vous… Sur les douze poètes, il serait bien étonnant qu’aucun ne vous parlât : la différence est source de richesse. Certains de ceux que nous publions seront sans doute les poètes reconnus de demain. » (Fragment de l’éditorial du n° 20 à paraître en juin.)

Le parcours du (petit) écrivain – « Petit », je veux dire « inconnu » du grand public malgré plusieurs publications (auteur dont les livres sortent chez de « petits » éditeurs indépendants – et quel courage, pour eux, d’investir dans cette activité ! (Mais – le savez-vous ? – chez eux, on ne pilonne pas, on vend jusqu’à épuisement des stocks, au mieux, pendant plusieurs années.)

2013 devrait être pour Cl. Cailleau écrivain une belle année. Pourtant je n’arrive pas à m’en réjouir. (« Qu’est-ce qu’une vie sinon gagner du temps… et poursuivre vaille que vaille l’ineffable combat ? » – Alain Jégou, décédé récemment)

Pourquoi une belle année ?  Parce que trois de mes livres paraissent en 2013. On confie un manuscrit à un éditeur. Il l’accepte et le publie quand il peut. Fragile, le budget d’une petite maison d’édition.

En 2012, j’avais confié à Éditinter cette anthologie pour laquelle j’avais fait un choix dans mes écrits de la dernière décennie (textes parus dans des revues et des livres). L’ouvrage est paru en janvier (« Cocktail de vie » propose des pages de mes mémoires, de récits, de romans, de poèmes, de mon journal et quelques textes de réflexion sur l’écriture.)

« C’est un peu comme si vous nous faisiez faire le tour du propriétaire avant de tirer votre révérence, comme si vous aviez voulu vous construire un mausolée avant qu’on le fasse pour vous, ou craignant peut-être qu’on le fasse à votre place. Cette intention un peu funèbre m’a accompagné pendant la lecture, me poignant le cœur », m’écrit un lecteur.

Je lui donne volontiers raison, retrouvant cette réponse que j’avais faite au questionnaire du « Choix des libraires » (elle est toujours sur la Toile) : « L’écriture est un témoignage contre le temps ; mais elle s’inscrit aussi dans le temps. Ainsi l’homme, par l’écriture, échappe au temps ».

 Comme « Cocktail de vie », mon recueil de poèmes, qui vient de sortir en mars aux Éditions Écho Optique (« Sur les feuilles du temps ») résulte d’un choix, la plupart des textes ont paru dans des revues (Multiples, 7 à dire, Pages insulaires) Bilan en poésie car, en dehors de mon « Coup de dés » encore sur l’établi, je ne publierai plus de poésie. C’est dit.

Déjà, quelques  lecteurs m’ont écrit après avoir feuilleté le livre…

« Parmi les poètes vivants que je connais, vous êtes l’un des rares qui font du vers libre l’outil adéquat à leur projet esthétique. D’abord parce que vous avez une oreille et que votre vers a toujours une cohérence sonore et rythmique… Ensuite, vous savez structurer votre prosodie par des procédés simples, mais très efficaces, comme la répétition, la réitération de certains motifs. J’aime beaucoup vos vers brefs, un peu haletants comme la respiration de certaines vieilles personnes, un peu déhanchés mais boitant avec élégance… »

On a envie de dire : n’en jetez plus ! Certains vont penser que la modestie n’est pas ma qualité principale. Tant pis ! Si je cite ce commentaire, c’est  qu’il se trouve que l’auteur de la lettre reconnaît là un de mes soucis dans l’écriture de la poésie : la recherche, dans l’utilisation du vers libre, du moment où l’on doit aller à la ligne ; cette recherche devrait être le souci principal du poète, s’il veut que son vers chante, en accord avec le message qu’il délivre.

Et je comprends qu’il soit peu judicieux de vous proposer maintenant quelques extraits de ce recueil. Je m’y risque cependant, en espérant donner l’envie d’ouvrir le livre.

Auparavant, un fragment de la préface…

…Poète, mais aussi essayiste et romancier, Claude Cailleau affectionne récits autobiographiques, correspondances et journaux intimes – tous les écrits où l’homme transparaît à travers l’écrivain. Comment, par la grâce de mots jetés sur le papier, s’inscrire dans le flux temporel, circonscrire l’instant ou recueillir un peu des éclats de la mémoire ? … Aucune dérive métaphysique mais, au moyen d’une écriture sensible autant que transparente, l’émotion d’une poésie à hauteur d’homme, qui use avec bonheur des ressources traditionnelles du récit, du conte, voire de la chanson. Ainsi dans ces deux suites narratives, l’une à la tonalité féminine (« D’Elle question… »), l’autre modulant vers « Lui », suites qui conjuguent ampleur de forme et brièveté du vers. Porté par le rythme un peu haletant de phrases brèves ou brisées, de notations répétitives, …le poème nous introduit dans l’intime de qui se sent « au bout de vivre », tout en mêlant à son récit, en une savante polyphonie, les voix de poètes admirés (Apollinaire, Queneau, Musset, Prévert, Mallarmé). Les voix du temps, entremêlées, contrepointent passé et devenir sur l’ostinato d’un « bel aujourd’hui » toujours fuyant. Chacune de ces voix semble apporter un écho fraternel à celle d’un poète qui sait mesurer l’expression de « l’âpre angoisse de vivre ». Au « Dialogue intérieur » et aux « Bribes » conclusives du livre de nous dire sobrement la fragilité de l’être et la ténuité de ces voix qui s’obstinent à ranimer l’espoir d’un feu inextinguible : « Il faut toujours aller à la ligne. »

                                                                                          Michel Passelergue

 

Et voici, de mémoire, des extraits de « Narratif 2 »

…S’en va sur le chemin,

la vieille silhouette.

Chancelle au vent mauvais…

 

… Et refait le parcours

(une vie à jauger).

Tremble, avance deux pas.

Trois pas, c’est trop de deux déjà.

Une horloge le suit,

fragile. Ô le silence

qui gît dans l’or du balancier !

Et fouille dans ses jours.

Fouille au tréfonds,

dans l’inconnu de l’être.

Vienne la nuit

     Sonne l’heure

(C’est Guillaume qui pleure).

Ainsi va le bonhomme

dans l’automne qui meurt…

 

… La chancelante silhouette

radote ses gestes,

courbée sous le vent

qui effeuille ses jours…

…Il est loin le vieux pont,

le vieux pont sur le fleuve,

où les amants s’aimaient.

Guillaume Apollinaire,

La Seine coule sur tes vers…

 

…Et pleure Guillaume.

Se rappelle la robe noire,

tranquille. Elle qui marche.

Gréco : lunaire silhouette,

sur la scène,

dans la lumière.

Le deuil à fendre l’âme

chante grave dans son rire.

Silencieuse soudain.

Désabusée. Puis tire

sa révérence. Adieu, Madame…

 

…Penché sur l’eau

foisonnante, le vieux

défie les jours.

Défile sa rengaine,

de la plume qui saigne

ses mots morts sur la page.

Chemins perdus

où la vie s’égare.

Les quais de gare

où c’est toujours l’automne…

 

…Ah, Prévert !

Ton cancre de lumière,

dans l’aube des lampadaires !

… Une fille venait.

Vers toi qui t’en allais.

Tu te rappelles, Barbara…

Abritée sous un porche…

Quand la pluie et Prévert

se racontaient la guerre,

le sang noir sur la mer.

La joie évanouie. La guerre…

 

… Le peintre a posé ses pinceaux.

Essuie ses mains à son passé.

Les rues racontent, et les ponts.

Et la Seine sereine

épouse son histoire…

 

Voilà. Des fragments. De mémoire, parce que ces vers chantent encore dans ma tête. Avec quelques variantes, sans doute, par rapport au poème que le lecteur trouvera dans le livre. On n’en a jamais fini avec le texte, toujours à essayer, lorsqu’on le relit, de dire mieux, de dire plus.  C’est ce que j’ai tenté de montrer, en 2011, dans le dépliant « Traces », dont certains se souviendront.

Où trouver « Sur les Feuilles du temps » ? Chez l’éditeur (Echo Optique) ou chez « Les Amis de la rue Ventura », 9 rue Lino Ventura, 72300 Sablé-sur-Sarthe. L’association en a un petit stock. Prix : 10 € , port compris.

À force d’écrire, le poète finit par se répéter un jour, par radoter – signe évident d’un début de dégénérescence mentale. Aussi ai-je dit plus haut qu’après mon « Coup de dés », je n’écrirai plus de poésie. Et tant pis pour moi si je n’ai pas su – ou pu – me hausser au rang des poètes reconnus dans la capitale.

« Quelles solutions pour que la poésie soit davantage lue ? » me demandait un jeune poète dans son mail du 17 avril.

J’ai répondu : « … il faut peut-être remonter à Mallarmé. Les gens ne lisent pas la poésie parce qu’ils n’en voient pas l’intérêt. Souvent, ils ne la comprennent pas. Beaucoup de poètes, pour percer, choisissent l’hermétisme ou l’artifice. Cela donne des écrits sans âme. Quel intérêt peut trouver le lecteur à patauger dans des textes secs, sans émotion ? Je conseillerais bien aux poètes de lire à haute voix (la poésie est faite pour être entendue) leurs textes à leurs proches. Et, s’il n’y a pas d’écho, de tout jeter à la corbeille. Mais ce serait faire preuve de mauvais esprit.

Oui, mais, disait Candide, il faut cultiver notre jardin…

Cl. C.  (Sablé, 13 mai 2013)

 

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( 23 mars, 2013 )

La lettre de mars 2013

La lettre de mars 2013 cahier-191-212x300

Au sommaire de cette page…

Le Cahier n° 19

« Je vous écris… » (Jean-Pierre Boulic, Michel Passelergue)

Autobiographie et poésie

Des voix nouvelles

Cocktail de vie

 

Les lecteurs de la Revue qui regarderont, en 4ème de couverture,  un aperçu des sommaires, pourront constater que nous n’allons pas au hasard ; ce n° 19 concrétise à nouveau les objectifs qui étaient miens lors de la création des Cahiers de la rue Ventura.  Je voulais parler de tous ces écrivains dont j’ai un jour croisé la route, et qui, un moment, ont échangé avec moi sur la littérature, leur travail (et le mien). Un devoir de mémoire, et de reconnaissance, que j’ai plaisir à honorer. Ces auteurs avaient un message à délivrer ; j’aimerais faire partager le bonheur que j’ai éprouvé à cheminer à leurs côtés.

Je vous écris… 

 

« Je vous écris de mes lointains, d’un horizon empli du sel des embruns ; je vous écris avec l’encre des souvenirs, de la pluie sur la joue, de la tendresse dans les lignes de la main… »

            (Je vous écris de mes lointains, Jean-Pierre Boulic, éditions La Part commune)

Je reprendrais bien à mon compte les mots du poète, moi, le Sarthois enraciné dans son terroir, mais dont l’ombre se promène toujours quelque part dans les rue de Port-Louis, sur le chemin du Lohic et dans les bars de Loc Malo.

Dans son livre, dont nous parlerons dans les Cahiers, Jean-Pierre Boulic a choisi d’utiliser la prose. Redirai-je qu’à notre époque où de soi-disant poètes (qui sont aussi de prétendus poètes, hélas) s’expriment en vers libres trop libres à mon goût, la prose pourrait bien sauver la Poésie.

Si vous ne l’avez déjà fait, lisez, de Michel Passelergue, « Les Lettres à Ophélie », un petit chef-d’œuvre paru il y a quelques années à l’Arbre à paroles . Peu cher, le livre : 9 €, auxquels il faut sans doute ajouter un ou deux euros pour couvrir les frais d’envoi.

Un magnifique exemple de poèmes en prose. Que Michel Passelergue me pardonne de ne donner ici que quelques fragments du poème liminaire…

«  Mes lettres … se lisent comme le journal d’une vie qu’on dirait imaginaire et qui m’appartiendrait à peine… C’est un message que l’on confie, glissé dans une bouteille, aux flots du temps… Je vous écris entre deux eaux, dans l’opacité ou la lumière, pour éprouver à la pointe de l’instant l’inquiétude de ce qui sera. Quand la rive s’éloigne, je m’abandonne au poids de la mémoire, je dérive parmi les algues et l’angoisse, je relève lentement mon filet d’images… J’inscris dans les marges ce qui demeure, ce qui brûle, ce qui passe, l’aujourd’hui, l’inextinguible ».

Je connais peu de poèmes qui puissent subir sans dommages les coupures que je viens de faire à celui-ci. Dans ses recherches, menées depuis des décennies, Michel Passelergue me semble bien être arrivé à une forme de perfection. Lisez les Lettres à Ophélie, c’est de la grande poésie !

Autobiographie et poésie…

 

Mes lecteurs le savent, je suis un fan d’autobiographie. Dans un ouvrage de fiction, plus que l’histoire m’intéresse celui qui se cache derrière les mots, à savoir l’auteur ; il a beau être prudent, son livre le révèle plus qu’il ne croit (lisez, par exemple, « Un instant de bonheur », recueil de nouvelles d’Yves Simon).

Il en est de même en poésie, y compris dans l’écriture objectale.

Il y a quelques années, à la demande d’un revuiste, j’avais écrit un texte que j’avais intitulé : « Autobiographie et poésie ».

Un recueil de poèmes ne se lit pas comme un roman ou le récit d’une vie, de la première ligne à la dernière. Vous l’ouvrez au hasard, vous tournez quelques pages, vous revenez en arrière. qu’importe que vous ne lisiez pas tout ? Chaque texte fait son chemin en vous, accroche un pan de votre mémoire, pour y loger son ferment. Longtemps le livre restera sur votre table, compagnon des moments de silence, de solitude.

Les poèmes sont des fragments ; comment pourraient-ils atteindre à l’unité, à la continuité d’une autobiographie ?

Mais de tout temps le poète a écrit pour parler de lui. Les événements heureux ou malheureux de son existence ont déclenché le besoin d’écrire, de se confier. A ce titre, le poème entre dans le cadre de l’autobiographie. Bien sûr, poésie oblige, notre auteur ne s’exprime pas comme tout le monde. Le lecteur, pour entrer dans le poème, a besoin parfois de clés que le poète ne lui donne pas toujours. Tardieu disait qu’il y a poésie chaque fois qu’un mot en rencontre un autre pour la première fois. On voit bien, à cette affirmation, que la langue du poète n’est pas celle de tout le monde.

Qui plus est, le poème ne s’engage pas toujours sur la voie de la narration, pas plus d’ailleurs que de la description traditionnelle avec ses exigences. Non : le poème louvoie. On croit l’avoir saisi, il se dérobe. Ce n’est pas un jeu. Plutôt une nécessité interne, ressentie par le poète de se dire, pour exprimer cette part d’ombre en lui qui brûle de s’extérioriser et en même temps se cherche. L’autobiographie fait mauvais ménage avec cette démarche. Du moins sous l’aspect que nous lui connaissons.

Pourtant, le poète nous parle de lui. Le matériau de son discours, c’est son être, sa vie.

Le vieil homme que je suis a plaisir à parler de son enfance. Une enfance en poésie, pas celle qu’il a vécue ; celle dont il veut se souvenir. Peut-être celle qu’il aimerait avoir vécue.

Dans mes mémoires, composées à la manière d’un puzzle, j’avais écrit :

 

Le petit va à l’école. Il descend la rue Saint-Nicolas. En retard, comme chaque jour. C’est qu’il a longuement discuté avec sa mère, supplié pour rester à la maison. Il veut bien, ne veut pas aller à l’école. Il sait qu’il sera grondé s’il arrive après le coup de sifflet. Le maître est violent. Les coups pleuvent parfois. Souvent. Le petit a peur ; pourtant il lambine, il traîne ses galoches et son cœur. La rue en pente conduit tout droit à l’enfer. Il déteste les maîtres. Il déteste l’école…

 

Terminant le premier tome de ces mémoires, j’ai ajouté :

Au moment de refermer ce premier cahier, le vieil homme a voulu emprunter la plume du poète, un autre lui-même… La langue s’est faite plus imagée, la phrase a pris un autre rythme, plus musical, peut-être, mais tout est vrai, cette fois encore, dans l’évocation de la petite école d’autrefois.

Tout… enfin presque : l’école des filles ne jouxtait pas celle des garçons ; mais de l’une, rue Gilles Ménages, à l’autre, rue Aristide Briand, il n’y avait que deux cents mètres environ. À la récréation, les cris suraigus des filles devaient répondre aux hurlements mâles des gars de la classe de fin d’études, en ce temps où les routes ne résonnaient que des claquements des fers des chevaux tirant les charrettes ou les carrioles.

École de campagne ? Peut-être pas tout à fait. Mais le tilleul et le marronnier ombrageaient bien la cour. Et Sablé n’était pas si grand à cette époque. La nature y pénétrait encore largement par les voies transverses. La campagne n’était pas loin Et l’école du poète n’est-elle pas un peu l’école du rêve ?

 

Je voudrais ajouter que (je ne me l’explique pas moi-même) le poète n’a retenu que ce qui faisait le bonheur de l’enfant, alors que l’auteur des mémoires insistait sur les peurs du petit écolier. Ce garçon-là n’aimait pas l’école, mais il aimait son école. Voici son rêve éveillé….

C’est un matin de juin. Le sang noir de l’aube sèche dans les encriers ? Un matin dans la vieille école de campagne où ne se meuvent plus que des ombres…

Le maître appelle les hirondelles pour la leçon d’écriture. Ce soir, les filles auront des hannetons dans les cheveux si le vent souffle du marronnier.

Tu peux croire encore aux hommes que tu croises, et que le bonheur est un mal qu’on attrape sans s’en apercevoir, comme la varicelle.

Les plumes qui accrochent le papier font de belles taches en étoiles. Tu souris : le bonheur est là, malgré le maître qui crachine en parlant (Prends donc un parapluie si ça te gêne !)

Les filles du village ont des lèvres cerise, fendues comme les fruits par le soleil ou le bec des oiseaux. Tu les vois à travers les murs, tu les entends, elles papotent (histoires de gamines)…

Par la fenêtre ouverte sur le printemps, c’est la vie qui entre à doux flots de vent tiède. Le tilleul de la cour pousse ses feuilles jusque dans la classe. Ses fleurs de miel embaument ton rêve et la leçon du maître.

Mais tu n’écoutes plus que la petite musique en toi, qui sourdine. Tu vis ! Le temps peut bien mener sa ronde impitoyable : tu as le temps. Tu as le temps !

 

Peut-on classer ce texte dans la catégorie « poèmes » ?  Oui, sans doute.  Avez-vous remarqué, senti, un rythme particulier dans le déroulement de la phrase ? L’essentiel est dans le non-dit, dans ce qu’un lecteur vigilant, lui-même un peu poète, découvrira entre les lignes, et les images qui en lui naîtront de cette découverte.

Mais la confidence est là, discrète. Si vous croyez l’avoir trouvée, le texte alors, pour vous, est bien un fragment d’autobiographie.

La « jeune poésie » s’invite dans la revue  

Dans son Itinéraire de Délestage n° 432, Claude Vercey parle de la collection Polder qui « offre à des auteurs une première chance de publication. Et de se demander : « Mais n’est-ce pas illusoire ? »

Non, sans doute, puisque trois poètes accueillis dans Polder voient leur talent confirmé par une deuxième publication chez des éditeurs qui n’ont pas pour réputation de publier n’importe quoi.

Et je suis heureux, quant à moi, que ces trois poètes soient venus frapper à la porte de nos Cahiers. L’un d’eux a déjà été publié dans le n° 15 et va l’être à nouveau cette année. Les deux autres sont aussi retenus pour un Cahier de 2013. Ils ont franchi le barrage du Comité, lequel ne s’en laisse pas conter.

Heureux je suis, bien sûr, que la jeune poésie entre dans ma revue  (voir mon article du n° 9, qui avait été repris dans le bulletin n° 70 d’Arpo.

Un peu de publicité pour ces poètes « nouvelle vague »… Je vous conseille de lire

de Guillaume Decourt, La Termitière (Polder n° 151) et  Le Chef-d’œuvre sur la tempe, Ed. du Coudrier,

de Jean-Baptiste Pedini,  Prendre part à la nuit  (Polder 153) et Passant l’été (Ed. Cheyne), Prix de la Vocation,

et d’Étienne Paulin, Tuf, Toc (Polder 145) et Extrême autrui (Ed. Henry)

Nous avons déjà parlé de « La Termitière » (Cahier 16). « Le chef-d’œuvre sur la tempe » est brièvement recensé dans le n° 19. Et nous parlerons prochainement de « Passant l’été ». Voulez-vous une des petites proses de ce livre, lesquelles, dans leur simplicité, renferment plus de poésie que beaucoup de poèmes en vers libres.

« Ce matin, rien ne se passe. Les persiennes sont fermées. Les bouches aussi. De petites échardes de lumière viennent se loger sous les peaux et l’on desserre les mâchoires. Tout est détente. Tout est farniente. Même les oiseaux ne se battent plus pour picorer les miettes de soleil. Rien ne se passe. Même dehors. On reste emmitouflé à l’intérieur de soi. »

(Jean-Baptiste Pedini, « Passant l’été, Cheyne Ed.)

 

 

Cocktail de vie, Claude Cailleau, chez Éditinter

Les lecteurs des Cahiers de la rue Ventura savent que je n’y publie pas ma poésie. Question de déontologie, et de modestie. La gestion d’une revue doit être un acte désintéressé. Si je proposais mes poèmes aux membres du Comité, je pense qu’ils les accepteraient par amitié, et je ne saurais pas si ces vers méritent vraiment d’être publiés. Je préfère proposer mes textes ailleurs. C’est toujours pour moi un examen de passage salutaire. L’écrivain est élève toute sa vie. De même, pour un auteur, se publier soi-même, c’est une forme de lâcheté, c’est fuir le jugement des autres…

Pour parler du « Cocktail », un texte d’Yves, compagnon de la première heure, un autre moi-même, très présent dans mes livres.

« Lauréat de l’académie Française pour son roman « Stef et les goélands » paru chez Julliard en 1971, Claude Cailleau est revenu à l’écriture au début du 21ème siècle. Sa bibliographie montre l’étonnante variété de son œuvre ; mais on se rappelle qu’il est l’auteur de la première  biographie du poète Pierre Reverdy. Aujourd’hui, il publie un livre étrange, qui rassemble des textes parus en revues et des inédits. Le lecteur trouvera là des extraits de ses mémoires, des poèmes, des fragments de romans, des études sur l’écriture et surtout des pages de son journal. Ensemble que l’auteur présente, commente, accompagne sur le ton familier d’une conversation entre amis. A lire, donc, comme un roman. Dans cet ouvrage savamment composé, on chemine en compagnie d’un personnage, l’auteur et, après une première lecture, il faudra revenir sur les pages émouvantes où il parle de ses vingt premières années, pour voir comment cette période de la vie a forgé non seulement l’homme, mais aussi l’écrivain, grand lecteur, qui dirige actuellement une revue littéraire, après avoir noué des relations durables avec de grands auteurs du 20ème siècle. « Cocktail de vie » fait le point sur une œuvre originale, qui flirte toujours avec l’autobiographie.

L’ouvrage est référencé sur les sites de vente : Amazon et Fnac. »

                                                                                     ( Yves Le Conseiller, février 2013)

Et la note de Michèle Lévy, texte que les abonnés des Cahiers retrouveront dans le n° 19.  C’est bien la première fois (que l’on me pardonne) que je me fais un peu de publicité dans ma revue…

 

« Cocktail de vie (Anthologie personnelle) » de Claude Cailleau, 152 p., préface de Jean-Marie Alfroy, Éd. Éditinter, 16 euros.

On se promène avec bonheur dans ce « Cocktail de vie » bien nommé -on peut en prendre une petite gorgée, puis une autre, puis s’arrêter, savourer et laisser agir le philtre…- et  l’envie vous vient très vite de désobéir au vœu de l’auteur, Claude Cailleau, qui écrit : « J’aimerais que mon lecteur aborde ce « Cocktail de vie » comme un roman, qu’il se laisse guider ». Car la liberté est contagieuse et cette « anthologie » originale, construite à la façon d’un puzzle, avec une réelle rigueur mais aussi une véritable liberté d’esprit, donne envie de la parcourir en tous sens pour mieux apprécier le charme qui s’en dégage. J’avoue que j’ai souvent faussé compagnie à notre guide qui pourtant avait sagement « prévu les étapes », comme un voyageur retourne sur ses pas pour revoir un paysage qui l’a touché ou intrigué.

Car ce « roman » qui n’en est pas un, ce journal dont trente années ont été perdues, brûlées au fond du jardin, cette autobiographie écrite d’une plume à la fois romanesque et poétique, ces mots entre prose et poésie mêlant souvenirs et fiction, témoignent d’une belle tentative de mémoire, pour sauver et lier ensemble, comme en une gerbe de vie, les moments d’une existence tout entière parcourue par l’amour des mots et de l’écriture.

Que vous préfériez choisir une lecture continue ou inventer vos propres chemins pour  une découverte  plus fragmentée, prenez votre temps pour parcourir  ce « Cocktail de vie » qui fera remonter en vous des ombres et des rêves, des silhouettes perdues ou retrouvées, en un jeu de miroirs incessant.

Comme si nos vies étaient ces poèmes dont on pourrait, « mêlant les vers, les strophes, […] construire des millions de poèmes » qui « évoquent les mêmes scènes d’une enfance perdue ». Comme si « Cocktail de vie»  déployait pour chaque lecteur un de ces millions de possibles…                                                                 

                                                                                        (Michèle Lévy, février 2013)

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( 12 janvier, 2013 )

La lettre de janvier 2013.

 

La lettre de janvier 2013. cahier-181-208x300

Au sommaire :  

Bonne année

Des nouvelles de la Revue

Des nouvelles d’un ami poète

Une curiosité maintenant

À paraître en 2013

Une autre curiosité

Prochainement…

 

Bonne année à tous ceux qui visiteront le blog ces prochains jours.. Vous l’avez vu, il y a du nouveau. Le n° 18 est sorti en décembre. Vous avez pu en lire le sommaire.

Sur son mur de Facebook, Bruno Doucey formule le souhait « que le chant des poètes apaise le tumulte du monde ». Et un de ses amis propose, sur le modèle du verbe « s’aimer », le néologisme « s’amitier ». Je suis heureux que ma revue, non seulement m’ait amené des amis, mais aussi qu’elle ait créé parfois des liens entre lecteurs et auteurs. Les courriers que j’ai fait suivre de temps en temps ont permis à quelques-uns de s’amitier.

Des nouvelles, de la Revue…

Du n° 17, dans lequel le dossier Lavaur occupait presque toutes les pages. Un succès, puisque nous avons dû faire un 2ème tirage. Claude Vercey (sur le site de Décharge) lui consacre son I. D n° 419 : « … Cl. C. en maître de cérémonie, nous introduit tour à tour aux diverses contributions, évoquant l’éditeur, le revuiste et le poète, mais aussi l’enseignant et le collagiste. La fidélité (de Lavaur) à l’enfance et aux racines terrienne, paysanne, montagnarde, occitane et orpheline y est heureusement soulignée. »

Du 17, toujours, sur le site de Texture, Georges Cathalo écrit : « Sans esbroufe, Cl. C. sait structurer sa revue, choisir des poèmes de qualité et dresser des dossiers. C’est ainsi que sa revue occupe une belle place dans l’univers complexe de la poésie vivante ».

Merci, Georges. Et à Yannick Torlini qui, parlant du n° ,18, salue au passage les contributions de Bernard Grasset, Jean-Marie Alfroy,  Anne-Lise Blanchard, et le travail du directeur de la Revue – lequel, on l’a peut-être oublié, avait eu le front, pour le premier numéro consacré à Julien Gracq, de rédiger tous les textes !

Mais revenons au n° 17. P. A., qui a beaucoup publié dans la revue Traces, et participé au dossier Lavaur, m’écrivait : « Je trouve ce numéro excellent. Pour son contenu, bien sûr, mais également pour l’originalité dont vous avez su faire preuve dans son ordonnance et ses enchaînements. J’ai eu, grâce à vous, le sentiment d’accompagner Michel au fil des pages, d’être quasi à ses côtés, de reprendre en quelque sorte une conversation avec l’intéressé ». Il est agréable pour moi de lire cela, parce que c’est bien ce que j’avais voulu faire en construisant ce dossier, qui ne ressemble pas aux autres précédemment publiés dans les Cahiers. Tous sont différents, Et, curieusement, celui dans lequel je suis le plus absent, c’est le spécial Reverdy ! Les contributions ont été tellement nombreuses que le biographe du poète s’est effacé pour laisser la place.

Les numéros 8 (Dossier Reverdy), 17 (dossier Lavaur) et 18 (poésie) sont encore disponibles (6 € l’ex. port compris ; à l’adresse des « Amis de la rue Ventura » 9 rue Lino Ventura – 72300 Sablé-sur-Sarthe.

Philippe Jaffeux, que nous avons déjà publié dans les Cahiers, vient de créer son site, Voici l’adresse : http://www.philippejaffeux.com/

 

Une curiosité, maintenant… 

Georges de La Tour est mon peintre préféré. Marcel Arland me le fit connaître et apprécier dans les années 1970. Je me rappelle cette lettre dans laquelle il me conseillait d’aller voir une exposition, en même temps qu’il proposait dans la NRF d’août 72 des « lectures » des tableaux du Lorrain signées Guy Rohou, Jean Grosjean, Antoine Terrasse, etc.), ajoutant : « Qu’est-ce que l’homme, enfin ? C’est la question que La Tour se pose de plus en plus intensément à travers son œuvre. » Je reviendrai sur le peintre…

Aujourd’hui, le récit d’une curieuse expérience…

En septembre 2012, je reçois un exemplaire d’auteur de Littérales n° 9. Patrice Fath a eu la gentillesse d’y publier mon expérience de réécriture d’un poème ( « Traces », paru en 2011 sous forme d’un dépliant illustré par M. T. Mekahli).

Quelques strophes ici, choisies pour leur résonance profonde dans la mémoire de leur auteur à chaque fois qu’il les lit :

 

Une voix pleure dans la nuit

Enfant perdu si la rivière

en bas qui bouillonnait son eau

ouvre l’abîme de l’absence

 

L’air pleut Dans l’heure qui crachine

(menu son flux lisse à l’oreille)

quelqu’un traverse ma présence

Une ombre explore mes silences

 

L’oiseau crie au fond de la nuit

La mort se fait proche Le ciel

flamboie crépite (tant de guerres

dans la mémoire de l’enfant)

 

L’homme sourit sur la photo

Des vies usées des chaises vides

Près des sépulcres l’enfant seul

mais que des ombres accompagnent

 

Sa main caresse le marbre où

les doigts de la mort se posèrent

 

Il y eut quatre poèmes sur les mêmes thèmes, nés des mêmes émotions. Différents cependant, parce que, entre les moments d’écriture, l’auteur avait continué de vivre, et qu’à chaque fois il n’était plus le même.

(Le dépliant, illustré, est encore disponible contre 6 €, port compris (commande aux « Amis de la rue Ventura »)

 

Mais je me suis un peu égaré. Revenons à ce numéro de Littérales. Aux poèmes venaient s’ajouter quelques pages de tableaux, non figuratifs, d’Isabelle Clément, peintre du Nord de la France. Je ne sais pourquoi l’un d’eux, soudain, m’a attiré, retenu plus qu’il n’était raisonnable. Il s’en dégageait une atmosphère étrange. Je fouillais les profondeurs du tableau, interrogeant lignes et couleurs ; et voilà qu’elles me parlaient, à moi que l’art abstrait n’a jamais intéressé, parce que j’y flairais toujours une sorte d’escroquerie. J’ai pris mon stylo et je me suis mis à écrire. Un long poème. Pas du tout dans mon style habituel. Des vers qui s’allongeaient à ne plus finir, comme la phrase, chargée d’adjectifs, de verbes, pour tenter de décrire l’indescriptible, cet univers mystérieux que mon regard percevait au-delà des apparences. Une horreur ! aurait dit mon vieux maître, qui me conseillait toujours la concision.

Le  poème – regard sur un tableau – se trouve sur le site du peintre, dont voici l’adresse :

www.iclement.artogue.fr

Quand vous serez sur le site, cochez « Galeries », puis « Rencontre avec Claude Cailleau ». Vous y serez.

A Paraître prochainement : « Cocktail de vie », une anthologie de mes publications de la dernière décennie. Le temps semble venu, du retour vers le passé et du bilan.

Vous serez prévenus, bien sûr, lors de la sortie du livre.

 

Une autre curiosité. Elle l’a été pour moi aussi  quand j’ai retrouvé ce texte, paru il y a quelque quinze ans dans « Poésie entre amis », un périodique publié par Serge Lardans, un poète, humoriste à ses heures, bien oublié aujourd’hui mais dont Louis Delorme et quelques autres se souviendront certainement.

Un texte qui fera peut-être « crier » mes lecteurs, comme j’ai fait crier quand j’ai dit, et publié, que je n’aimais pas Baudelaire. (J’ai eu sur le sujet un échange passionnant avec mon ami François – lequel ? direz-vous : j’ai plusieurs amis prénommés François. Peu importe. Je publierai un jour cet échange, s’il le veut bien.)

Le texte qui suit était paru sous le titre « Confession publique ». Le voici, nanti d’un sous-titre (« Paroles vieillies ») parce que je ne suis pas sûr que, le rédigeant aujourd’hui, j’écrirais la même chose.

 

Toi qui toute ta vie auras cherché si ce que tu venais d’écrire pouvait s’appeler POÉSIE,

toi qui auras douté sans cesse, scruté d’un œil perplexe ce que ta main venait de laisser échapper sur la feuille blanche maintenant souillée (car tu écris mal, d’une plume nerveuse, incontrôlable, ce qui avait le don d’irriter tes vieux professeurs grincheux),

toi qui n’as cessé de lire ces lignes interrompues – par quel hasard ou quelle volonté bien informée ? au nom de qui ? au nom de quoi ? – sans arriver à résoudre l’énigme du poème,

toi qui ne cherchais dans cette quête vaine qu’à gagner enfin une certitude qui t’eût débarrassé de tous tes complexes – écrire des poèmes, quelle activité ridicule ! le poète, quel doux dingue, toujours à aligner des mots qui ne servent à rien ! et toi, fou, qui tentes de l’imiter, prétentieux singe savant ! –

toi qui continues pourtant d’écrire, acharné à trouver ce qui sans doute ne peut l’être,

 

toi qui as  écouté Cadou, feuilleté Éluard, contemplé Ponge, interrogé Char, entendu Aragon, sondé Reverdy, pris un baind’exotisme avec Saint-John Perse, voyagé avec Cendras, déliré avec Desnos, suivi Jean-Claude Renard dans sa quête mystique, cheminé enfin avec beaucoup d’autres,

Cadou le sensible malgré lui (que peut-on contre cela ?) empêtré de sa croyance involontaire en Dieu (ou qui feignait), pas modeste, grincheux peut-être même, envieux des camarades mieux traités dans le monde des lettres, qui croyait en lui plus que dans les autres, qui sans doute n’aimait pas l’enfant quoi qu’il en dît, Cadou qui t’enveloppe dans les plis de son lyrisme forcené,

Éluard le revanchard du Rendez-vous allemand, le simple, le banal chantre de la vie quotidienne, de l’amour, des questions qu’on se pose à soi-même sans jamais y répondre, Éluard le maître d’une « poésie ininterrompue », le sincère aussi, qui avouait la stérilité parfois de la recherche poétique, ayant sondé jusqu’à « la pierre vide »,

Ponge que tu laisses ramasser les morceaux de sa cruche, sonore et vide, débris « navrants et dérisoires » (on n’en fera pas une histoire !…) Ponge que tu abandonnes, fouillant la terre en quête d’une racine d’œillet , Ponge dans l’instant croyant que sa « recherche pourra être appelée poésie »,

Char, qui te fascinait, colosse aux pieds d’argile, acharné, te disait son ami, à glisser de l’obscur dans la lumière, mais qui disait si bien, sans musique, la vie et les hommes,

Aragon, qui se demandait ce qu’il fût devenu sans Elsa et qui devint un autre, Aragon qui célébrait, pour que l’on se souvienne, sa « France de lumière » et ceux qui avaient souffert la mort dans les camps allemands, Aragon le vieillard désabusé, masqué, serein, poète en son moulin, couché  pour le futur sous le vieil arbre, en haut la prairie, avec sa glaçante compagne,

Reverdy (Ah, le vieux misanthrope prétentieux dans sa certitude d’avoir produit des chefs-d’œuvre !) égrenant ses mots en petites touches (fragments de décor mais toute une atmosphère) le projecteur braqué sur une ombre, un pan de mur, une haie, paysan de la ville avec sa veste de gros drap, le cache-col blanc, pour toi plus homme que poète,

Saint-John Perse, le prince d’un monde sans horizons, que tu suivais dans les accordailles de l’eau, de la terre, du ciel et des arbres parlants, Saint-John Perse marchant sur les grèves de son enfance choyée,

Jean-Claude Renard enfin, l’élégiaque, le mystique, qui t’entraînait malgré toi dans sa quête de l’être, à la poursuite de l’obscure raison de vivre, Jean-Claude Renard le modeste, le silencieux, le tourmenté devant le grand Mystère,

 

Tous ceux-là et beaucoup d’autres, des vieux, reconnus, chenus,  arrivés aux frontières, et des plus jeunes, qui attendent encore un satisfecit – des modernes comme on dit (mais de quelle modernité ?), qui ont l’air de savoir, qui le croient puisqu’ils écrivent et ne craignent pas d’en parler, prétentieux brasseurs de vent,

tous ceux-là, tu les as lus et relus ! Mais que sais-tu, au bout du compte, de la Poésie ? Toi qui prétends en écrire, dis, que sais-tu de la Poésie ?

Claude Cailleau, novembre 1999

 

A tous, pour finir, Je souhaite une heureuse année 2013. Et si cette page appelle de votre part un commentaire, il y a sur le blog un emplacement pour cela. A vos claviers, donc…

Bientôt sur ce blog, d’autres réflexions sur l’écriture de la poésie. La poésie rimée nous semble dépassée, le vers  libre mal utilisé par des poètes qui écrivent sans avoir eu, au préalable, une réflexion sur leur art. Sans fausse modestie, nous continuerons de proposer, à travers les échanges que nous avons dans le cadre de la Revue, notre conception de l’écriture poétique. A bientôt, donc.

La photo ci-dessous, c’était dans les années 1970 – ma période yéyé ! Vous la retrouverez, je l’espère, en 4ème  de couverture d’un de mes livres à paraître en 2013.

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( 27 octobre, 2012 )

17 octobre 2012 – Le Cahier 17 est paru

17 octobre 2012 – Le Cahier 17 est paru   crv17-211x300

Avec l’automne tombent les feuilles du n° 17, un cahier presque entièrement  occupé par un hommage à un ami qui m’a souvent accueilli dans sa revue « Traces » : Michel-François Lavaur.

Revuiste, éditeur, poète, MFL (comme il signait ses lettres) a jeté l’éponge en 2010.

Mais sa revue aura laissé des traces indélébiles. Rares sont les poètes qui n’ont pas paru dans ses pages.

 

Vous allez trouver ci-dessous le sommaire du Cahier 17.

Je voudrais profiter de ce message pour signaler, dans le numéro, une énorme coquille qui modifie le message du poète.

A la page 11, en comptant la couverture (je sais : je n’ai pas paginé parce que je voulais qu’on lise le dossier comme un roman et je me trouve piégé pour localiser la faute) dans le paragraphe au-dessus de« L’enfant est-il poète ? », à la dernière ligne, il faut lire « Le hérisson qui se désapeure est une bogue de douceur » (et non une bague). La coquille a fait disparaître la belle image, pleine de tendresse, et… de poésie.

Relisez ce texte : il est magnifique. Chez Lavaur, parler de l’animal est souvent prétexte à parler de l’homme – ici, précisément, de lui, qui perdit sa mère à 5 ans. Relisez : c’est plein d’une émotion retenue. Un texte d’anthologie…

«  Le petit berger n’a pas de larmes mais il pleure en dedans. Son visage pâle est une maison blanche pleine de ténèbre à cause de ce deuil qui l’isole du jour. La douleur d’un orphelin est comme la poésie qui ne se prouve pas. Elle s’éprouve. Plus que la preuve c’est l’épreuve qui dénude le cœur des enfants morts avec leur mère et cependant toujours vivants. Le petit berger laisse la brise (dont le doigté subtil dégrafe le calme des feuilles à la lisière des boulaies) caresser sa lèvre et le lait de l’air doux l’immunise un moment contre le feu du manque. Il regarde les seins l’épaule les hanches le ventre assoupis de la montagne pareille à une belle femme étendue maternelle et immortelle. Il paraît attentif à la seule fumée d’un brûlis de fanes au dos du puy et une bête ronde sommeille dans ses bras. Mais son regard est un talus fleuri de chrysanthèmes entre les tombes froides seules parmi les brandes à seize fois cent pas du clocher de la combe. Peu à peu le hérisson qui se désapeure est une bogue de douceur. »

Michel-François Lavaur

 

Voilà. J’espère, cette fois, n’avoir pas trahi le poète.  (Et pour les puristes qui pourraient s’interroger, MFL a bien écrit « ténèbre » au singulier.)

 

MFL me signale une autre faute dans le poème en occitan :

Il faut lire : « emb una »  (emb = avec)

 

Les demandes ayant été nombreuses, nous avons dû faire un 2ème tirage (après correction, bien sûr)

 

Dans le n° 18, à paraître en décembre, de la poésie, introduite par un très beau texte de Bernard Grasset, intitulé : « Au feu de l’écriture »), et quelques pages d’enfance,  pour rouvrir une rubrique réclamée par certains lecteurs.

( 12 septembre, 2012 )

Ce 13 septembre, alors que je viens de fermer les volets de mon bureau pour protéger les livres du soleil…

Confidence

Directeur de Cahiers dans lesquels je ne publie pas mes poèmes (heureusement quelques revues les accueillent), j’ai envie parfois de glisser dans ce blog quelques confidences que je livre d’ordinaire à mon journal. De libres propos, aujourd’hui, pour l’échange.

La photo, un peu plus bas, c’était à Courdemanche, un modeste salon du livre au milieu d’un vide-grenier. Le 14 juillet. J’en ai déjà parlé en août. Mais regardez bien la photo. Vous y verrez d’abord un type réfrigéré. Les auteurs étaient rassemblés sous un barnum. Pas de bâches sur les côtés. Des stands en plein vent ; et Dieu sait s’il ne faisait pas chaud ce jour-là ! Heureusement, j’avais prévu le coupe-vent que j’endosse en Bretagne pour me protéger du froid.

Il faisait « un temps de chien », comme on dit. Soleil et averses. A peine une température de début de printemps. Le déballage que vous voyez près de la camionnette n’allait pas rester là longtemps. Périodiquement, une grosse ondée venait frapper la toile sous laquelle nous nous abritions.

Atmosphère surréaliste : des livres en plein air, sur une table ; et à un mètre à peine, un mur d’eau infranchissable qui nous isolait du monde. Entre les panneaux que j’avais accrochés derrière moi et la pluie, 20 cm à peu près, mais pas une goutte sur les feuilles. N’eût été le froid, j’aurais savouré la situation en regardant les gens courir sous la pluie, moi, bien au sec dans mon refuge en plein vent. Sur les panneaux, vous aurez reconnu, en haut : Georges Jean, mon vieux Maître – il fut mon professeur au Mans dans les années 50 - et, en bas : Pierre Reverdy, mort en 1960 à Solesmes. Pour Reverdy, je vous recommande ses œuvres complètes parues en 2010 chez Flammarion… et la biographie que je lui ai consacrée ! (Elle est parue en 2006 aux Editions du Petit Pavé ; vous pouvez toujours la commander pour 18 euros à votre libraire ; et s’il vous dit que ce livre est épuisé, répondez-lui qu’il ment ! Et allez le commander ailleurs. Quand on est libraire, on ne doit pas mentir par paresse.)

Mais revenons à la photo. C’est une occasion pour vous de jeter un coup d’œil sur la table… J’y ai étalé mes livres, et la revue. Le Reverdy était un peu plus à droite, avec le cahier Encres Vives dans lequel je propose un « Tombeau » du poète et le CRV n° 8, avec le dossier à lui consacré.

Quant à mon « Stef », à gauche sur la table, actuellement, dans les salons, je le donne pour tout achat d’un livre sur mon stand. Vous savez qu’un roman, s’il est d’un inconnu, ne vit guère plus de trois mois (seuls ceux de Nothomb… Mais la dame aux chapeaux est un cas). Stef, lui, sans tapage, Stef, qui eut un prix de l’Académie Française, Stef dont l’auteur pourrait donc se dire, comme certains, « lauréat de l’Académie Française » (mais il ne le fait pas, trouvant que cela fait un peu prétentieux), Stef continue, modestement, de survivre. Et, comme le temps n’a pas d’effet sur les personnages de romans, 40 ans  après la parution du livre, Stef est toujours un adolescent. S’il vit encore, c’est que j’avais eu la bonne idée d’en racheter quelques centaines d’exemplaires lorsque l’éditeur a décidé de le« pilonner ».

« Stef et les goélands » se vend sur la Toile, pour quatre sous, alors qu’un internaute peu scrupuleux propose mes autres livres à des prix prohibitifs, sous le prétexte, parfois, qu’on peut y trouver quelques mots écrits de ma main (sans doute quelqu’un qui m’avait demandé une dédicace) ça flatte l’ego, de voir ses écrits appréciés à leur juste valeur ! ! (Je plaisante, bien sûr.)

Si vous allez voir, ne tombez pas dans le piège : mes livres sont toujours en vente, à un juste prix, chez les éditeurs, et pour certains chez les « bons » libraires. Si notre homme pense que mes livres ont une telle valeur, qu’il les garde ! Quand je ne serai plus sur cette terre, les prix monteront encore, et vertigineusement !

A bientôt, pour d’autres réflexions sur le temps qui passe. Le nez rouge de l’auteur,  sur la photo, n’est pas dû à l’alcool : je ne bois un verre de vin que le midi, au moment du fromage. C’est seulement que, l’âge étant venu, je suis devenu frileux.

Et hâtez-vous d’acheter mes livres : on me dit que les tirages s’épuisent…

Sablé le 11 septembre, alors que l’été, discrètement, nous abandonne. (Cl. C.)

Ce 13 septembre, alors que je viens de fermer les volets de mon bureau pour protéger les livres du soleil… image-salon-225x300

Photo Céline Ramanantsoa

 

( 28 août, 2012 )

Août 2012 – Pour renouer après un long silence…

Voici le sommaire :

1 – A la demande de poètes publiés dans les Cahiers, quelques  précisions.

2 – Pour relancer le dialogue autour de la poésie… (Ici, un texte très long, excusez-moi.  Mais je reste persuadé que vous irez jusqu’au bout du discours… et que vous aurez envie d’engager le dialogue).

3 – Des nouvelles : le Cahier 16

les surprises du Net

(Par peur de vous lasser, et parce que j’aimerais vraiment que vous lisiez la réflexion sur la poésie proposée en 2, je termine par ces nouvelles en précisant tout de même, pour aiguiser votre appétit, que les surprises du Net ne sont pas banales…)

Août 2012 – Pour renouer après un long silence… Cahier-16-blog-1-225x300

 

( 28 août, 2012 )

Pour tout savoir sur les Cahiers…

Un blog n’est pas un site. Si j’ai choisi le blog, c’est que le site, avec sa rigidité, ses rubriques bien délimitées, n’aurait pas offert l’aspect d’une conversation, d’échanges entre amis, que je voulais donner à mes propos.

On m’a dit à plusieurs reprises qu’on n’avait pas trouvé sur mon blog les informations qu’on attendait. Elles y sont ; il suffit de les chercher en descendant dans les pages.

Je sais, les esprits méthodiques trouveront que ce choix donne à l’ensemble un aspect  un peu « fouillis. Ce blog, j’aimerais qu’on y flâne, passant éventuellement sur certains textes, s’attardant sur d’autres. Longtemps. Et réagissant aux propos…

Voici donc à nouveau les informations sur les Cahiers. Hâtez-vous de les noter avant que l’arrivée de nouvelles pages ne vienne vous obliger à une descente dans ce que j’appelle « les jours anciens » du blog. Donc…

Les Cahiers de la rue Ventura, revue littéraire paraissant tous les trois mois, offrent des dossiers sur les écrivains, de la poésie, des pages d’autobiographie, des chroniques sur les arts et des notes de lecture.

Le numéro est vendu 6 euros (port compris)

L’abonnement (4 numéros) est à 22 euros.

 

Commandes à L’Association

« Les Amis de la rue Ventura » – 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLE-SUR-SARTHE

Chèque à l’ordre des « Amis de la rue Ventura »

 

Pour toute autre question, un mail à   cl.cailleau@free.fr

Pour tout savoir sur les Cahiers… arbre-2-186x300

( 27 août, 2012 )

« Insaisissable poésie… »

Je reprends ici le titre que Jean-Marie Alfroy a donné au texte que nous avons publié dans le Cahier 13 B. Aujourd’hui, je souhaite que l’on revienne à la question : « Est-il nécessaire de se mettre d’accord sur l’écriture de la poésie ? »

Celui qui a choisi de gérer une revue se trouve affronté tous les jours à des choix difficiles. Je vous conseille de rouvrir le n° 9 de nos Cahiers. Je citais là, dans un texte intitulé « Jeune poésie » (texte repris par Arpo dans son bulletin de l’hiver 2011) un fragment d’une déclaration de Dominique Aury : « Qu’est-ce qui mobilise ceux qui font les revues ? … Ne serait-ce pas la plus belle des impatiences ?… Dans ces assemblages arbitraires, inattendus, dans ces insolites découpages, quelque chose est là, de plus vivant qu’ailleurs : la littérature à l’état naissant. »

S’agissant de mes Cahiers, « assemblages inattendus » : d’accord. Mais « arbitraires »… Non ! Nous savons depuis les débuts où nous voulons aller, et même à quel moment il nous faudra arrêter. « Moment », le terme est impropre. Je devrais dire que la Revue s’arrêtera quand le programme que je me suis fixé aura été rempli. Et pour ceux qui, abonnés, nous suivent depuis un moment, une info : le 15 et le 16 forment ce que je nomme une parenthèse (même si leur contenu va dans le sens de nos recherches). Dans le 17, nous reviendrons aux dossiers. J’ai dit « recherches », car, à moins d’être cousu de certitudes, le poète est toujours habité de questions sur l’utilité de son art, par rapport aux lecteurs mais aussi à lui-même. Et questions sur les moyens qu’il va utiliser pour en faire un art

En d’autres termes, quelle forme l’écriture de la poésie doit-elle prendre ? Je sais, le débat est ancien, le sujet rebattu. Cela n’empêche pas de souhaiter y revenir.

Un exemple ? Je vous propose un fragment d’une lettre de Jean-Marie Alfroy. Romancier, poète, J.M. A. collabore régulièrement aux Cahiers avec une chronique sur les arts et nous avons publié des « blues » de sa plume dans le n° 13 A ; il vient aussi d’être accueilli dans la revue belge « Inédit Nouveau » et dans « Friches ». (Vous voudrez bien m’excuser d’avoir laissé, dans cette copie de sa lettre, deux passages dans lesquels il trouve des qualités à mon travail d’écrivain ; je ne veux pas croire à de la flatterie. J.M. A. me connaît et sait que j’ai toujours fait vœu de modestie. Bref, je ne ferai pas comme cet auteur – il est mort, paix à ses mânes ! – à qui mes élèves demandaient qui était, selon lui, le plus grand poète vivant et qui répondit sans plaisanter : « C’est moi » Authentique !

Voici donc ce que m’écrivait le 22 mai 2012 Jean-Marie Alfroy, qui venait de relire « La Littérature sans estomac » de Pierre Jourde, livre dans lequel un chapitre est consacré à la poésie. (Vous trouverez ce livre en Pocket). L’auteur y livre un « projet de machine à poésie », propose une « méthode de  fabrication », suivie d’un « lancement des machines » qui fait tomber sur la table un poème « rédigé absolument au hasard, sans douleur aucune, en deux minutes trente secondes ». Avec le plus grand sérieux, notre homme ajoute : « Il serait aisé d’informatiser la chose et de laisser faire l’ordinateur »…

Mais…

Excusez-moi, si je ne me retiens pas, c’est 10 pages que je vais vous offrir et vous ne me lirez plus. Je laisse la parole à Jean-Marie Alfroy.

« … Si je vous ai demandé de relire de relire le chapitre concernant la poésie dans l’essai de Jourde, c’est que j’y vois le sujet d’un chronique pour la fin de l’année… Jourde dénonce un nouvel académisme moderne dans l’usage inconsidéré du vers libre. Surtout, ne vous sentez pas visé, car vous faites partie de ceux qui l’utilisent avec suffisamment de talent et de naturel pour que, comme on dit, « ça passe toujours ». Mais ça n’est pas vrai pour tout le monde.

Depuis que je lis pour la Revue et dans la Revue, des poèmes venus de tous les horizons, je commence à avoir ma petite idée sur l’emploi du vers libre. Chez beaucoup, c’est un pur artifice. Ce qu’ils écrivent pourrait s’écrire en prose (comme mes « Faux souvenirs » parus dans Inédit Nouveau), ça ne  serait pas plus mal – et peut-être mieux. Comme l’écrit Jourde avec malice, ils font de l’analyse logique sans le dire (et le savoir ?), allant à la ligne  au bout de chaque segment syntaxique.

Prenons l’exemple de la fameuse phrase, extraite de l’ancien code pénal, prononcée par Fernandel dans le film « Le Schpountz », ça donnerait ceci :

Tout condamné à mort

aura

la tête tranchée.

Joli poème, n’est-ce pas ? Sujet-verbe-complément…

D’autres, plus subtils, écriraient :

Tout condamné

à mort

aura la tête

tranchée.

Belle mise en évidence de « mort » et de « tranchée » ; de quoi trembler d’angoisse. Et ça fait un poème ? Non. Portant, j’ai lu des textes qui ne valaient pas beaucoup mieux.

Jourde dénonce aussi l’impropriété lexicale ou sémantique comme procédé pour « faire poétique » ; ça, je l’ai vu chez un très grand nombre  d’auteurs, même des reconnus. Je ne citerai pas de noms pour être gentil. Mais jamais chez vous, heureusement.

Bref, j’ai la conviction qu’en 2012 nous sommes arrivés au bout des possibilités du vers libre, comme vers 1880 on était arrivé au bout de la versification classique. Mais que faire ?

A mon avis, il existe deux directions possibles :

- Le retour aux contraintes formelles (anciennes ou nouvelles, donc à inventer)

- l’abandon du vers pour la prose (prose poétique si vous voulez). Ces deux voies sont déjà empruntées ; la première par Nicolas Grenier, par exemple (ses sonnets sur Drancy (1)), par Valérie Rouzeau dans « Vrouz » qui, elle, pratique le sonnet déstructuré (14 vers sans quatrains ni tercets – sans rimes non plus), par Nicolas Gille (2) dans le recueil que vous m’avez donné à recenser (des sizains rimés en chiasme : a-b-c / c-b-a), par vous-même, mon cher, dans vos « Classics poems » (3) si finement ciselés. Par modestie, je tairai dans ma chronique un dénommé Alfroy qui s’est essayé à répliquer lepatron syntaxique et rythmique du blues dans quelques poèmes (4). On pourrait citer aussi tous les haïkistes.

La seconde, elle, a été très fréquentée tout au long du 20ème siècle par les plus grands : Reverdy (eh oui, toujours lui), Saint-John Perse, Victor Segalen, Valéry Larbaud, Léon-Paul Fargue, Henri Michaux, Francis Ponge, et tant d’autres…. Cette voie, à mon sens, n’est pas obsolète.

Je viens d’en avoir la preuve en prenant connaissance de deux ouvrages de Claude Ber que j’avais commandés à mon libraire… Cette auteure… utilise le vers libre, mais avec parcimonie car elle l’abandonne souvent pour de longues pages en prose. .. Cela me permettra de conclure… en déclarant que l’avenir de la poésie est sans doute … dans la prose !

Voilà de quoi alimenter la polémique et « faire gémir les presses » comme disait Monsieur Homais. Qu’en pensez-vous ? Nous aurons, je le sais, l’occasion d’en reparler. »
Jean-Marie Alfroy

Fin de citation. Et vous qui nous lisez, qu’en pensez-vous ? Vous avez la parole. Une page de commentaires vous est ouverte : profitez-en.

 

Mais je n’ai pas fini.

Au début du chapitre qu’il consacre à la poésie, Pierre Jourde cite Jacques Roubaud  : « On peut dire qu’il ne demeure dans la pratique majoritaire du vers libre commun que ce que Réda appelle très justement le  poteau : ATTENTION POÉSIE »

Car le problème est là ; je reçois toutes les semaines des textes en vers libres appelés POÈMES par leurs auteurs, lesquels sont allés à la ligne sans savoir pourquoi, seulement pour prévenir que ce sont des vers.

Et je vais vous surprendre…

Prenons un exemple. Pas n’importe lequel. J’aime beaucoup ce qu’écrit ce poète (ce qu’il écrivait, car il nous a quittés cette année) J’ai beaucoup aimé sa façon d’aborder certains thèmes qui me sont chers. Aimé ces poèmes dans lesquels transparaissent angoisse (de vivre) et nostalgie (regard jeté derrière soi). Il y avait de la modestie dans cet homme, de la patience, une grande confiance dans le pouvoir du langage.

Je ne le nommerai pas. Vous reconnaîtrez peut-être son poème. Le voici, en prose…

« Ce n’est pas moi qui parle mais à travers cette voix qui me dicte des paroles inconnues c’est comme un irréductible mystère qui chemine dans l’obscurité de mes veines. »

Voilà. J’ai mis en prose ce poème que dans son livre l’auteur avait proposé en vers.

Nous allons – voulez-vous ? – faire le procès du vers libre.

Essayez de redonner à ce poème sa forme initiale. Si votre découpage est celui qu’avait choisi le poète, c’est qu’il y avait une nécessité interne qui commandait le choix de cette forme versifiée. Sinon, c’est que, sans doute, il serait temps d’abandonner le vers pour la prose poétique.

Car – n’en doutez pas – le texte que je vous ai proposé est bien « poétique ».  Il y a cette idée que le message vient du tréfonds de l’être, impossible à décrypter parce que la vraie poésie est ésotérique), et l’image (chemine) qui lie étroitement notre environnement concret et tout ce qui en nous n’est  perceptible par aucun de nos sens, mais existe – l’idée, aussi, que lorsque l’on écrit un poème, en réalité, c’est lui qui s’écrit, et que l’on n’intervient guère (Une relecture quelques jours plus tard nous le révèle, qui nous fait découvrir un message étranger). Cette idée est mienne depuis longtemps. Elle est seule à justifier pour moi l’utilité de l’écriture. Interrogez Jean Joubert sur ce sujet, il ne vous dira rien d’autre.

Ce développement n’est pas une critique du texte cité. Je ne me le permettrais pas. Si vous ne parvenez pas à retrouver le poème en vers tel que l’auteur avait choisi de le présenter, au moins pourrais-je dire que la forme choisie a été la conséquence d’une dérive du vers libre.

Puis-je, pour conclure (il est temps !) vous conseiller la lecture de quelques livres arrivés en service de presse au siège de la Revue ? J’en ai choisi quatre.

« Aragon, Césaire, Guillevic et 21 poètes invités du Mercredi du poète » Etudes et entretiens, par Jean-Paul Giraux (Anthologies de l’Arbre à paroles)

« Réveiller l’aurore », de Jacques Demaude (Le Taillis Pré)

« Présence de la poésie » – Pierre Garnier, par Cécile Odartchenko (Ed. des Vanneaux)

Et – pourquoi pas ? –

« La Nuit des jours », de Gilbert Prouteau (Ed. Echo Optique) De beaux poèmes « classiques ».

On y lit une poésie qui n’est pas polluée par un modernisme sans fondements. Un modernisme refuge de la facilité, et qui concrétise un grand vide. Lire de la poésie : activité salutaire pour lejeune poète (5). Car… comme l’écrivait un des membres du comité des Cahiers, exaspéré de lire des poèmes sans  poésie : « Voilà ce qui arrive quand on se mêle d’écrire de la poésie sans en avoir lu ! »

 

(1)   Cinq sonnets de Nicolas Grenier, dans le Cahier n° 16

(2)   « Un ciel simple »,  Nicolas Gille, Ed. du Petit Pavé

(3)   « Classic poems », Claude Cailleau, Ed. du GRIL (Belgique)

(4)   « Blues », par Jean-Marie Alfroy, dans le Cahier 13 A

(5)    Dans le Cahier n° 9 : de Cl. C. « L’art naît de contraintes et meurt de liberté »

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