( 21 décembre, 2011 )

Agenda

Le 26 novembre, le prix Hervé Bazin de la Microfiction a été décerné à  Jean-Marie Palach pour sa nouvelle «  Mon fils, ma bataille ».

Nous publierons ce texte dans le numéro 15 des Cahiers de la rue Ventura.

Le 3 décembre, notre ami José Millas Martin partait rejoindre le paradis des poètes. Je lui avais écrit  le 2 une lettre qu’il n’a pu lire. Nous avions de fréquents échanges de  courrier. Dans sa lettre de novembre, il me promettait encore des textes pour la Revue. « Heureusement qu’il me reste l’écriture et l’amitié des poètes,  m’écrivait-il. Des poèmes… quand j’en aurai mis au point, je t’en enverrai. A  part ça, la vie continue. »

Pour marquer les 90 ans du poète, les Editions Donner à Voir avaient  publié « Tango pour José », un petit recueil d’hommages de ses amis  davistes.

 

19 décembre

Georges Jean, dont j’apprends le décès cette nuit, avait aussi eu droit, en hommage, pour son entrée dans la décennie des nonagénaires, à un petit livre dans la collection  Tango de Donner à Voir. « A mots gourmands » reprenait des poèmes parus dans ses livres pour la jeunesse.

Avec Georges Jean disparaît le dernier de mes professeurs. Les lecteurs des Cahiers savent qu’il a collaboré plusieurs fois avec des poèmes et des textes sur la poésie. Il est encore présent dans notre anthologie de l’été dernier, avec ceci :

 Les mots du silence

Le silence parle

Entends le bruissement de la  mémoire

Les paroles éclatées de ton  enfance

La voix des tiens comme une soie

La sourde musique des images du  monde parcouru

Les paroles de la bien-aimée mêlées aux battements de ton cœur

Les trains les automobiles et le halètement de ce bateau grec qui nous ramenait à Corfou

Les cours de récréation des écoles et les cris d’acier vif des écoliers comme des vols d’hirondelles les soirs d’été

En une seconde le bruit du silence

Investit ta solitude

Georges Jean

Dans une lettre plus ancienne qu’il avait adressée à mes élèves  d’Ingrandes-sur-Loire, il commençait ainsi :

« La poésie, c’est une parole double. Les mots en elle se lisent, s’écoutent, bruissent, mais également sécrètent une sorte de voix absente qui chemine lentement dans le corps, dans l’inconscient, dans ce non-dit que nous portons tous et ne livrons que bien rarement et bien mal, au monde et aux autres… »

Quant à moi, en 2007, je publiais dans Equisol une lettre ouverte à Georges Jean pour dire le souvenir que m’avait laissé, depuis les années 50, un professeur différent des autres… Je la redonne ici.

Lettre ouverte à Georges Jean

 

Vous m’avez toujours impressionné, Georges. C’est déjà une grande audace pour moi, de vous appeler par votre prénom. Un jour, par amitié, vous m’avez suggéré de vous tutoyer puisque, disiez-vous, vous ne vous privez pas de cette familiarité à mon égard. Et c’est vrai qu’entre nous il n’y a pas une grande différence d’âge. Qu’est-ce que 16 ans, maintenant que nous avons vieilli ? Mais tutoyer le maître de mon  adolescence, je n’ai jamais pu. Le respect et l’admiration, chez moi, s’accompagnent de distance. Celle que je tenais à garder avec mes élèves.

Vous avez été mon professeur de lettres autrefois. A vrai dire, je n’avais pas dû vous laisser un grand souvenir. Garçon timide, discret, silencieux. Noyé dans le groupe de ce qu’on appelle les élèves sans histoire. En classe, votre exigence était telle que nos devoirs nous revenaient rarement gratifiés d’une note au-dessus de la moyenne.
Et, curieusement – était-ce le flair aiguisé du poète, car déjà vous écriviez à cette époque sans que nous le sachions – la seule note vraiment bonne que j’aie pu trouver sur un de mes devoirs de français par vous corrigé, ce fut le jour où vous nous aviez demandé de pasticher les poètes.

Avec vous – en étiez-vous conscient ? – le plaisir était aussi ailleurs. Au théâtre, par exemple, où vous nous emmeniez voir, entendre du Beckett, du Ionesco, des pièces d’avant-garde qui troublaient les adolescents incultes que nous étions, en une époque pauvre en médias.

Mais le plus étonnant pour moi, c’était votre activité au sein de Peuple et Culture. J’ai assisté à ces séances au cours desquelles vous lisiez devant les ouvriers de Renault des montages de livres de Zola. Et ces hommes que la culture n’avait guère touchés auparavant, vous réussissiez à les émouvoir, mieux : à les faire parler de leurs problèmes qui souvent rejoignaient ceux évoqués par l’écrivain. J’ai vécu là, dans ces salles inconfortables où s’entassait la France ouvrière, des moments inoubliables. Vous, jeune professeur sorti depuis peu de l’E.N.S., quel mobile vous poussait à cette approche humaine du monde du travail ?

Je comprends mieux votre envie de donner à vos élèves une culture qui ne soit pas uniquement scolaire. Vous avez été celui qui le premier m’a entraîné dans l’univers déconcertant de la poésie contemporaine. Je vous revois, dans notre austère salle de cours, ouvrant un livre de la collection blanche Gallimard pour nous lire du Queneau – « Si tu t’imagines, fillette, fillette, si tu t’imagines… » – ou, sortant un ouvrage plus modeste, recueil signé d’un poète mort très jeune au printemps de l’année 1951, nous dire ces textes  qui allaient m’habiter longtemps, qui me parlent encore aujourd’hui, les poèmes à Hélène, lus et relus tant de fois. Empruntant la voix d’un autre, vous veniez de semer le rêve dans ma vie.

Chez mes parents, il n’y avait pas de livres. Vous imaginez ma stupéfaction quand, à 15 ans, ayant eu à venir chez vous, je vis que les murs en étaient tapissés. Sagement rangés sur les étagères dans la pièce où j’entrai, ils allaient, dans la maison campagnarde de votre retraite, envahir tables et sièges, comme une marée de savoir. En piles d’une hauteur impressionnante, à l’équilibre instable. Et vous prétendiez savoir où se trouvait chacun d’eux ! Devais-je vous croire ? Oui, sans doute. Cette montagne de livres était la preuve de la soif de connaissance qui vous a toujours habité. Depuis, je vous ai imité dans votre passion des livres, sans atteindre à vos sommets : chez moi, seuls les murs en sont habillés.

D’autres parleront de vos ouvrages mieux que je ne pourrais le faire. C’est de l’homme, du professeur que je voulais parler. Combien de fois les commentaires portés en tête de mes devoirs m’ont-ils irrité ? Je sais maintenant que vous aviez raison. « Style fleuri ! » notiez-vous d’une écriture presque indéchiffrable. « Trop d’adjectifs, trop d’adverbes ! Essaie de faire court. » Avec vous, j’ai appris la concision, que je crois être la qualité principale d’un texte. (Peut-être aujourd’hui, dans cette lettre, l’ai-je un peu oublié…)

Vous êtes né à Besançon comme Hugo, en 1920 comme Cadou. Essayiste, autobiographe, poète : vous êtes tout cela. Vous avez écrit, aussi, pour les enfants, et parlé longuement de La passion d’enseigner qui a guidé votre vie. A la fin de votre carrière, votre travail de professeur a rejoint une de vos préoccupations, sur les chemins de L’écriture mémoire des hommes.

Je vous imagine lorsque le crépuscule avale la journée (1) prenant La parole au piège,  bousculant  Les mots entre eux, voyageant à travers les lignes / Lovées dans le zodiaque fou / De (vos) astres imaginaires (2) traquant le vide obscur des mots (3) écrivant, écrivant Pour mémoire, en main le calame cher compagnon rétif et docile, le calame qui n’accepte que l’indicible (4) Car, vous le savez, Les mots dans la dérive / N’ont plus rien à cacher / Sinon la force  vive / De leur obscurité (5).

Oui, je suis sûr que votre souci aura toujours été d’habiter la langue en poète. La terre de poésie est terre de  partage.
Sablé, août 2007
Claude
CAILLEAU

 

1 – Main d’encre ;  2 – Les mots entre eux ;  3 – Pour mémoire ;  4 – Pour mémoire ; 5 – Les mots écoutent

« L’Ecriture mémoire des hommes » (Découverte Gallimard)

« Parole au piège » (Ed. Millas-Martin)

« Les  mots entre eux » (Seghers)

( 21 décembre, 2011 )

Un poète invité : Jean Joubert

  Un poète invité : Jean Joubert Jean-Joubert-202x300                     

Jean Joubert est dessiné par Louis Hubert

 

Pour finir aujourd’hui là où je pensais commencer…

Quand j’ai ouvert ce blog, c’était pour parler de la Revue, mais aussi des poètes qui accompagnent mes jours. Pour assurer une présence de la poésie dans ces pages qui, sans eux, seraient bien austères.

Mon premier invité sera Jean Joubert – qui a accepté gentiment de m’envoyer des poèmes. Ceux qui suivent sont libres de tous droits, sauf l’un d’entre eux que je reproduis ici avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.

 

J’entends, ce soir,

l’appel des loups de la forêt  d’enfance

où rôdent dans la brume leurs fantômes.

Sous une lune pleine s’éveille leur clameur

d’alarme et de famine.

Avec chaînes et cordes

les portes sont fermées,

les armes luisent,

les chiens veillent dans les enclos.

L’aïeule dans la cuisine

parle d’hiver jadis dans la neige et le gel

et des sombres tueurs soufflant autour  des granges

où bêlaient la peur et le froid.

Ses paroles, pour les enfants,

tissent la toile des légendes,

et c’est un loup géant

qui, dans les nuits, ravage leur  sommeil.

Mais me voici, dans l’âge,

enfin réconcilié avec la Bête.

Je salue l’ardente présence

- force et splendeur  -

dans la justice du poème.

 

Jean  Joubert

 

***

 

Un jour encore nous  est donné :

un jour et sa parole d’aube,

ses lèvres d’or sur les collines.

 

Un jour encore.

Qui remercier ?

Le ciel est vide,  l’oreille close,

les ancêtres serrés  dans leur étau de terre,

 

mais devant nous la terre est là

comme une paume ouverte

où brille la rosée,

 

comme une plage de lumière vers nous tendue,

vers nous qui souvent courtisons

les tourbes de la nuit.

 

Un jour encore.

Qui remercier ?

Remercions cette main de terre vers nous tendue

et, au delà, le corps immense deviné

dans la brume qui se déchire.

 

Ce sont l’écoute,

la ferveur

et la louange

qui nous sauvent.

 

Jean Joubert

(In « Etat d’urgence » – Editinter)

 

***

Ami du rat,

comme lui je dévore

les livres.

 

***

A l’entrée du cimetière,

assis sur la première tombe,

un chat noir me regarde.

 

***

Sur le sable du rivage,

parmi cent mouches vivantes,

une mouette morte.

 

***

Nuit d’hiver.

Dans la lueur des phares,

un lapin aux yeux rouges.

 

***

Hagarde, au coin du bois,

elle m’attend,

la pleine lune.

 

***

Silence du soir.

Sur l’ombre d’une branche,

l’ombre d’un oiseau.

 

***

Gémissante tourterelle,

oiseau d’amour,

plaisir perdu.

 

***

A la cime des sapins,

il chahute avec les branches,

le vent d’automne.

 

***

Soir de septembre.

Sur l’eau du lac,

la première feuille morte.

 

***

Forge fantôme.

Sur une enclume d’air,

le marteau du vent.

 

Jean Joubert

 

***

 

Celui qui marche dans la boue

n’y verra jamais que son ombre.

 

Celui qui marche sur le sable

parlera langage d’oiseau

 

Celui qui marche sur les eaux

dialogue avec les étoiles.

 

Jean Joubert

 

 

Aux amis de la poésie (et des Cahiers)

 

                        Bonnes fêtes de fin d’année !

 

Je reviens vers vous dans quelques jours…

 

( 24 novembre, 2011 )

Pour mémoire…

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Le 14 novembre 2011, j’étais à la Brasserie Lipp, invité par le Cercle Aliénor pour y parler du poète René Guy Cadou.

Grosse affluence dans la salle du premier étage où se tenait la réunion.

Dans l’assistance, on remarquait la présence de Georges-Emmanuel Clancier accompagné de son épouse. Le romancier du « Pain noir »  et de « L’Eternité plus un jour » (je cite deux de ses livres qui m’ont marqué) est aussi poète ; il avait collaboré à « Liaisons poétiques », la revue  que mes élèves et moi publiions dans les années 1990. Moment d’émotion : à 98 ans, il a gravi l’étroit escalier du Lipp pour venir m’écouter !

J’avais intitulé ma causerie : « René Guy Cadou : quand l’amour triomphe de la mort ». J’aurais pu ajouter : « Et quand l’amitié aide à accepter le sentiment de solitude ».

Je n’ai pas rencontré Cadou : lorsqu’il est mort, en mars 1951, je n’avais que 15 ans. « Je n’ai pas oublié cette maison d’école / Où je naquis en février dix-neuf cent vingt » : ces premiers vers de « La Saison de Sainte-Reine » me donnaient sa date de naissance ; et c’est ce qui me frappa d’abord : cette disparition à 31 ans. La mort en pleine jeunesse.

Grâce à Georges Jean, mon professeur de seconde, j’allais bientôt connaître celui qui avait eu le temps, avant de mourir, et comme s’il avait su que son temps sur la terre serait bref, d’écrire des centaines de poèmes, quelques ouvrages en prose, un roman, et son autobiographie. En hâte, semble-t-il.

« Je ne ferai jamais que quelques pas sur cette terre », avait-il écrit quelque part, ajoutant ailleurs, comme si l’événement ne l’inquiétait pas outre mesure : « Nous nous aimons de loin / Belle mort inconnue / Et ma tête est promise / A tes mains fraternelles »

Entre Cadou et moi, ce fut un long compagnonnage. Dans les années 90, ma femme et moi, nous sommes partis à sa recherche (quand les livres ne suffisent plus, que l’on connaît trop, les lieux parlent à leur tour). Guidés par les messages qu’il a laissés, nous avons retrouvé ceux qui l’ont approché un jour. A Sainte-Reine où il est né. Dans les villages où il a enseigné. A Louisfert enfin, où Hélène nous a accueillis, dans la maison d’école pleine de souvenirs.

Je laisserai aux universitaires le soin de commenter son œuvre. Quelques-uns l’ont fait. Beaucoup ont négligé ce poète qu’il faut lire avec son cœur et non avec sa tête. C’est sans doute de cela que souffre sa poésie. Mais il est bon, en notre monde qui s’impersonnalise, qu’elle ait ses défenseurs, lesquels apprécient cette quête enfiévrée d’une vérité qui toujours échappe, quand on croyait l’atteindre : « D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? / Avec des bleus aux yeux et des plaies aux genoux ? »

Notre pèlerinage ?

A Sainte-Reine, nous avons gravi l’allée du calvaire, qui monte en face de la Mairie-école d’autrefois, jusqu’à la petite chapelle creusée dans le roc. Allée qui, bordée de poèmes à droite et à gauche, pérennise la présence du poète en ces lieux. A cent mètres, la maison de Marie Couvrand (décédée en 1998) abrite toujours le haut vaisselier qui fascinait l’enfant. Tout près, la forge où il passait des heures à contempler le maréchal-ferrant.

A Nantes, nous sommes passés vite, « la maison qui descendait le long du fleuve » ayant disparu dans la tourmente de la guerre.

A Bourgneuf-en-Retz, nous avons fini par dénicher la stèle de Fréour qui représente le poète.

Au Cellier, on nous a guidés jusqu’au Château de la Forêt  dans lequel Cadou faisait la classe aux enfants de Saint-Nazaire qu’on avait installés là pour les protéger des bombardements.

A Saint-Aubin-des-Châteaux, assise dans le coin le plus obscur du café, il y avait cette vieille femme silencieuse qui ne répondit pas quand nous l’interrogeâmes ; c’était elle, pourtant, qui servait ses repas au jeune instituteur dans les années 40.

A Louisfert enfin (je passe sur les villages où les lieux ne nous ont pas parlé), à Louisfert se dresse la vieille maison d’école. Qui n’a pas fait le pèlerinage ?  Nous l’avons visitée une première fois, alors que la salle de classe était encore telle qu’à l’époque où le poète enseignait l’orthographe aux Clovis en sarraus…  avec le vieux bureau, le tableau écaillé les tables de bois massif et les encriers de porcelaine. Si l’école est devenue musée, restent, pour garder le souvenir, le vieux préau au fond de la cour, et l’appartement qu’Hélène revenait habiter à la belle saison. La vieille dame y recevait volontiers le visiteur et l’emmenait au premier jusqu’à la chambre où écrivait le poète. On y retrouve sa table, ses livres, et le paysage dans la fenêtre. Un moulage immortalise la main qui, le soir, après la classe,  traçait sur « le beau papier, toujours le même, avec la plume sergent major trempée dans l’encre de Chine, », nous disait Sylvain Chiffoleau, les mots de sa survie, «  Car celui qui compose ainsi avec la fable / N’est pas loin de trouver place près du divin dans une certaine étable »

Des amis, Cadou en eut, venus de tous les horizons, pour éclairer sa vie. Je ne les citerai pas tous, sous peine de retomber dans le défaut d’un texte trop long, que personne ne lira. Mais il est difficile de passer sous silence Michel Manoll qui partagea beaucoup avec lui (Merci à Thérèse Manoll, de s’être déplacée  pour venir m’écouter, l’autre jour au Lipp) , Max Jacob qui le reçut à Saint-Benoît-sur-Loire ( « Crois-tu en Dieu ? Non, ne me réponds pas : tous les enfants perdus croient en Dieu » ; à Saint-Benoît, dans l’église, se recueillir devant la plaque indiquant la place où le vieux Max venait prier). Et surtout Pierre Reverdy, le solitaire de Solesmes, qui lui faisait de véritables déclarations d’amour : « Je vous aime comme un arbre qui me rassure des gestes délirants et amicaux de son feuillage ». Mais qui écrit à Rousselot : « C’était un être irréel, quelqu’un que je n’aurais certainement pas rencontré au rendez-vous… une des raisons pour lesquelles je n’ai jamais rien fait pour le rencontrer » 

J’ai gardé pour la fin ce qui fut toujours pour moi motif d’émerveillement. « Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires »,  scandait le poète, célébrant avec une force proche de la souffrance la femme aimée, que le destin lui avait envoyée pour l’aider à vivre, et à mourir. Quand il écrit, parlant de sa vie : « … dans cette grande journée / je ne passerai pas pour un vieil abonné », une pensée le réconforte, qu’il formule comme un appel au secours : « Le temps qui m’est donné, que l’amour le prolonge. »  Depuis plus de 50 ans, Hélène Cadou concrétise ce vœu. Dans son activité au Centre Cadou de Nantes, dans sa vie quotidienne, à Louisfert l’été, dans son œuvre de poète, elle continue de faire vivre, survivre, celui qui, déjà malade, écrivait : « Abattez-moi comme un ormeau domanial au bord de la grande forêt rouge / Vous ne pourrez jamais rien contre ce chant qui est en moi ».

En mars 1951, le Père Agaësse de l’Abbaye de Solesmes avait dit, entrant dans la chambre mortuaire : « Je viens saluer un prince ! »

Quant à Cadou, n’avait-il pas écrit dans Usage interne : « Il faut être seul pour être grand. Mais il faut déjà être grand pour être seul »

La vie, la mort ; la mort, la vie. Et pour le poète : l’immortalité. Mais qui peut dire combien de temps durera cette survie de l’écrivain ?

                                                                             Claude Cailleau, novembre 2011

Merci au lecteur qui aura eu le courage de me suivre jusqu’à la fin de mon propos.

Les photos qui encadrent ce texte sont de Muriel Bergasa.

Vous les retrouverez  sur le blog    http://cerclealienor.blogspot.com/

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( 30 octobre, 2011 )

Aux amis des Cahiers…

Voici deux échos de lecture de l’anthologie publiée pour fêter le 3ème anniversaire de notre Revue.
Je sais… afficher trop de satisfecit pourrait paraître prétentieux.
Permettez-nous seulement de dire que c’est, pour les deux « facteurs » des CRV, un encouragement qui tombe bien après un été passé à préparer, non sans mal, cette anthologie.
Voilà…
De J.L. B. « Je trouve que vos Cahiers ont, en très peu de temps, trouvé une place prépondérante dans le paysage revuistique français. Pas de scories, juste l’exigence ».
Et, de E. S. « Bravo à l’équipe des Cahiers ! Le 13 (A et B) est un ensemble somptueux et généreux, de grande respiration. Quel plaisir de lecture ! Les deux textes introductifs sont également passionnants, questionnant la nature à la fois familière et mystérieuse de la poésie, ce qui incite à son inlassable exploration. Une mine à ciel ouvert ; mais nous ne connaissons ni les limites du ciel, ne celles de la nuit des mots… »
Et maintenant, les avis d’un lecteur sur deux poètes de l’anthologie…
« Dans ces pages, j’ai retrouvé des amis et des connaissances. Des « nouveautés », aussi. D’abord Nicolas Grenier qui manie avec talent et humour l’alexandrin d’une manière très originale. C’est une voix que l’on n’a pas l’occasion d’entendre dans une poésie française contemporaine souvent hermétique et intellectuelle. Et puis, quelle séduisante réhabilitation de la rime ! »
Dans un autre registre, Philippe Fouché-Saillenfest est, lui aussi, très remarquable : haut langage, force des métaphores, sens du rythme, références mythiques, thème du loup, qui m’est cher. Bien sûr, ce n’est pas un texte « ouvert » et facile. Mais le charme opère, et on a envie de relire. » (J. J.)

Le n°14 (tome 3 de l’anthologie) paraît au début de novembre.
En voici le sommaire…

Les Cahiers de la rue Ventura

N° 14

Trois ans après…

Anthologie, tome 3

Textes et poèmes de…

François Magne, Jean Maison, Etienne Monnier, Roland Nadaus, Robert Nédélec, Gérard Paris, Michel Passelergue, Bernard Perroy, Jean Pichet, Joël Poiret, Morgan Riet, Claude Serreau, Olivier Shesne, Eric Simon, Jean-Pierre Thuillat, Bruno Thomas, Jean-Claude Touzeil, Philippe Veyrunes, et Alastair Millar.

Le Pré de la Roche

( 21 octobre, 2011 )

21 octobre 2011 – des nouvelles…

L’anthologie des CRV est saluée par Michel Baglin dans Texture : « Les Cahiers de la rue Ventura existent depuis 2008, animés par Claude Cailleau. Après des numéros sur Julien Gracq, Martin du Gard, Jean Joubert, Reverdy, Wellens, Heurtebise, etc. et trois ans après leur création, ils proposent un double n° 13, anthologique, regroupant, par ordre alphabétique, l’ensemble des poètes publiés depuis le début de l’aventure. On trouve notamment dans le 13 A des inédits de Jean-Max Tixier, et on y croise une vingtaine de noms. Idem dans le 13 B Suite et fin de l’alphabet dans un troisième tome à paraître en novembre. » Quant à Claude Vercey, il se fait notre porte-parole dans Décharge : 

« Actualités : On savait déjà qu’était en préparation le dernier numéro de Traces, en forme d’hommage à Michel-François Lavaur… A leur tour, Les Cahiers de la rue Ventura qu’anime Claude Cailleau souhaitent consacrer un dossier à ce même Michel-François Lavaur et à sa revue. « Il ne doublerait pas le dernier Traces, m’écrit Claude Cailleau qui, plus que des témoignages, souhaite rassembler des études sur l’homme, le poète, le revuiste et l’éditeur. »

Tout renseignement sur cet appel à contributions au siège de la revue : 9 rue Lino Ventura – 72300 SABLE-SUR-SARTHE. Ou : cl.cailleau@worldonline.fr 

Lu, aussi, dans le courrier qui tombe en abondance dans ma boîte…  

« L’une des qualités majeures des Cahiers de la rue Ventura est à mon avis son éclectisme (ce qui ne veut pas dire que c’est un fourre-tout, bien au contraire) et vous avez raison de vouloir accueillir des jeunes… Et quand, de temps  en temps, le patron fait entendre son verbe, le plaisir est total. Je sais, vous me l’avez dit souvent, vous ne voulez pas vous servir de la revue pour promouvoir votre propre poésie ; je comprends ces scrupules qui sont tout à votre honneur ; mais je suis toujours très heureux quand vous glissez une page de votre journal (1) ou lorsque vous donnez un édito plus théorique comme dans le n° 9 ; vous pourriez peut-être donner une suite à cet article, puisque vous avez eu, m’avez-vous dit, de nombreuses réactions qui pourraient susciter des réponses. Il est toujours intéressant qu’une revue soit aussi un lieu de débat. Qu’en pensez-vous ? »                                                        (J-M. A.) Et encore ceci, qui concerne deux poètes des Cahiers : « Je vous félicite de la belle tenue de (votre) publication, tant au niveau du contenu que de celui de la présentation. Je suis heureux de figurer au sommaire avec la trilogie que je vous avais confiée. Dans ces pages, j’ai retrouvé avec plaisir des amis et des connaissances. Des « nouveautés » aussi : D’abord Nicolas Grenier qui manie avec talent et humour l’alexandrin d’une manière très originale. C’est une voix que l’on n’a pas l’occasion d’entendre dans une poésie française contemporaine souvent hermétique et intellectuelle. Et puis, quelle séduisante réhabilitation de la rime ! Je ne connaissais pas ce poète qui, semble-t-il, n’est pas jeune (« Il a trois fois mon âge et je n’ai que vingt ans » (2). On aimerait en savoir plus… Dans un autre registre, Philippe Fouché-Saillenfest est, lui aussi, très remarquable. Haut langage, force des métaphores, sens du rythme, références mythiques, thème du loup, qui m’est cher. Bien sûr ce n’est pas un texte « ouvert » et facile. Mais le charme opère, et on a envie de relire. »  (J. J.) 

 (1) Pages de journal de Cl. C. dans le n° 6 : A propos du film « Le Grand Meaulnes »     et dans le n° 9 : la mort de Julien Gracq       (2) Extrait du poème de Nicolas Grenier intitulé « Portrait de l’auteur par une jeune fille dans une rue piétonne » (In Les Cahiers de la rue Ventura n° 13 B)  

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 C’était au Salon de l’Epine en août 2011 

 

( 12 octobre, 2011 )

Un événement à Angers…

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( 9 octobre, 2011 )

Evénement…

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Le 8 octobre, à la 25ème Heure du Livre du Mans, promenade en visiteur dans les allées du Salon. Un arrêt au stand des Editions du Petit Pavé, qui ont publié trois de mes livres : 

En 2004, « La Croix d’or », roman pour adolescents, 

En 2006, « Dans les pas de Pierre Reverdy », essai biographique, 

En 2009, « Le Roman achevé », poème  (clin d’œil à Aragon, pour le titre ; et hommage à Saint-John Perse pour la forme adoptée : le verset). 

En vente dans les bonnes librairies  -  comme on dit  -  ou chez l’éditeur : 

Le Petit Pavé  -  B.P. 17 – 49320 BRISSAC-QUINCÉ 

( 5 octobre, 2011 )

Entretien avec Claude Cailleau

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Si vous voulez voir et entendre Claude Cailleau sur le net, tapez « Claude Cailleau » sur Facebook France 3 Maine, ou sur Youtube.

( 3 octobre, 2011 )

3 octobre 2011

3 octobre 2011 Le jugement de l’auteur…
J’ai relu « Rencontrer Roger Martin du Gard », mis en ligne le 28 septembre. Trop long, sans doute ; j’ai dû décourager un certain nombre de lecteurs. Qu’ils veuillent bien m’excuser : je ne recommencerai pas. Nous sommes tous des gens pressés. Allons à l’essentiel, sans nous attarder en chemin.
Aujourd’hui, l’opinion – discutable, sans doute – du lecteur de poésie que je suis depuis toujours (lecteur qui, de surcroît, écrit aussi ce qu’il croit être de la poésie, occupation périlleuse s’il en fut).

C’est à dire…

Devant un poème, autant de messages, autant de lecteurs. C’est excessif, peut-être. Encore faut-il que le poème vienne de l’être et ne se contente pas de reproduire la réalité. Poètes et peintres du dimanche n’ont d’autre choix que de rester, dans leur œuvre, au contact de la réalité. C’est qu’en eux ils ne trouvent rien qui vaille la peine d’être dit – ou ne savent où le trouver.
J’entends dire d’un poète qu’à ses débuts il a subi l’influence de Baudelaire, de Mallarmé ou de René Char…
De Baudelaire, je ne vois pas comment (à moins, simplement, que notre auteur ne donne dans un archaïque symbolisme. « Quand le symbolisme fut mort… » lisait-on déjà dans Nord-Sud, la revue de Pierre Reverdy. C’était en 1917 !).
De Mallarmé, oui, peut-être, si le poète réussit à se glisser dans un procédé d’écriture ; mais attention : que ce choix n’aboutisse pas à l’artifice, à l’écriture pour l’écriture.
De Char, je ne peux dire, l’ayant peu, ou mal, lu.
A chacun de trouver sa voix. Si le poète, comme le peintre, a besoin de modèles, c’est qu’il y a peu en lui. Peu d’humanité et peu d’originalité. Alors, qu’il n’écrive pas !
Quand je prétends n’écrire que comme moi, l’on ne dit rien, mais l’on m’accuserait volontiers de prétention, d’orgueil, voire de vanité (le paon, en littérature, cela existe). Je ne dis pas que ce que j’écris est excellent et mérite de rester « dans les siècles des siècles ». Je dis que ce que j’écris est moi, et pour cette raison : unique, parce que tout homme est unique. Mais, poète, ce n’est pas à moi de dire que je le suis. Aux jeunes (et parfois plus vieux) auteurs qui se présentent en se donnant ce titre et sollicitent un accueil dans la revue, je suis toujours tenté de répondre : Poète ? laissez les autres en juger. Dans le courrier adressé au directeur des Cahiers, je trouve parfois des propos qui révèlent chez mon correspondant un ego surdimensionné, et j’ai, à chaque fois un mouvement de recul (de méfiance). La qualité première de l’écrivain devrait être la modestie.
Pour revenir à mon sujet… je ne dis pas qu’il faille oublier les poètes qui nous ont précédés ; mais que le souvenir de nos lectures ne vienne pas influer sur l’écriture !
Et… ce n’est pas parce qu’on « compose » des alexandrins ou des octosyllabes rimés qu’on écrit de la poésie. Que le jeune poète ne croie pas qu’il soit plus facile d’écrire en vers libres ; il y faut un rythme (propre à chaque poète), une musique qui vienne de l’intérieur, un « langage dans la langue ». Combien de prétendus poèmes en vers libres ne sont que des successions de lignes, interrompues au hasard, sans raison. Ce n’est pas parce qu’on va à la ligne avant d’être arrivé au bord droit de la feuille qu’on écrit de la poésie.
Mais la poésie, je ne sais pas ce que c’est. Non, je ne sais pas. Peut-être tout simplement une façon différente d’habiter la langue.
Claude Cailleau (4 octobre 2011)

( 28 septembre, 2011 )

Les cahiers de la rue Ventura N°13

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